Affichage des articles dont le libellé est Herta Müller. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Herta Müller. Afficher tous les articles

mercredi 4 avril 2012

Le dos au monde.
Un jour de la semaine.
Quelques photos.

Le sol. 
Le mur. 
La poubelle. 
La couleur grise. 
La trace des roues. 

Une fois relevée, je l'ai vu.
L'homme en uniforme, il s'approchait. 
Passant devant lui, j'ai pensé
Mais que m'aurait-il dit ???

Les visages des passants sont bouffis par la chaleur, les passants sont nus dans cette lumière. Les femmes traversent la place en portant les légumes du marché dans des sacs transparents en plastique. Les hommes portent des bouteilles. Ceux qui marchent les mains vides, ceux qui ne portent ni fruits, ni légumes ni bouteilles ont le regard qui tangue en voyant les fruits et les légumes dans les sacs transparents des autres, comme les entrailles de l'été. Des tomates, des oignons, des pommes sous les côtes des femmes. Des bouteilles sous les côtes des hommes. Et au beau milieu de tout cela le balcon blanc, les yeux sont vides.
Herta Müller. Le renard était déjà le chasseur

lundi 3 octobre 2011

Reprendre son souffle

"J'aime par-dessus tout être à ma table carrée en formica blanc : un mètre de long, un mètre de large. Quand deux heures et demie sonnent à l'horloge de la tour, le soleil entre dans la pièce. Sur le plancher, l'ombre de ma petite table fait une caisse de phonographe. Ce phonographe me joue l'air du bois-gentil ou la danse de la Paloma, toute plissée. J'attrape le coussin du canapé et je danse en plein dans mon après-midi pesant. 
J'ai d'autres partenaires.
J'ai déjà dansé avec la théière. 
Le sucrier. 
La boîte à biscuits.
Le téléphone. 
Le réveil. 
Le cendrier. 
Les clés. 
Mon plus petit cavalier a été un bouton, tombé d'un manteau. 
Non, faux. 
Un jour, sous ma table en formica blanc, j'ai vu un raisin sec poussiéreux, et j'ai dansé avec, puis je l'ai mangé. Et en moi il y a eu comme un lointain."
Herta Müller. La bascule du souffle

lundi 10 janvier 2011

Lundi

Alors que le froid m'avait rendue 
de mauvaise foi 
et de glace
je n'avais pas voulu desserrer les poings
et encore moins partager son enthousiasme
pour mes rues hebdomadaires
aux murs dessinés et manuscrits. 

Oublie ce jour
ô s'il te plait 
ce jour où boudeuse, butée, 
j'ai fait semblant d'avoir 
déjà tout vu 

 "Je trouvais inquiétant de voir quelque chose de beau tout là-haut dans le ciel sans qu'il y eût sur terre, ici-bas, de loi interdisant de regarder en l'air. Il était donc permis de soutirer quelques images à la journée avant qu'elle ne devienne pitoyable à l'usine. Si j'avais froid, c'était parce que je ne me lassais pas de ce spectacle et non parce que je n'étais pas assez chaudement habillée."
Herta Müller. La convocation.