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dimanche 24 février 2013

L'échange

-Je suis engagé, dit Laurent.
-Eh bien ! dégagez-vous, reprit Palmer. Voilà du papier et des plumes ! Ecrivez, écrivez, je vous prie !"
George Sand. Elle et lui. 
-Compte-t-on les jours de la même façon 
après avoir posté 
un courrier
ou avant d'en recevoir un dont 
on sait qu'il nous a été envoyé ?-

J'attendais une lettre
, c'en est une autre qui m'arriva.
De celle qu'on ne timbre ni ne cachette
parce qu'on la confie à internet
et qu'on pense qu'elle sera
lue dans la minute, dans la journée : là.

A moi,
il aura fallu dix mois
pour découvrir son message qui parlait de nos correspondances passées.
mais l'émotion de ses mots n'avait pas vieilli, pas bougé.
(10 mois avant de savoir
que c'était lui qui me lisait, des Baléares)

J'ai répondu et maintenant
, j'attends
,doublement.


dimanche 17 février 2013

L'exigence

Le goût de chacun ne peut se former que par la recherche du meilleur et donc de la singularité. Aussi le parcours du lecteur ne peut être que solitaire. Le lecteur -où qu'il lise- se doit d'être, obstinément, un aristocrate.
Frédérique Pernin

samedi 16 février 2013

il (me) dit :

Madame, excusez-moi, vous pouvez m'indiquer où est la rue du métal
???????????????????????????????????????????????????????????????
(...)
Merci Française
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
 -C'est exactement ça, mais dans la direction opposée. 
Telle était la méthode de prédilection de Calvino quand il s'agissait de renseigner des gens. 

Cette fois, cependant, il n'avait pas eu le temps de renseigner ce monsieur sympathique avec la précision requise. C'est exactement  comme je vous l'ai dit, mais dans la direction opposée. il ne se sentait aucunement coupable : faire en sorte que les gens se perdent dans le quartier était un acte de généreuse sympathie. A l'instar de quelqu'un qui a plaisir à montrer un film ou à faire lire un livre qu'il a aimés, Calvino savait que si les gens parvenaient directement à destination, sans aucun détour, ils n'auraient jamais l'occasion d'explorer ces recoins que seuls découvrent ceux qui se sont complètement fourvoyés. 
Gonçalo M. Tavares. Monsieur Calvino

vendredi 15 février 2013

Le cabinet des rêves 110

L'étude des rêves présente une difficulté particulière : on ne peut les observer directement. Seuls leurs souvenirs peuvent être objet d'examen ou de discussion. Peut-être que le souvenir des rêves ne leur corresponde pas directement. Un grand écrivain du XVIIe siècle, sir Thomas Brown, estimait que le souvenir des rêves était beaucoup plus pauvre que leur splendide réalité. D'autres, au contraire, pensent que nous embellissons nos rêves, c'est à dire que, si nous pensons que les rêves sont des oeuvres de fiction (ce que je crois), nous poursuivrons le travail d'imagination en nous réveillant et plus tard, en racontant nos rêves. 
Jorge Luis Borges.
 Je prends le train pour Paris. Il est composé, entre autres, de petites voitures individuelles. 
Alors que le train est en train de partir, j'en choisis une si petite que je me demande si je vais réussir à y entrer (oui : tout juste !). 
A l'arrêt suivant, N. s'installe juste derrière ma voiture, dans une espèce de petite carriole, même pas couverte.
Il commence à me parler et je ne réponds qu'évasivement dans l'espoir que la conversation ne dure pas tout le voyage. 
Dans une autre gare, il y a vraiment foule sur le quai et c'est avec soulagement que tout le monde voit arriver un wagon qui sera ajouté au train. 
Je m'éloigne de la gare pour aller chercher quelque chose (?) mais j'ai vite peur de manquer le départ du train et je me dépêche d'y retourner. 
N. est attablé avec J. 
Je m'installe avec eux et je suis éclaboussée par le jus de la viande très saignante qu'ils ont commencé à découper. 
Je dis que je ne tiens pas à être tachée par quelque chose que je ne vais pas manger et je vais dans une salle de bain, frotter ma marinière et le haut de mon jean qui sont mouchetés de sang. 
Une petite fille vient se laver les mains. 
Je lui laisse la place en disant Allez-y ! 
Elle s'étonne : Vous me vouvoyez, maintenant ?

