Affichage des articles dont le libellé est Mon grand appartement. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mon grand appartement. Afficher tous les articles

vendredi 3 décembre 2010

Une chambre à soi

Le matin même, je l'avais entendue : accoudée au comptoir, elle parlait de la Russie, des appartements communs dans lesquels les familles s'entassaient, partageant les chambres entre les générations mais aussi les cuisines -une cuisine pour six famillesmoi je ne pourrais jamais- 
Moi non plus. 
Mais pas davantage les salles de bain et les lits, l'espace,
le silence. 

Le soir, j'ai repensé à elle, en regardant Le nid familial de Béla Tarr, 

"J'en caresserais certainement les murs,
 ce serait tellement extraordinaire si j'avais un appartement à moi."

 en évitant de penser à tous les humains qui, en plus de moi, pourraient vivre dans mon grand appartement. 
"Je ne veux vraiment pas être un réalisateur de films d'action. Quand on regarde vraiment sa vie, on s'aperçoit qu'il ne se passe rien. C'est ce que je veux capturer."
Béla Tarr

vendredi 12 novembre 2010

Les années

Les collections textiles aussi varient.

Sur les photos d'autres gens, d'autres temps -même en noir&blanc- je reconnais les motifs des rideaux, je devine les couleurs, je date les scènes, j'évalue les âges.

une applique sur un mur
le design d'un canapé
la forme d'une assiette
la housse d'un coussin

La décoration -comme la mode- fait office de carbone 14.

Mais, tout comme j'ignore quelle vie mes jeans ont connue avant d'être les miens, je ne sais pas qui -avant moi- a lu mes livres, a mangé dans mes assiettes, s'est assis sur ma chaise.
Je vis hors du temps, dans mon grand appartement.

vendredi 10 septembre 2010

L'emploi du temps




Il
m'arrive
souvent
de
m'éveiller
sans
conscience
du jour
qu'on
est.





03/06/11 24/09/10 14/09/10 16/03/11 25/09/10
Il n'y a aucun calendrier sur les murs de mon grand appartement.
Seules les quelques dates de péremption que contient mon réfrigérateur parlent d'avenir. 

vendredi 3 septembre 2010

Un thé bien fort et trois tasses

Si l'ouverture de la boîte en fer avait été moins bruyante, sans doute nous y serions-nous servies sans permission plus souvent.
Elle était toujours pleine des biscuits à la chicorée ou aux flocons d'avoine dont les fournées embaumaient la maison à la sortie du four.
Vas-y, demande ! A toi elle dira oui ! 
Mamy aurait-elle refusé la moindre gourmandise à quiconque?
A moi, c'est vrai, elle n'a jamais dit non.

A présent, j'ouvre la boîte à biscuits sans autorisation -et c'est toujours le même fracas. Elle ne sent plus la chicorée ni le miel mais le parfum tourbé de la galette de Pu Ehr que j'émiette dans l'eau chaude à l'heure du thé.
(Et parfois, c'est du jasmin que je fais fleurir dans ma théière, en souvenir du  pays des typhons)

vendredi 20 août 2010

La chambre des officiers


"J'étais aux Etats Unis. 
J'étais dans la rue, avec ma famille. 
Il régnait un climat malsain de violence.
On avait peur. 
La police passait dans la rue pour nous prévenir d'un grand danger, d'un grand risque. 
Et, juste derrière les policiers, des femmes voilées et des garçons d'une dizaine d'années arrivaient en lançant des cocktails molotov partout autour d'eux. 
C'était horrible. "

A la table voisine, la jeune fille blonde a achevé son récit en disant que, si elle avait fait ce rêve, c'était sans doute parce que, la veille, elle avait vu l'épisode d'une série dans lequel il se passait à peu près la même chose.
Moi qui ne regarde jamais la télévision, je ne sais jamais, en franchissant le seuil grenat de ma chambre, ce que mes rêves restitueront de ma journée.
(et l'autre nuit, 
sans doute parce que j'avais parlé d'un capitaine, 
un haut gradé a fait irruption dans mon sommeil)

