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samedi 23 février 2013

il (me) dit :


C'est normal qu'ils te demandent leur route : 
tu as l'air 
si confidente.


mercredi 13 février 2013

rester de

ils m'oublient moi nettement plus souvent
que je ne les oublie eux les gens

et puis soudain dans la rue il sonne
mon prénom !
une syllabe qui claque mais personne
et puis je le vois le garçon
penché au troisième au balcon
le mouvement de son bras
Ça va ?!
 et déjà rentré, plus là

jeudi 31 janvier 2013

vie commune

Je n'en fus pas étonnée : qu'il s'élançât en même temps que moi car à mes côtés je sentais son énergie jumelle de la mienne qui le tendait tout entier dans le guet de l'instant où il pourrait traverser la rue en courant sans toutefois s'exposer à un trop grand danger. 
Mais contrairement à moi il était attendu de l'autre côté par une bouche et des bras.

samedi 19 janvier 2013

il (me) dit :

pardon madame
les frites
c'est bien 
en bas 
????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

jeudi 10 janvier 2013

Lire dans les villes (4 : à Bruxelles avec Stefan Hertmans



Bruxelles est une ville sans vision, et de là une jungle urbaine avec des perspectives inattendues. On dirait une gigantesque cuisine où seul le désordre est maître et qu'emploient d'innombrables locataires, mais que personne ne se sent responsable de nettoyer. Bruxelles est donc une ville qui vit de son caractère indéfinissable, ce qui paradoxalement donne lieu, de temps à autre, à l'émergence de quelque chose de sublime par son aspect, que ce soit un terrain vague ou un quartier ancien. 
Stefan Hertmans. Entre villes

jeudi 30 août 2012

Presque tous les jours seraient-ils intermédiaires ?*

Quelle drôle d'affaire que de ne pas se rendre là où on a tout à vivre. Si souvent cela tient à une immense destruction invisible. Je ne vous parle pas des rares instants que vous m'accordez, mais des autres, de ceux qui semblent demeurer en un blanc dévasté dans votre emploi du temps.
*Philippe Caubet. Dans un autre temps.
Les dernières semaines m'ont connue patiente mais, invariablement, ils m'ont surprise, ces jeudis, comme s'ils étaient superflus, malvenus, et pourtant.

J'ai salué la naissance du jour en la photographiant. C'est peut-être l'enthousiasme du ciel à son réveil qui fait hâter le mien. 

Au feu de la chaussée d'Ixelles, ils ont été plusieurs à me dévisager comme par désoeuvrement et avec la même insistance nonchalante que si je n'avais pas pu m'en apercevoir.

De la rue de Rome, j'ai rapporté Les journées ensoleillées. On y voit des lits avant qu'ils soient faits et des tables avant qu'elles soient débarrassées de nourritures qu'on devine poisseuses.

Puis, j'ai refermé la fenêtre car, à travers les rayons du soleil, la pluie s'était mise à tomber. 

samedi 25 août 2012

il dit :

Depuis qu'on est sortis t'arrêtes pas de râler. 

Et ça fait 2 ou 3 heures. 

Alors maintenant on va rentrer 

et il va falloir que tu cesses.

jeudi 23 août 2012

DOWN
TOWN

En ville, on est seul parce que le monde est plein d'inconnus, et c'est un luxe d'une rare austérité que de se sentir ainsi étranger parmi des étrangers, de marcher en silence en portant ses secrets et en imaginant ceux des passants. Spécifique au mode de vie urbain, cette identité nulle part enregistrée, infiniment malléable, est un état libérateur pour tout ceux d'entre nous qui veulent s'émanciper des espérances familiales et sociales placées en eux, se frotter à d'autres cultures, changer de peau, fût-ce provisoirement.
Rebecca Solnit. L'art de marcher.