Rêve du 9 février 2013

mardi 12 février 2013

Tuesday self portrait (les rendez vous)

Je ne sais pas ce que je ferais sans elle. Elle comprend mes cheveux. Il y a longtemps que j'ai renoncé à rien en faire moi-même. Pour moi, les cheveux sont comme les maris : tant que l'on vous voit ensemble en public, peu importent les divergences que l'on peut avoir dans l'intimité. 

Saki. La fenêtre ouverte

lundi 11 février 2013

Die Welt als Wille und Vorstellung

"Nous n'avons en ce monde que le choix entre la solitude et la vulgarité", confirma Schopenhauer, avant de recommander que l'on enseignât à tous les jeunes gens "comment supporter la solitude (...) parce que moins un homme est obligé de côtoyer ses semblables, mieux il s'en trouve". Heureusement, après avoir passé quelques temps à travailler et vivre avec des gens, toute personne sensée, suggérait-il se sentira naturellement "aussi peu encline à fréquenter souvent les autres qu'un maître d'école à partager les jeux d'une bande de garnements turbulents et bruyants".
Ceci dit, une décision d'éviter les autres n'implique pas forcément qu'on n'a aucun désir de compagnie. Elle peut refléter simplement une insatisfaction à l'égard de ce qui est disponible.
Les cyniques ne sont que des idéalistes trop exigeants pour ne pas être déçus. Chamfort : "On dit quelquefois d'un homme qui vit seul : "Il n'aime pas la société". C'est souvent comme si on disait d'un homme qu'il n'aime pas la promenade sous prétexte qu'il ne se promène pas volontiers le soir dans la forêt de Bondy".
Alain de Botton. Du statut social.
Pour ne plus entendre
comme
un
lundi
je ne demande plus les nouvelles de personne

dimanche 10 février 2013

Je me souvien(drai)s

Si je n'ai pas gardé vos présents
j'ai gardé vos mots
écrits pour moi
et à la main
18-2-2000               6 ans- E.

le 14.10.1998
Parce que la compagnie des spectres est une hantise parfois fascinante, à Gwendoline dans l'espoir que Rose et Louisianne lui deviennent, comme à moi, d'attachants fantômes...
Nikola

Comme un essai d'aide au classement des choses pour Loup. 
P.

Pour Gwendoline, en manière -provisoire- de réponse à sa dernière lettre. Avec l'amitié de Christian

Joyeux Noël petite soeur
Roselyne (25-12-79)

Pour Gwen, une histoire littorale pour frissonner et revoir de lointains paysages ! 

Paris, 04/08/08
A Gwen, Montmartre, Mont des Martyrs, pour que dure toujours l'amour des couleurs, toute ma tendresse, Chantal

Les valeurs essentielles prônées par nos constructeurs de cathédrales sont aujourd'hui enfouies mais pas mortes... Certains ont entrepris une oeuvre, certes vaste, mais tellement noble, celle de redonner à l'apprentissage ses lettres de noblesse... Vous faites semble-t-il partie de ceux-là. Alors bonne route...
Nicole

Pour Gwendoline, avec d'autant plus d'amitié que nous partagerons, à travers ce petit bouquin, le meilleur de nos adolescences. Très amicalement, donc, Marie

4-7-96
Présent en contrepartie d'une excellente bouteille de vin, bue un 29 juin inoubliable.
Ton K.

Pour Gwendoline, 
ce livre de l'amour et de l'eau et bienvenue à Bruxelles, 

5 sept 2007.
Pour toi, 
Pour mon amie Gwendoline
Heureuse année, Dearest.

jeudi 7 février 2013

1 en français dans le texte

A titre de punition supplémentaire, je dois parler français tout l'après-midi. J'ai été obligée de vous raconter tout cela en anglais, parce qu'il y avait des tas de mots qui me manquaient en français, Mais maintenant, nous parlons français.1
-Oh, très bien, très bien", dit Mrs Stossen sans entrain. Dans les moments d'énervement, le peu de français qu'elle connaissait ne lui venait pas naturellement aux lèvres. "Là, à l'autre côté de la porte, est un cochon... 
-Un cochon ? Ah, le petit charmant ! s'exclama Matilda avec enthousiasme. 
-Mais non, pas du tout petit, et pas tout charmant; un bête féroce...
-Une bête, corrigea Matilda. Cochon est masculin, mais si vous vous mettez en colère et que vous le traitiez de sale bête, alors c'est féminin. Le français est une langue où les questions de sexe sont mal définies, vous savez.
-Bonté divine, alors parlons anglais, dit Mrs Stossen.
 Saki. La fenêtre ouverte.

