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dimanche 16 décembre 2012

blanc

A la lettre M, je me saisis de lui.
Mais c'est moi, qui fus saisie.

Sur la page du prix m'apparut l'adhésif chiffré qui signe certains de mes présents.
Ainsi je sus que l'homme à qui je l'avais offert s'en était défait, finalement.

Luisa fredonne parfois dans la salle de bains, tandis que je la regarde se préparer, appuyé au chambranle d'une porte qui n'est pas celle de notre chambre, comme un enfant paresseux ou malade qui regarde le monde depuis son oreiller ou sans franchir le seuil, et là j'écoute ce chant féminin fredonné entre les dents qui n'est pas destiné à être écouté, encore moins interprété ni traduit, ce chant insignifiant, involontaire et sans destinataire que l'on entend, que l'on apprend et que l'on n'oublie plus. Ce chant malgré tout émis et qui ne se tait ni ne s'émousse ensuite, lorsqu'il est suivi du silence de la vie adulte, ou peut-être masculine. 
Javier Marias. Un coeur si blanc.
(ICI c'était un autre
Un autre jour, un autre homme, un autre cadeau, un autre livre)

lundi 23 janvier 2012

(auto)biographie d'un livre

Les livres qu'on dit de deuxième main en ont parfois connu bien davantage avant de parvenir entre les nôtres.
Il arrive que leurs pages nous délivrent des indices de leurs vies sans nous, leurs vies antérieures.
Une publicité de restaurant, un billet de train, un article de journal plié...

Chez le bouquiniste, regardant la première page pour y voir le prix, c'est ma propre écriture que j'y découvris, qui parlait d'un anniversaire.

Notre vie était commune, nos bibliothèques ne l'étaient pas.

Du voyage de ce livre de ses étagères jusqu'aux miennes, je sais tout.  
Table des matières
1. Le premier mot
2. Les premières lueurs
3. Le premier jour
4. Le premier coup
5. Les premières feuilles
6. Le premier regard
7. La première cigarette
8. Le premier baiser
9. Le premier amour
10. La première nuit
11. Le premier mensonge
12. La première photo
13. La dernière photo
14. Le dernier mensonge
15. La dernière nuit
16. Le dernier amour
17. Le dernier baiser
18. La dernière cigarette
19. Le dernier regard
20. Les dernières feuilles
21. Le dernier coup
22. Le dernier jour
23. Les dernières lueurs
24. Le dernier mot

Alain Fleischer. PRIS AU MOT. Un livre d'images.

samedi 19 mars 2011

Titres et pains perdus Notes sur les disparitions, les pertes de sens, les difficultés de transmission, les oublis, les manques et les persistances inutiles*

*Pierre Alechinsky

Il a dit "autrephone" pour désigner ceux dont la langue maternelle n'est pas française. Ceux dont il fait partie. 
Et nous avons souri. 
Et plus tard, nous avons constaté que nous avions tous compris la même chose mais pas ce qu'il avait réellement dit :
La carte rustique du repentir. 
"Lorsque ce que dit Donald n'a pas d'autre valeur qu'expressive ou ornementale et participe de son comportement au même titre que sa gestuelle et sa démarche, par exemple dans les moments où il s'emporte et s'oublie, alors il parle "canard" et il n'y a rien d'autre à comprendre que l'expression de son humeur : mécontentement, rébellion, rouspétance, fureur... Par contre, dès qu'il est nécessaire de comprendre les paroles de Donald, celui-ci s'exprime en américain avec son nasillard accent canard : il fait un effort et, redevenant raisonnable et fréquentable, il redevient aussi un homme et parle à nouveau américain. 
Comme la "langue canard" n'existe pas, ce sont sa musique, sa caricature acoustique et phonétique, c'est-à-dire son accent, qui font langue. Evidemment il n'y a jamais eu aucun canard, spectateur d'un film dont Donald est le héros, pour venir protester contre les inexactitudes et la supercherie. Mais l'Amérique d'aujourd'hui pourrait fort bien voir naître une quelconque ligue bien-pensante et politically correct, pour demander aux compagnies hollywoodiennes une réparation du préjudice moral, au nom des animaux lésés, ridiculisés, atteints dans leur image et dans leur dignité."
Alain Fleischer. L'accent une langue fantôme

mardi 20 avril 2010

Tuesday self portrait (eyes wide shut)


"Je me suis demandé s'il existe ainsi une géographie de l'histoire personnelle qui attend de chaque individu qu'il la parcoure pour découvrir moins celui qu'il a été que qui il est sans le savoir."
Alain Fleischer. La hache et le violon.