mercredi 22 août 2012

allée, venue

Sur son dos un sac à l'effigie de Winnie, les premières fois je ne comprenais pas pourquoi je la dépassais toujours au gré de mes allers, mes retours.
Ses nattes mi blondes mi grises, ses pas mesurés, c'est toujours de dos que je la voyais. 
Sa veste à carreaux, parfois elle la portait sur le bras : les jours de chaleur et elle ajoutait une casquette à sa panoplie.
Puis un jour
je l'ai vue faire demi-tour à un carrefour de l'avenue sans fin et l'ai croisée, enfin, et vu ses yeux de vieille petite fille fixant ses minces tennis sur le trottoir. 
Ainsi, pendant que je vis mes journées, elle va elle vient comme le balancier d'une pendule, comme une nageuse fait ses longueurs dans le grand bassin.

samedi 18 août 2012

il dit :

Arrête de nous donner en spectacle 
partout où on va !
J'ai honte  
J'ai honte !

dimanche 12 août 2012

mia o û t

Alphonse Kauders confia à Richard Sorge : 
"Je doute qu'il existe un vide plus grand que celui des rues désertes. C'est pourquoi il est préférable d'avoir dans les rues quelques chars ou quelques corps, à défaut d'autre chose. Parce que quelque chose vaut mieux que rien."
Aleksandar Hemon. De l'esprit chez les abrutis.
La ville elle-même
est partie à la mer
.
Dans les vitrines
Septembre
en vain
s'époumone
.

jeudi 9 août 2012

TOUS LES MATINS
LE CHIEN
AVANCE SA TÊTE VERS MA MAIN
monté sur pattes comme un faon
et cette candeur, cette foi inaliénable
INSUPPORTABLES
tellement on devine qu'elles résisteraient aux coups ou à l'abandon

mercredi 8 août 2012

trouvez des personnes, 
des lieux
ou d'autres choses

, tout à coup, ce fut comme une contagion.
Comme s'ils ne voulaient pas être en reste après que le premier l'eût dit.
A les en croire -et pourquoi en aurais-je douté ?- ils étaient plusieurs à m'avoir vue.
D'ailleurs, leur description me ressemblait
: Tu marchais, dans la rue.
Je me rappelai que, le matin même, j'avais remarqué sur mon trajet la présence d'une caméra.
J'ai pensé
: mais eux m'oublieront.

samedi 3 mars 2012

il (me) dit :

hey
madame
 ! 
vous voulez pas m'adopter 
??????????????????????????????????????

samedi 17 décembre 2011

en fait, on entre dans un dialogue comme dans un café ou un journal, on ouvre la bouche, la porte ou la page, sans se préoccuper de ce qui va arriver et alors boing ! *


Enter Ludmilla
avec son air du troisième acte et encore maquillée, elle s'est jetée dans sa 2 CV presque avant le baisser du rideau, elle est morte de faim, elle boit du vin pendant que je lui fais une omelette. 
Ludmilla se sent si bien, le vin après l'interminable troisième acte, le parfum de l'omelette qui avance du fond de la cuisine comme le crépuscule sur Cracovie, il faut respecter le rituel, voyons un peu, et vous monsieur, d'où êtes-vous, eh bien moi, d'ici, mademoiselle et ça fait un moment, et que faites-vous à Paris, ah ! ça c'est plutôt délicat à expli-conter avant l'omelette mais après si vous voulez. 

-C'est toi Laurent ? demande Marcos avant
même qu'on entende la voix du correspondant. 

