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dimanche 9 décembre 2012

Livres à rendre le 4 janvier

C'est vrai que je retiens une date uniquement si cela a un rapport avec ma vie personnelle.

(...)La plus grande découverte, pour moi, ce fut la bibliothèque. Pendant assez longtemps, je n'ai pas eu connaissance de la bibliothèque, cette idée magique consistant à rassembler un grand nombre de livres dans un espace fermé. Dire qu'il y a un endroit où se trouvent exposés des milliers de livres. Je crois que c'est l'image la plus proche du paradis. Pour ma grand-mère, le paradis est une énorme cafetière, pour moi, ce sera la bibliothèque. 
Dany Laferrière. J'écris comme je vis
Savoir de lui qu'il était objecteur de conscience au cinéma que je fréquentais ne suffisait pas à me laisser croire que je connaissais Adam. 
Pourtant, j'étais au courant de l'état de son compte en banque comme si j'avais été une de ses proches. 
Régulièrement en effet, apparaissaient sur les étagères de l'un des bouquinistes de la ville, des volumes marqués de son nom, dans une quantité qui lui avait vraisemblablement permis de régler une facture d'électricité ou un mois de loyer. 

Il m'arrive de reconnaître, dans les rayons, des livres qui, il y a peu, vivaient chez moi, que j'ai récemment transportés jusqu'au comptoir de vente. 
Intérieurement je les salue comme d'anciens amis, d'anciens amants que je ne vois plus mais à la mémoire desquels je suis fidèle. 

Et puis, je vais à la bibliothèque.


jeudi 25 octobre 2012

Lire dans les villes (3 : à Montréal avec Dany Laferrière)

Quitter New York signifiait rentrer.
Mais là où je revenais, tout avait changé
-la saison, les couleurs, le quartier-

Afin de panser
mes troubles de l'identité
j'y  ai passé une journée.
Je remonte la rangée vers les toilettes. Longue file d'attente. Un type arrive et se place à côté de moi. On se regarde un moment. Puis, brusquement, sans ambages : 
-D'où venez-vous ? me demande-t-il en anglais avec un fort accent français. 
Ce n'est pas la première question qu'un Américain vous poserait. Il voudrait plutôt savoir ce que vous pensez de la déclaration de Magic Johnson. L'Américain blanc croit qu'un Noir a toujours de bons tuyaux sur n'importe quel autre Noir. Le Français veut plutôt savoir d'où vous venez. 
-De mon siège, 173. 
-Je ne parle pas de votre siège... 
-De Los Angeles. J'ai pris l'avion à l'aéroport, comme tout le monde. 
Autour de nous, on commence à s'intéresser à notre conversation et le type à se demander si je ne me paie pas sa tête. J'étais plutôt embêté par la brutalité de la question.
-Je veux savoir de quel pays vous venez, reprend-il sur un ton impérieux. 
Moment de gêne dans la file. 
-Avez-vous perdu un esclave ? je finis par répondre. 
Une jeune femme, pas trop loin de moi, éclate de rire. Il n'y a rien de mal à vouloir connaître le pays d'origine de quelqu'un. Cela permet à certains de rêver et d'avoir une histoire à raconter à leur femme en rentrant. Ils peuvent toujours leur dire qu'ils ont passé un bon moment dans l'avion avec un Sénégalais, un Polonais, un Tchadien ou un Malgache. Je comprends tout cela, sinon pourquoi voyagerait-on si l'ailleurs ne nous fascinait pas ?
Mais il y a une manière d'aborder la question je crois. On peut toujours commencer par lier un peu connaissance avec celui ou celle dont les origines nous intéressent en tenant compte du fait que certaines personnes peuvent être plutôt réticentes à se livrer ainsi au premier venu. Ou, pire, peut-être qu'elles en ont marre de répondre à cette question à laquelle elles croyaient avoir fini de répondre. D'autres réservent leur réponse à la police, aux agents de la douane et aux fonctionnaires du ministère de l'Immigration et du travail. Si vous n'appartenez pas à ces grandes institutions d'Etat, alors il faut des gants. Genre : Bonjour monsieur, comment ça va, et la santé ? La famille se porte-t-elle bien ? Les enfants sont-ils premiers à l'école ? Je suis ravi, vous savez, de cette rencontre, mais par ailleurs d'où venez-vous ? Du Bénin, du Sénégal, d'Haïti, du Zaïre, du Mali ou de la Guinée ? A un moment donné, la personne trouvera que vous en avez assez fait et répondra gentiment à votre question. 
-Du Mali... Et vous ?
Surtout, n'ayez pas l'air surpris. Acceptez le fait que, vous aussi, vous avez des origines et que, vous aussi, vous êtes exotique et vous exhalez le parfum de l'aventure pour l'autre. Il n'y a rien de plus offensant que de demander à quelqu'un, en retour, ses origines et de le voir vous regarder comme s'il n'était pas inscrit sur son front qu'il est Français, Américain, Anglais ou Allemand. En définitive, qu'il est un Blanc. Le Nègre vient d'un lieu; le Blanc d'une race.
Dany Laferrière. Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ?

