Je ne veux ni ne peux vivre de cette façon, c'est-à-dire que ma vie se réduise à cela; pareille situation n'est pas tenable et je ne suis prête en aucune façon à ce que mon avenir immédiat prenne la forme de six mois de désert, de vide et de ténèbres complets, dans le seul espoir de revoir Denys à l'automne et de connaître alors le même bonheur sans réserve, puis de me trouver ensuite rejetée dans les ténèbres et dans le désert -et ainsi de suite jusqu'à la fin de mes jours.Je sais bien que tu m'as dit qu'il valait la peine d'être totalement malheureux pendant un certain temps pour pouvoir ensuite être totalement heureux pendant une autre période. D'un point de vue strictement mathématique, il est possible que l'on puisse atteindre un état de parfait équilibre, par exemple, en restant pendant six heures dans un bain parfumé à écouter la musique la plus suave qui soit pour ensuite être soumis à la torture pendant les six suivantes (et ainsi de suite); mais dans la pratique, il est tout simplement impossible de vivre de la sorte parce que l'on ne peut se couper aussi radicalement que cela de son passé et de son avenir.(...) Non, pour que je puisse vivre, de façon générale, et que je puisse connaître, et désirer continuer à connaître dans ma vie ce bonheur indescriptible qu'est mon amour pour Denys, il faut, vois-tu que je sois moi-même, que je sois quelque chose à moi seule, que j'aie, que je possède quelque chose qui soit vraiment à moi, que je fasse quelque chose qui exprime ma personnalité.Karen Blixen. Lettre à Thomas Dinesen, le 3/4/26
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mardi 3 juillet 2012
Tuesday self portrait (un point de vue strictement mathématique)
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Tuesday self portrait
dimanche 27 mai 2012
Le jour des extincteurs
Et c'est toujours la même question.
Qu'est-ce qui nous rend globe-trotters ou sédentaires,
Uniques propriétaires ou éternels colocataires...
Plutôt que de résoudre l'impossible équation,
Nous avons parlé -dans la rue familière-
De gazon, de la Reine Fabiola, de jumelles se roulant par terre,
De macramé, de plantes qui meurent, des longs week end à la mer,
Et d'accouchements particuliers
L'un en voiture, l'autre sur un palier.(1)
(1)Je suis véritablement effrayée par tout ce qui a trait aux accouchements; l'autre jour, je suis allée voir une toute jeune femme indigène au très joli visage que l'on emmenait dans la "salle de travail", -son bébé devait arriver dans moins d'une demi-heure; c'est tout ce qu'il y a de plus naturel, en un certain sens, mais il me semble que c'est une façon bien cruelle de mettre les enfants au monde et j'aimerais bien que l'on puisse en trouver une autre, ce serait quand même bien plus agréable si l'on pouvait couver des oeufs...Karen Blixen. Lettres africaines.
mardi 17 avril 2012
Tuesday self portrait (Fortes averses et vent soufflant fort : 70 km/h en rafales)
Je donnerais volontiers deux conseils à toutes les jeunes femmes : coupez-vous les cheveux et apprenez à conduire une automobile. Ces deux choses-là changent le cours de l'existence. Les cheveux longs ont vraiment été une forme d'esclavage tout au long des millénaires qu'a duré l'histoire; avec une crinière que l'on peut coiffer en une minute et à travers laquelle le vent peut souffler, on se sent soudain bien plus libre que les mots ne peuvent l'exprimer. Et, étant donné qu'ici on ne porte pas de corset, on est vraiment en mesure de se mouvoir à l'égal des hommes. Si cela m'allait, je porterais des pantalons, ici, des shorts comme en portent beaucoup de dames; mais, malheureusement, je n'ai pas les jambes ni le courage moral qu'il faut...Karen Blixen. Lettres d'Afrique. Janvier 1923
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Tuesday self portrait
lundi 9 avril 2012
"Le silence est devenu la chose la plus luxueuse au monde"*
Quand je marche, j'entends des voix.
Et les paysages de la ville se chargent de souvenirs sonores.
J'ai fini d'écouter George Steiner en redescendant la chaussée de Waterloo, un de ses livres dans mon sac.
Et un autre jour, c'étaient les pages de Karen Blixen qui m'alourdissaient pendant que je traversais Bruxelles comme si j'avais été à Copenhague.
(Comme un total look imperceptible)
Chaque jour, les personnes cultivées se voient sollicitées par des millions de mots imprimés, radio -ou télé- diffusés, qui traitent de livres qu'elles n'ouvriront jamais, et d'oeuvres plastiques qu'elles n'auront jamais devant les yeux. L'air est saturé par le bourdonnement perpétuel que produisent les commentaires esthétiques, les jugements à la minute et les pontifications préemballées. On peut penser que la plus grande partie du discours sur l'art ou du reportage littéraire, des recensions musicales et de la critique de ballet, est parcourue plus que lue, entendue mais non écoutée. L'effet n'en est pas moins l'antithèse de cette rencontre, de cette appropriation personnelles, viscérales, dont parlait Ben Jonson. Il n'y a que peu d'"ingestion"; c'est bien plutôt la "digestion" qui prévaut.*George Steiner. Réelles présences. Les arts du sens.
mardi 20 mars 2012
Tuesday self portrait (10:40)
soudain il n'y eut plus que moi et le soleil
Je suis persuadée que "la liberté" et que "le bonheur" sont des états intérieurs et qu'il est impossible d'établir des règles quant à ce qui peut être à leur origine, mais je pense cependant également qu'il existe, pour chaque individu, des circonstances extérieures qui conditionnent plus ou moins sa capacité d'éprouver ces sentiments.Karen Blixen. Lettre à Thomas Dinesen. Ngong, 19/8/23
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Tuesday self portrait
vendredi 10 février 2012
Le cabinet des rêves 57
J'ai lu, ou bien on m'a raconté, qu'un livre paru au XVIIè siècle, sur le savoir-vivre, enjoint, dans son premier chapitre, aux gens bien élevés de ne jamais répéter leurs rêves à leur entourage, car ils ne sauraient intéresser personne. Je ne songe nullement à m'élever contre les bonnes manières du XVIIè siècle, et je ne vais pas m'amuser à décrire un seul de mes rêves.
Karen Blixen. Ombres sur la prairie.
Avec E., nous sommes dans une petite voiture de golf à deux places grâce à laquelle nous visitons la ville.
T., en costume, court à côté de la voiture pour commenter ce que nous voyons et, derrière nous, deux caméramans filment.
Lorsque nous avons terminé la visite, je cherche en vain mon sac que j'avais suspendu à l'arrière du siège de la voiture et que je crois avoir perdu. Puis, je le retrouve.
Un des deux hommes qui a filmé s'approche de moi et colle sur ma manche une petit bout de papier avec son numéro de téléphone sans rien me dire.
Ça m'amuse mais pas un instant je n'envisage d'en faire le moindre usage.
Rêve du 9 février 2012
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