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lundi 1 août 2011

Quelques circonstances

Le premier jour de faim est aussi celui du retour de l'été. 
Alors le matin est alangui, le marché longtemps endormi, la vie ralentie. 
S'asseyant quelques instants auprès de la petite fille qui, plus tôt, avait claironné son nouvel âge -celui de raison- qu'elle irait célébrer à la foire, il me dit bonjour, m'appelant pour la première fois par mon prénom -alors même que j'ignorais qu'il le connaissait. 
Ma vie à la ville tient du village. 
Une vie de campagne.
 "Il était seul dans son bureau, Cavin faisait des courses. Un chat traversa la place; et on le vit à l'autre bout qui se couchait sur le trottoir devant la charcuterie. Les boutiques avaient baissé leurs stores de coutil; l'horloge craquait par moment. Au mois d'août, beaucoup de personnes sont à la campagne. C'est le temps où les ombres tournent toutes seules, le long du jour, sur les pavés. On fait l'obscurité dans les chambres, on attend le soir pour sortir. 
Jamais la place n'avait été si vide. C'est qu'aussi beaucoup de personnes étaient fatiguées, ayant dansé et ri la veille. Il y avait des restes de la fête; l'arc de triomphe à côté de l'hôtel de ville n'était pas encore démoli; mais à cause de la grande pluie, il était tout fané, ruiné; l'écriteau déchiré pendait, la charpente perçait sous les branches arrachées. Et la même phrase revenant en lui, elle prenait un autre ton : 
"J'aurais dû laisser partir cette fille."
C.F. Ramuz. Les circonstances de la vie

dimanche 28 mars 2010

Une semaine en désordre

L'invention d'un usage pour le couteau à beurre d'ordinaire inutile : l'achat de Farinet de C.F. Ramuz, dans une édition non massicotée.
Dans un mail, le nom de Melville. Celui de Moby Dick à la librairie. Et plus tard, dans la même journée, dans un roman.

"Jamais trafic entre les gens et les livres n'a été plus intense. Que ces livres soient brefs ou longs, grands ou médiocres, qu'ils donnent lieu à un potlatch de baleines, un déplacement de perspective ou une simple réminiscence, impossible de nier leur impact, ils jouent un rôle, ils font bouger de place."
Florence Delay. Trois désobéissances.

Chose vue : "vase ourson, 26,50€". Le vase a incontestablement la forme d'un oursin.

Chose lue :
"Certains savent très bien que la vie qu'ils vivent est assez morne, est assez ennuyeuse, est assez fastidieuse, est assez triste, oui est assez triste. Certains d'entre eux sont en train de changer, font des courses et les courses et les courses sont quelque chose, il font des courses et les courses et les courses sont quelque chose mais changer n'est pas être quelqu'un qui achète, changer est être quelqu'un qui a quelqu'un pour être quelqu'un qui vend quelque chose et non pour vendre cette chose, changer est alors exister, parfois en certain très certain changement, en certain très complètement changement, en certain certain changement, en certain pas grand changement."

Gertrude Stein. Flirter au bon marché.

Chose entendue : "La mi-saison, ça n'existe pas. C'est une invention de la mode".
La pendule du lavoir n'est pas passée à l'heure d'été : une heure précieuse du dimanche matin gaspillée.
Chose vue en sortant de chez l'opticien :
Pendant quelques heures, croire devoir vivre sans toi.
Savoir que je ne pourrais pas.