vendredi 6 août 2010

Tout ce que j'aimais

les cuberdons, la tarte au curry, le fromage blanc, les gaufres, le lapin, la soupe de châtaignes au chorizo, l'irish stew, les croquants aux amandes, les shortbreads, les pitas, la pizza, le poulet, le fromage, la tatin à l'aubergine et à aux tomates séchées, les frites, les madeleines, les cramiques, la langue de boeuf, le steak tartare, le jambon, la tarte aux fraises, le christmas cake, la souris d'agneau, les spéculoos, le cheese cake, le foie, le chili con carne, la confiture, les scones, les légumes farcis, la tatin de quetsches à la canelle, les rillettes de thon, le gâteau à la rhubarbe, la soupe au concombre, le cake de la Reine,  le ragoût de mouton, la galette des rois, l'osso bucco, la tarte aux pommes, le boudin blanc aux pommes, le lemon curd, le hachis parmentier, le cake au citron et au pavot, le boeuf braisé à la Guinness, les biscuits aux flocons d'avoine, le pain perdu, le riz au lait, la carbonade flamande, ...


Dans la bibliothèque de la cuisine, 
beaucoup de livres de recettes 
sont devenus obsolètes.
Menus du dimanche
AOUT

Déjeuners
Artichauts rémoulade
Brochet sauce câpres
Pommes sautées
Chicorée frisée
Fromages 
Mille-feuilles 
----------
Crabes à la mayonnaise
Sauté d'agneau forestière
Fromage Gruyère
Glace et gaufrette

Dîners
Potage à l'oseille
Vol-au-vent
Petits pois à l'Anglaise
Fromage Roquefort
Brioche mousseline au sabayon
----------
Soupe Garbure
Noix de veau à la gelée
Salade de légumes mayonnaise
Coeurs à la crème

Savarin. La vraie cuisine française simple et anecdotique. 

vendredi 30 juillet 2010

La voix humaine

Un jour, c'était Richard qui était chez moi.
Et je sonnais en vain car, ne connaissant pas ce bruit, il ne soupçonnait pas qu'il puisse être celui de l'interphone.
C'était l'époque dinosaure sans ordinateur -il avait un texte à taper sur ma machine électrique- et sans téléphone portable -il n'osait pas décrocher tandis que je l'appelais d'un café voisin pour lui demander de m'ouvrir.

Plus tard, il y a eu le deuxième étage et la fenêtre à laquelle il fallait se pencher si nous voulions savoir qui avait sonné -et nous l'ouvrions discrètement car il nous arrivait de faire semblant de ne pas être là.

Au parvis, nous avions vue sur la cour et si nous décrochions l'appareil, nous pouvions entendre les oiseaux, côté jardin et cathédrale.

Rue Durnerin, je descendais ouvrir moins souvent que lui.
Il y avait deux étages.

A présent, il y en a trois.

Jamais je n'ai eu d'interphone plus efficace et en meilleur état de fonctionnement qu'à Tokyo.
Il était situé dans la cuisine.
A un mètre cinquante environ de la porte à oeilleton à laquelle les visiteurs sonnaient.

vendredi 23 juillet 2010

A rebours


Be Wash 
les 
minutes 
se 
mesurent 
différemment 
et 
défilent
à
 l'envers. 
60°: le temps de sourire au marchand de fruits du marché, découper pommes et fraises pour les mêler aux céréales du matin et boire un thé à la linière. 

"Le lessivage s'opère de la façon suivante : on met le linge à tremper dans la cuve remplie d'eau additionnée de lessive. Le lendemain, on essore le linge pendant la vidange de la cuve. On prépare le bain d'essangeage dans la machine et on y ajoute un peu de savon résineux qui adoucit les frottements. On chauffe l'eau. Pendant ce temps, on procède aux petits nettoyages indépendants de la lessive (lainages, soieries, etc). On essange le linge en deux ou trois fois en commençant par les pièces les moins sales : linge de nuit, draps, linge de corps, etc. 

Après l'essangeage, on rince le linge, fraction par fraction, dans une eau abondante, continuellement renouvelée. On prépare un second bain de lessive et on procède au bouillage dans la cuve même. Après 20 à 30 mn d'ébullition, on vidange l'eau de lessive, on effectue un dernier savonnage, on essore et on rince, d'abord à l'eau bouillante, puis à l'eau courante. On essore définitivement. 

