Affichage des articles dont le libellé est Jean-Marc Aubert. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Marc Aubert. Afficher tous les articles

samedi 21 avril 2012

il 
(m') 
écrit

J'ai gardé toutes ses lettres car, outre leur contenu, elles offraient une particularité remarquable : l'étonnante calligraphie de l'adresse portée sur l'enveloppe. Je possède bien une douzaine de ces enveloppes et je me demande, à l'heure actuelle, si je ne devrais pas en tirer un parti décoratif quelconque. Chaque lettre de mon nom, tracée très finement, à l'encre de Chine, était faite d'un double trait. Latine, classique, anglaise ou ronde, script, gothique même, les enveloppes ne présentaient pas toujours la même forme des caractères mais toujours ce double trait.
Jean-Marc Aubert. Aménagements successifs d'un jardin à C..., en Bourgogne.

samedi 17 mars 2012

Une question de style

Lire en terrasse, face à la ville
et lever les yeux. 
Mais ce sont autant de personnages 
-d'autres personnages-
ceux qui
sur le trottoir

mordent dans un sandwich, s'embrassent,  se croisent sans se voir, examinent le plan de la ville, éclatent de rire au même moment, refont leur lacet, boivent à la paille une boisson colorée, vérifient fugitivement leur reflet dans une vitrine, s'enlacent (...)

et dont la vie n'est
 ni plus
ni moins
passionnante qu'un roman
car 
on le sait bien
en matière 
de vie
tout dépend du talent de l'auteur.
La lecture prit chez lui des allures de défi. Il releva ainsi les titres des ouvrages qu'il avait lus dans la semaine, le nombre de pages et le temps consacré à la lecture. 
"Soleil au zénith, 165 pages, 5 heures 16 minutes. 
Mithridate, 96 pages, 4 heures 32 minutes. 
Le Géranium et sa culture, 70 pages, 2 heures 10 minutes."
Il se faisait un devoir de ne sauter aucun passage : certains livres l'occupaient ainsi plusieurs jours. Il me demandait alors d'éclaircir pour lui quelques tournures difficiles ou bien il s'adressait à un spécialiste. Néanmoins certains développements longs et complexes pouvaient lui échapper partiellement mais, en tout cas, il mettait un point d'honneur à élucider -et à noter- sur un carnet à cet usage- chaque mot qui posait problème. 
En dépit de ces aléas, son record était de dix-sept livres par semaine; il espérait bien l'améliorer. Il dénombrait aussi les auditions de disques. D'une manière générale, Mell Fellops nombrait, évaluait, comptait tout : ses livres donc, mais aussi ses toasts, ses cigarettes, ses tours de roues, les mouettes, les pilotis qui soutiennent les pontons de bois, les fautes d'orthographe de ses correspondants. Il s'efforçait à rendre ses lectures plus homogènes mais, je lui en fis la remarque, sans résultat. L'accumulation l'intéressait trop. 

Jean-Marc Aubert. Aménagements successifs d'un jardin, à C..., en Bourgogne.

mardi 6 mars 2012

Tuesday self portrait (terra incognita)

Tourner le dos à la table des nouveautés et choisir un livre sur la seule foi de son titre ou de quelques mots séduisants au gré des pages feuilletées, sans me soucier ni de la notoriété de son auteur, ni de son année de parution me fait connaître une hésitation que je ne serais pas surprise de savoir que certains aventuriers éprouvent en découvrant une terre inconnue et belle : 
garder le secret ou le partager ?
L'intérieur de la maison, dès cette période de l'aménagement, offrait au visiteur naïf le reflet bizarre des tendances littéraires du propriétaire des lieux. 
Il avait commencé à rassembler divers textes et documents qu'il épinglait au mur, le matin très tôt sûrement. Ainsi le mur gauche du couloir était tapissé de ces fragments de textes, de phrases, de mots qui s'organisaient ou se désorganisaient en un puzzle de deux mètres sur deux, encadré d'un large ruban adhésif noir. Le format des feuilles, la couleur du support, celle des caractères rendaient unique chacun des textes, numérotés de surcroît. Je lisais le mur à mes moments perdus mais, dans son esprit, il n'était pas nécessaire de le faire et il avait écrit un descriptif du panneau entier, soigneusement collé à l'extérieur de la bande noire. A travers ce texte, de sa main, circule son errance maniaque. 
Je le recopie ici partiellement, par égard envers le lecteur :

1. LISTE DES TEXTES TIRÉS D'AUTEURS (1, 7, 8, 10, 15, 17, 20, 21, 24)
    a) imprimés/collés (1, 10, 15, 21)
    b) recopiés (7, 8, 17, 20, 24)
        *sur carton (7, 8)
        *sur papier (20)
        *sur  papier/collé sur carton (17, 24)
         a') plus de 15 par 15 (20)

Ici un trait qui barrait toute la largeur de la feuille... Au-dessous il avait recommencé son travail sous une forme différente. 

1. PLUS DE 15 PAR 15
       a) textes tirés d'auteurs (20)
       b) collages ou avec intervention personnelle ((4, 11, 14, 16, 23)
       *sur carton (4, 16)

De nouveau, il avait tiré un trait et la liste reprenait, pour la dernière fois mais, comme les deux autres, restait inachevée. En voici le début : 

TEXTE 1.  Format 10 par 12. Borgès. Deux phrases. Imprimé. Collé sur carton. 
TEXTE 2.  5 par 30. Sur carton. Personnel. Encre de Chine. Fond craie grasse. 
TEXTE 3. 12 par 15. Sur plastique. Personnel. Feutre.
TEXTE 4. 20 par 18. Collage sur carton. Mots journaux. Fond craie grasse. 

Le panneau alla jusqu'à comporter une trentaine de textes, brefs ou longs, poétiques ou fastidieux (tel un certain collage de résultats de football).

Jean-Marc Aubert. Aménagements successifs d'un jardin, à C..., en Bourgogne suivi de Argumentation de Linès-Fellow.