vendredi 8 octobre 2010

(d)écrire

"Sur les photos, les Japonais portent tous leur caméra en bandoulière. Un peuple de photographes souriants. Un pareil comportement doit cacher quelque chose. Peut-être qu'ils stockent les photos pour qu'on puisse avoir une idée plus tard de notre manière de vivre au début du XXIè siècle. Ce serait des informations pas trop diversifiées car ces milliards de photos prises par les Japonais ne montrent que des Japonais en train de sourire. Si on tombe, un jour, sur ces montagnes de photos, on risque d'avoir l'impression que la terre n'était peuplée, à l'époque, que de Japonais. Il n'y a pas un seul monument digne de mention, sur cette planète, qui n'ait pas été colonisé par eux. C'est une conquête mondiale. Le regard universel. Alors pour devenir un écrivain japonais, je dois vite me procurer un appareil photo. Je préfère encore ma machine à écrire. Au fond, c'est la même chose. On décrit tout ce qu'on voit. Je voudrais être non pas un photographe mais simplement un appareil photo froid et objectif. Juste regarder l'autre. Est-ce possible ?"
Dany Laferrière. Je suis un écrivain japonais

mardi 27 juillet 2010

Tuesday self portrait (une tâche)

"Je me vois remonter la rue ensoleillée de mon enfance en tenant la main de ma grand-mère. Un dimanche en province. Un homme tranquillement assis sur sa galerie devant une large table couverte de livres, tous ouverts. Il était penché vers eux, comme devant un buffet riche et varié. Ce gourmand passait d'un livre à un autre avec la même excitation. Rien ne semblait exister autour de lui, à part les mets appétissants. Il semblait si loin de nous, si hors de notre portée -nous pouvions le voir mais il était visiblement ailleurs. Ma grand-mère m'a alors glissé à l'oreille : "C'est un lecteur !" et j'ai tout de suite pensé : c'est ce que je ferai plus tard. Je serai un lecteur."
Dany Laferrière. Je suis un écrivain japonais.
"La "tâche" du lecteur, nous pouvons la définir techniquement et sans pesanteur éthique comme ce qui lui vient avec la conscience d'être un point dans l'égrènement d'une ligne diachronique : en un point de la boucle du sens, et là où elle semble achever sa course, le lecteur lui aussi se dispose à remettre en jeu ce qui lui est venu avec le livre. La communauté seconde engagée par ce livre, il ne sait vraiment qu'il y entre que lorsqu'il sort du livre, mais cette communauté est sans bords, invisible, illimitée, infiniment accueillante. Passive selon sa forme extérieure, la lecture est en fait tout entière activité, en tant qu'elle se sait engagée, ne serait-ce que comme un minuscule relais, dans le mouvement infini de la relance du sens. Tout lecteur ouvrant ou refermant un livre (un livre, cela va sans dire, qui a fait travailler le sens -et il en est beaucoup d'autres) prend place furtivement, silencieusement, dans l'"entretien infini" qu'est la littérature."
Jean-Christophe Bailly. Panoramiques.

dimanche 4 avril 2010

Du fond de mon salon, je vois la flèche du clocher de St Gilles

"Seul le voyage sans billet de retour
peut nous sauver de la famille, du sang
et de l'esprit de clocher.
Ceux qui n'ont jamais quitté leur village
s'installent dans un temps immobile
qui peut se révéler, à la longue,
nocif pour le caractère."
Dany Laferrière.
L'énigme du retour.
Et quand bien même, un jour, j'effectuerais la moitié d'un tour du monde pour me rendre dans ma ville natale, j'aurais du mal à dire que j'y retourne.
Retourne-t-on dans le seul lieu d'où on est venu sans jamais y être allé ?

"Je donnerais beaucoup pour un chemin conduisant d'un lieu d'où personne ne vient à un lieu où personne ne va."
Fernando Pessoa.
Le livre de l'intranquillité.