-Ni avant ni après, exige moi qui surveille télépathiquement l'enflure vermeille de l'omelette tout en mettant le couvert avec une célérité méritoire, j'entends par couvert une serviette de papier avec un dessin violet, une demi-bouteille de vin, un pain à peine entamé, opérations tendres et simples pour toi Lulud, pour toi là dans ton fauteuil, petite et fatiguée, petite mon oeil, un bon mètre soixante-neuf sans parler du maintien, mais petite parce que je veux que tu le sois quand je te pense et même quand je te vois et que je t'embrasse et que je te, non pas ça maintenant, et ces cheveux couleur de paille, ces yeux tellement verts, ce petit nez retroussé qui parfois se frotte contre ma joue et me remplit d'étoiles de sel et de poivre, deux feuilles de laitue qui restent de midi, un peu tristes parce que la vinaigrette fatigue le végétal, viens manger Lud, viens vite comédienne du vieux pigeonnier, petit coin de ciel d'Est, joli petit cul, ici sur cette chaise, et maintenant je vais faire un café pour evribodi, ristretto, t'en fais pas, ristrettissimo, comme un petit tableau de Chardin tout substance et lumière et parfum, un café qui condense les magies de la nuit comme ces chansons de Leonard Cohen que m'a offertes Francine et que j'aime tant.
*Julio Cortàzar. Livre de Manuel

jeudi 6 octobre 2011

Vivre vaut presque toujours la peine*

Il ne s'agit que de cela, parfois :
être dans la rue à une heure où, d'ordinaire, on ne peut s'y trouver.
Et rester dans le tram sans savoir où il va nous emmener.

L'aventure, soudain.
"Cela dit, arriver quelque part, s'asseoir dans un café, commander une bière et regarder les gens, c'est la vie."
*Carlos Liscano. L'écrivain et l'autre.

lundi 12 septembre 2011

En fanfare

(...)
sans tambour, sans trompette
mon enfance est passée
sans que jamais je n'aie rêvé
d'être une majorette

lundi 4 juillet 2011

De l'anthropophagie

 A Tokyo , l'appel du marchand de patates douces grillées résonnait dans la nuit. 
Yaaaaaaaakiiiiiiiiimoooooooooooo
Mais, malgré l'envie de cette saveur
doucement sucrée
qui brûlait parfois le palais
après avoir réchauffé les mains
...
Je ne quittais pas souvent mon cocon de couette
pour aller en chercher. 
Ici, c'est le camion du glacier 
qui
fait jouer sa boîte à musique 
au couchant. 
Mais je ne descends pas non plus 
...
je ne mange pas d'esquimaux. 
Jusqu'au 14 août, Sarah Moon est exposée au Botanique

jeudi 31 mars 2011

Rue Linière

"L'alignement parallèle de deux séries d'immeubles détermine ce que l'on appelle une rue : la rue est un espace bordé, généralement sur ses deux plus longs côtés, de maisons; la rue est ce qui sépare les maisons les unes des autres, et aussi ce qui permet d'aller d'une maison à  l'autre, soit en longeant, soit en traversant la rue. De plus, la rue est ce qui permet de  repérer les maisons. Il existe différents systèmes de repérages; le plus répandu, de nos jours et sous nos climats, consiste à donner un nom à la rue et des numéros aux maisons : l'appellation des rues est un sujet extrêmement complexe, et souvent même épineux, à propos duquel on pourrait écrire plusieurs ouvrages."
Georges Perec. Espèces d'espaces

vendredi 5 novembre 2010

Personne ne vivra pour moi

Dans l'après-midi, alors que le vent chahute ma jupe et mes cheveux, je longe les vitrines.

Je voudrais être elle, qui réprime un rire derrière sa serviette, elle dont les yeux brillent du vin qu'elle a bu. 
Mais aussi elle, dont le coiffeur rincera bientôt les mèches et laissera poser le soin dont elle aime tant le parfum. 
Et elle qui brandit vers son amie une chemise très décolletée dans le magasin à la bande son nostalgique. 
Elle, également, qui mord dans la pâte feuilletée d'une viennoiserie sans se soucier des miettes qui parsèment ses lèvres et son col. 

Et puis je pousse la porte et le garçon me sourit en me servant mon café. 
C'est moi qui suis derrière la vitre. 
Et, parmi les passants, il y en a sûrement qui, à leur tour, souhaitent
 être moi.