mercredi 30 janvier 2013

La chambre verte

Ce sont les poètes qui y voient des larmes : moi, sur les vitres, je savais que c'était la pluie qui arrêtait mon regard, noyait la ville dans le gris d'une mélancolie qui n'étreignait pas mon coeur, qui n'enlevait aucun charme à ces heures lentement vacantes, bien au contraire, même : les rendait confortables et adaptées au petit déjeuner tardif tout autant qu'à ces pages d'amour et de mort.
Plus tôt je m'étais dit,
faisant semblant que cela -l'amour, la mort- se planifie :
On ne devrait pouvoir mourir 
qu'après avoir rencontré celui 
qui, comme lui
survit
et continue à chérir.
L'amour était nouveau pour moi, croyez-le ou non.
Francisco Goldman. Dire son nom.

mardi 29 janvier 2013

Tuesday self portrait (une pratique)

En somme, nous pratiquons tous plus ou moins la poésie, dès lors que nous manoeuvrons notre squelette dans une attitude tendue vers le Beau. La poésie n'est pas, comme on le suppose parfois, un art difficile, antinaturel. Cette idée répandue que la poésie résiderait dans des processus abstrus, ésotériques, extraordinaires, résulte de la lecture de mauvais livres et des enseignements pénibles dispensés dans les facultés. La poésie consiste dans une exaltation de la beauté du corps et des pouvoirs innés du cerveau. A travers un apprentissage simple et la mise en oeuvre de techniques naturelles, cette beauté et ces pouvoirs peuvent être développés plus que la moyenne par toute créature pensante, même la femme.
Antoine Bréa. Asseyons-nous, prêt pour la poésie.

dimanche 20 janvier 2013

Provoquée par la pendaison des vêtements rapportés essorés puis refroidis par leur passage en machine mais aussi par la rue (1) la buée perla presque aussitôt sur la vitre près de laquelle j'accrochai les cintres et persista après que je les en eus retirés au point que la lumière du jour pénétrait moins largement dans la pièce et que je pensai On dirait un rideau d'eau.

(1) peut-être serait-il intéressant d'établir une grille tarifaire du temps. 
27 minutes coûtent 3,50€ au lavoir et 27€ chez le coiffeur. (2)

(2) et de cela je m'étais aperçue le jour où, regardant ma montre en sortant de mon rendez-vous, j'avais constaté que les deux chiffres -celui du temps passé, celui du prix payé- coïncidaient comme de vrais jumeaux. (3)

(3) ne serait-ce pas la lecture de L'autre comme moi (4) de José Saramago qui fait advenir cette comparaison dans mon esprit, aurais-je pensé à la gémellité si je n'avais pas été en train de lire une histoire de double ? 

(4) "d'habitude les dimanches sont des jours tristes, ennuyeux, mais il en certains dont on se réjouit qu'ils existent"(5)

(5) ces mots ne sont pas ceux qui m'ont fait corner la page 120, d'autres m'ont décidée à le faire, auxquels peut-être, au moment de les recopier dans le cahier qui leur est dévolu, je ne trouverai plus le même charme que pendant ma lecture et qui resteront à la page à laquelle je redonnerai sa forme initiale (6) avant de rendre le livre à la bibliothèque

(6) malgré tout, il reste souvent une empreinte (7) de nos lectures : et quand j'ouvre une page dont une ancienne pliure qui n'est pas de mon fait apparait comme une trace aussi lisible que les mots, je ne peux m'empêcher de lire en cherchant ce qui a pu retenir l'attention d'un précédent lecteur tout en sachant qu'il s'agissait peut-être seulement d'un moyen utilisé non pour marquer une page sur laquelle revenir ultérieurement mais celle où reprendre une lecture momentanément interrompue