Si l'on dispose d'une essoreuse à rouleaux, on présente le linge de manière que les boutons soient à l'intérieur de chaque pièce et on veille à ce que le tissu n'adhère pas au caoutchouc. Pour éviter des dégâts possibles, il es prudent de tendre modérément les ressorts."
E. Compain. La science de la maison.

vendredi 16 juillet 2010

La route

Je traverse toujours l'espace de la même façon. 
Aussi, je m'étonne que l'empreinte de mes pas ne creuse pas encore un sillon, 
dans le salon.

vendredi 4 juin 2010

Naissance des fantômes

La pose d'un nouveau chauffe-eau dans la salle de bain a mis à nu le mur ancien et exhumé le désuet papier peint. 
Quand j'ai entendu des voix
juste à cet endroit, 
des voix, des chuchotements, 
j'ai cru à des revenants. 

Mais non : c'était, dans les tuyaux, au loin, une conversation entre mes voisins.

vendredi 14 mai 2010

De l'autre côté du miroir


J'y pense toujours trop tard, une fois rentrée chez moi, quand je passe devant la glace, en enlevant ma veste.
C'est toujours trop tard, jamais quand je suis dans le magasin que je me souviens que je dois acheter du produit à vitres.
Mais nettoyer ce miroir qui a longtemps vécu avant moi suffira-t-il à rendre mon reflet plus précis ?
Car c'est comme si d'autres présences se superposaient à la mienne.
Et c'est d'ailleurs le cas, y compris quand je m'éloigne de cette surface qui réfléchit : toutes celles que j'ai été habitent en moi.
Même cette petite, là, qui, à l'âge de tous les "pourquoi ?" pensait que ses parents, eux, détenaient toutes les certitudes, c'est encore moi.
Même cette autre qui a compris, plus tard, que certaines questions restent sans réponse, c'est encore moi. 

Papa, qu' y a-t-il, de l'autre côté du miroir ?

vendredi 7 mai 2010

Je déballe ma bibliothèque

Il s'appelle Edouard et, en 1930, il écrit son nom à la plume en haut de ses copies.

Je sais de lui qu'il est meilleur en algèbre et en mathématiques qu'en composition française où ses rédactions lui attirent des commentaires peu élogieux : "passable", "style pénible et qui manque trop souvent de clarté", "l'orthographe laisse à désirer mais au moins il y a un plan"...
Et il faut admettre que ses idées sont banales et médiocrement développées.

Je sais de lui qu'il s'efforce néanmoins de répondre à des sujets tels que : "quel est le végétal qui à votre avis caractérise le mieux la France ?", "Faites connaître comment un jeune homme de votre âge peut employer les grandes vacances au profit de sa santé, de son instruction et de son éducation", "Tracer d'après les Fables de La Fontaine, les portraits du loup et du chien. Répondent-ils exactement à l'idée que vous vous faites de ces animaux ?"

Je sais de lui qu'il se destine à l'agriculture : "conseillé par mes parents, par des amis qui me disent : "tu as raison malgré que tout le monde quitte la terre, c'est encore elle qui fait vivre les gens".
A la campagne, on respire de l'air pur et non de l'air vicié de la ville où l'on respire des microbes à plein poumons."

J'ignore s'il a suivi cette voie.
J'ignore aussi comment ses copies se sont retrouvées, au début des années 90, sur un marché aux puces de Tours où je les ai achetées.

S'il n'en a pas le style, il a néanmoins le nom d'un écrivain. Et, parce que j'utilise les copies d'Edouard pour recouvrir mes livres, de plus en plus d'entre eux sont signés Camus.

vendredi 30 avril 2010

La chevelure

Je détestais que les cheveux de la fille devant nous s'étalent sur notre table.
Le garçon à côté de moi, aux fantasmes d'ondines et de plantes faites femmes les contemplait avec admiration et me disait Tu ne peux pas comprendre.
Et il avait raison.
Jamais je n'ai pu comprendre les pleurs à la sortie de chez le coiffeur, un centimètre en moins une fois par an.
Jamais je n'ai apprécié que les heures de pointe du métro déposent d'autres cheveux que les miens sur mes épaules.
Jamais je n'ai supporté le geste machinal de rassembler les mèches en pinceau et d'en contempler les fourches tout en parlant.