(7) "Je regardais les visages, les saignées des bras, les expressions, je regardais les poches se remplir de mots, de conversations, d'attente, de pensées, de rêveries. 
Pour celle qui lisait Au phare, c'était la première fois, un premier don. Je lui ai souri en lui demandant de fermer le poing. (...)
Je l'ai revue à ma pause devant sa petite collation, elle ne lisait plus, elle était pâle, elle m'a souri. Elle m'a raconté qu'il lui arrivait de lire aussi entre les pages et dans les pages en même temps, parce que les livres, c'est comme le sang, ils sont marqués. Pas génétiquement, non, mais ils ont des marqueurs aussi, pas des marque-pages, si, des marque-pages qui sont des marques des gens. Elle se demandait si en donnant son sang elle donnait un peu de ses lectures, puisqu'en empruntant des livres il lui arrivait de trouver des taches de sang sur les pages. Pas seulement de sang d'ailleurs, de chocolat, et des cheveux, de la colle pailletée. Les livres de la bibliothèque étaient pleins de traces, même ici, encore plus ici, avec tous ces voyages en bibliobus, quand les livres traversent tout le département."
 Emmanuelle Pagano. Un renard à mains nues (8)

(8) ce livre, quant à lui, je m'étais attablée pour le lire (9), préférant cela à l'acheter et l'emporter chez moi d'où j'étais arrivée peu avant, précisément les bras chargés des livres que je venais vendre

(9) je l'ai, pour ainsi dire, consommé sur place en même temps que quelques fruits secs que j'avais emportés en prévision du moment que, m'étais-je dit avant de partir, j'aurais peut-être envie de passer installée à une table (10)

(10) nullement prévus, en revanche, avaient été son sourire et les mots qu'il m'avait adressés en s'installant à la table voisine, qui prouvaient que je ne lui étais pas inconnue et qui auraient pu être les premiers de la conversation que j'avais, pourtant, tellement envie d'avoir avec lui, si j'y avais répondu moins banalement

mardi 15 janvier 2013

Tuesday self portrait (la vie matérielle)

Oh Nelson ! je serai gentille, je serai sage, vous verrez, je laverai le plancher, cuisinerai tous les repas, j'écrirai votre livre en même temps que le mien, je ferai l'amour avec vous dix fois par nuit et autant dans la journée, même si cela doit légèrement me fatiguer. 

Samedi 14 janvier 1950. 
Simone de Beauvoir. Lettres à Nelson Algren.

samedi 12 janvier 2013

une cartographie de l'hiver


Voici la lumière du jour, et des perspectives qui, 
Panoramique sur le quai d'Orléans, vu de la rive gauche.                                                    
Bodin de Boismortier : Reprise de l'allegro.  
maintenant, ne signifient plus rien. Les secteurs
Plan rapproché d'un détail du même quai.
d'une ville sont, à un certain niveau, lisibles.
Panoramique sur des arbres secoués par une tornade.
Mais le sens qu'ils ont eu pour nous, 
personnellement, est intransmissible, comme  
Photographie aérienne de l'allée des Cygnes, à Paris. 
toute cette clandestinité de la vie privée, sur laquelle on ne possède jamais que des documents dérisoires.  
La musique s'efface.

Guy Debord. Critique de la séparation

jeudi 10 janvier 2013

Lire dans les villes (4 : à Bruxelles avec Stefan Hertmans



Bruxelles est une ville sans vision, et de là une jungle urbaine avec des perspectives inattendues. On dirait une gigantesque cuisine où seul le désordre est maître et qu'emploient d'innombrables locataires, mais que personne ne se sent responsable de nettoyer. Bruxelles est donc une ville qui vit de son caractère indéfinissable, ce qui paradoxalement donne lieu, de temps à autre, à l'émergence de quelque chose de sublime par son aspect, que ce soit un terrain vague ou un quartier ancien. 
Stefan Hertmans. Entre villes

mardi 8 janvier 2013

Tuesday self portrait (les goûts, les couleurs)