Je n'ai pas aimé apprendre en nettoyant mon grand appartement que la précédente locataire était brune.

vendredi 23 avril 2010

L'herbe


La fenêtre à l'ouest laisse à ce point entrer le soleil de l'après-midi que la moquette me donne envie de m'y allonger comme sur la plus verte des pelouses.

vendredi 16 avril 2010

La tache

"3.4. Aire de foulée :
L'aire de foulée est revêtue d'un tapis plain de ton gris clair chiné, celui-ci est marqué sur la partie gauche par environ cinq traces de pieds de meuble de forme triangulaire. Sur le seuil d'entrée de baie vers la pièce arrière, deux traces grisâtres de 2 à 4 cm2 chacune. Au centre de la pièce, une empreinte digitale grisâtre et à droite du radiateur, une partie grisâtre sur 20 cm2. Au centre, sous le tapis plain, un léger enfoncement du plancher d'origine."

vendredi 9 avril 2010

Les choses

Les matins de soleil, immobile en terrasse, j'assiste au va et vient des fouineurs aux regards rivés sur les pavés du marché.
De temps en temps, ils tendent la main, saisissent un objet dont je me demande parfois quelle imagination a été capable de l'inventer, regardent le vendeur, d'un air interrogateur, hésitent, n'hésitent plus et repartent.
Je les observe, je ne les imite pas.
Les récents aller-retours dans l'escalier, les trois étages les bras chargés, les cartons vides empilés sur le trottoir... ont achevé de m'en convaincre : des choses, j'en ai déjà bien assez. 

vendredi 2 avril 2010

La chambre claire

Ma table ronde fait face à la fenêtre.

L'homme a fait une halte sur le palier.
Il a nettoyé ses lunettes et tranquillement les a remises avant de me regarder.
Il m'a regardée le regarder.

L'écran, posé sur ma table ronde, est une autre sorte de fenêtre.
Et quand il est ouvert sur la Rue Linière, c'est comme si j'étais l'homme, dans la maison d'en face, comme si j'étais lui en même temps que moi.
Tout en y étant,
 je vois,
 comme si je n'y étais pas,

La fin d'un thé, les miettes d'une baguette, des feuilles raturées, des carnets, des livres, de l'encre.
Ma table ronde est grande comme le monde.

Et quand j'y pose ma tête, que je ferme les yeux quelques instants, entre mes bras, je m'endors à ma table, je me repose du monde, dans la lumière.

vendredi 26 mars 2010

La jalousie


Emménager, ce n'est pas seulement chercher la meilleure boulangerie du quartier, connaître les horaires de la bibliothèque, entendre la voisine partir à 7H20 le matin...
C'est aussi apprivoiser l'appartement. Découvrir, au fil des semaines, dans quelle pièce il fait bon poser la théière de thé fumé, à quelle heure la lumière dessine une ombre élégante par la fenêtre à clair voie de la salle de bain, voir le soleil caresser l'interphone avant d'être masqué par la maison d'en face.
J'ai pensé il faudra protéger le café de l'humidité avant de me souvenir que, non, il n'y aura pas de saison des pluies.
J'ai oublié ce qu'est un printemps sans pique-nique sous les fleurs, un été à moins de 35°.
Je me réjouis à l'avance de découvrir les plaisirs de toutes les saisons, dans mon grand appartement.

vendredi 19 mars 2010

Le méridien de Greenwich


Il arrive que mon lit me semble vaste comme le monde.
A tel point que ses deux hémisphères ne sont pas sur le même fuseau horaire et, selon celui où je m'endors, je ne m'éveille pas à la même heure.
Jamais, cependant, je n'ouvre les yeux longtemps après le début du jour car je suis du signe du soleil. Ascendant levant.

vendredi 12 mars 2010

La porte étroite

L'étroitesse
de la porte de la chambre
la fait paraître plus haute encore
qu'elle ne l'est en réalité
et plus petit aussi
semble le meuble
placé à sa gauche immédiate
et dans le tiroir duquel
-le deuxième en partant du haut-
sont rangées
onze pellicules photo
que je ferai développer
quand commenceront
à s'estomper
de mes souvenirs
les images
et les couleurs
que j'y ai impressionnées
durant les derniers mois
de ma vie

à Tokyo