Georgina, tout à coup, fixa avec curiosité son regard sur l'écharpe que j'exécutais au crochet : 
"A propos d'animaux, est-ce là un justaucorps pour couleuvre à collier que vous tricotez ?" 
On ne pouvait guère attendre de Georgina qu'elle devinât qu'il s'agissait d'une écharpe bien qu'il fût évident que j'exécutais un travail au crochet et que je ne tricotais pas. 
"Non, répondis-je, quelque peu piquée, il n'en est rien."
"Où avez-vous trouvé une laine d'un vert aussi écoeurant ?
"Il est des moments où vous avez l'esprit beaucoup trop critique, Georgina. Maud Sommers a eu la grande gentillesse de me faire cadeau de cette jolie laine verte, à laquelle je trouve une couleur printanière qui évoque les jeunes pousses de marronnier."
"J'espère que vous n'avez pas l'intention de la porter pour de bon ? Le vert n'est pas votre couleur, vous êtes déjà bien assez verte comme ça."
Léonora Carrington. Le cornet acoustique.

dimanche 6 janvier 2013

correspondance

"Mais tout cela est accessoire. Ecris pour que je sache si tu es en vie. 
Je t'aime
Lili."
Alexandre Tisma. Le livre de Blam
Et, glissée précisément à la page 223 du livre, 
une carte qui ne m'était pas adressée.

19 janvier 87

Vous ne pouvez pas savoir la joie et l'émotion que j'ai eues ce matin, en reconnaissant votre écriture. J'ai tellement pensé à vous, sans oser vous écrire. Je craignais d'être indiscrète. 
Merci
Merci pour ce que vous me dites de la Rue Profonde. Peut-être trouverez-vous quelque plaisir à ces "Scènes dans le château". 
-Que je suis contente d'avoir retrouvé votre écriture-
Je vous embrasse très amicalement.
1987 vous verra-t-il dans le Lot et Garonne ?

vendredi 4 janvier 2013

Le cabinet des rêves 104

Un jour, ma femme m'a raconté que peu avant notre mariage elle avait fait un rêve dans lequel elle aboyait. En se réveillant, elle avait vu son petit chien, Bingo, assis au pied du lit, et elle avait trouvé qu'il la regardait d'un drôle d'air. Avait-elle aboyé dans son sommeil ? Qu'est-ce que ça pouvait bien signifier ? Elle décida que c'était un cauchemar et le consigna dans son livre de rêves, mais ne revint jamais dessus. Ses rêves, elle n'essayait pas de les interpréter. Elle les notait, c'est tout, l'un à la suite de l'autre. Raymond Carver. Qu'est-ce que vous voulez voir ?
Le sol se recouvre progressivement de bêtes venimeuses : il n'est pas possible d'en faire abstraction. 
A un moment, G. prend un serpent entre ses mains et le décapite avec douceur, en lui parlant comme à un ami, en lui disant que s'il ne voit rien, ce sera mieux pour lui. 
Pendant que le serpent sans tête ondule sur le sol, il me dit que je n'ai plus qu'à l'écraser.
Mais l'idée de sentir le corps du serpent sous mes pieds me dégoûte et je bouge les jambes très vite pour tenter de l'éviter. 

Rêve du 2 janvier 2013

dimanche 30 décembre 2012

reader's digest


Je tirai mes sacs de sous le lit et commençai à les remplir. Je ne vais pas tout emballer, pas encore, pas définitivement, murmurai-je. Je vais d'abord emballer sommairement. Préemballer, comme on précuit des aliments. Le mot "sommairement" me plut. Je me mis à l'essayer dans d'autres combinaisons. Je dis : Je vais faire des préparatifs de voyage sommaires. Je voudrais m'informer sommairement du prix. Pourriez-vous me dire sommairement quelle heure il est ?
Paul Nizon. La forme de la truite.

Dans les cahiers de couleur, ce ne sont pas mes mots.
mais 
les relire 
me relire
Recopier mes lectures, c'est comme écrire mes journaux. 


jeudi 27 décembre 2012

Lire dans les trains (le retour)

Ou, pour exprimer les choses différemment.
Lidia Jorge. Le Jardin sans limites


dimanche 23 décembre 2012

Lire dans les trains (l'aller)

  Voilà ce qu'il voudrait, ça plus que tout autre chose au monde : que lire occupe tout l'espace du présent, que tout ce qui se produit en un même point du temps soit d'une certaine manière avalé d'un coup par la lecture.
Alan Pauls. Histoire des larmes
 quand je pars en voyage je sais que les mots vont être en concurrence 
avec le paysage