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mercredi 12 septembre 2012

Une semaine à New York (les New-Yorkais)

Ceux qui ont pensé que je saurais leur indiquer la direction qu'ils cherchaient.
Celle à qui ma coupe de cheveux a plu,
celle qui trouvait que mon collier était original.
Celui à qui les photos qu'il me voyait prendre ont rappelé celles qu'il prenait, lui, dans les années soixante-dix.
 Celle qui a vérifié que ma nationalité était bien celle qu'elle me supposait,
celle qui a proposé de prendre la photo que mon retardateur ne me permettait pas de cadrer.
 Celle qui a partagé l'enthousiasme que la couleur du ciel au couchant lui inspirait.
 Tous ceux qui ont fait des compliments, à mon passage.
 Celle qui m'a couru après pour me donner un ticket oublié,
celui que ma montre "Mao" a amusé.
Celui qui m'a dit "Bonjour mademoiselle" en français.
Anonyme observatrice, je n'étais pourtant pas un
fantôme invisible.

New-yorkais était une expression que mon père utilisait à tout bout de champ et dans n'importe quel contexte. Il la collait en fin de phrase pour exprimer une condamnation générale, chaque fois qu'il parlait de quelque chose qu'il trouvait "mou" ou "chichiteux" ou "pas comme y faut". Par exemple : "Trois mois que j'ai c'te chemise et elle est déjà fichue. Des beaux dollars tout prop'es pour c'machin qui tombe en loques avant que j'aie enlevé l'étiquette ! New-yorkais.""Qu'est-ce que t'as contre les New-Yorkais ? lui avais-je demandé un jour. Tu y es déjà allé, à New York ?-Pour quoi faire ? avait-il répondu. C'est d'là que viennent tous les New-Yorkais."
Reif Larsen. L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet.

dimanche 8 juillet 2012

En fait, les étagères qui tapissent une pièce sont quelque chose de très intime, un peu comme des empreintes digitales.*

La 
mouche 
avait 
déjà 
esquissé
 la 
moitié 
d'un 
coeur
 sur 
le 
mur 
lorsque 
je 
la 
vis 
faire 
et
 la 
chassai
.
J'avais des carnets de trois couleurs. Les BLEUS, soigneusement alignés contre le mur sud de ma chambre, étaient réservés aux "schémas de gens en train de faire des choses", à la différence des VERTS, sur le mur est, qui contenaient des croquis zoologiques, géologiques et topographiques, et des ROUGES, sur le mur ouest, que je remplissais de dessins d'insectes.
*Reif Larsen. L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet.

jeudi 28 juin 2012

Les cartes secrètes de l'identité

Je suis lassée de la question de l'origine. 

Mais c'est en lui répondant que j'ai appris que les dimanche de son enfance s'étaient parfois passés sur les lieux de ma naissance. 
 Le lendemain, pour me distraire, j'ai essayé de me lancer dans la cartographie de Moby Dick
Cartographier un roman est une tâche délicate. Parfois, les paysages imaginaires m'offraient un refuge, un répit dans la mission que je m'étais assignée de cartographier le monde réel dans sa totalité. Mais ce répit était toujours assorti d'un sentiment de vacuité : je savais que je me leurrais, que l'oeuvre de fiction n'était qu'une illusion. Sans doute certains parviennent-ils à justifier le plaisir de l'évasion par la conscience du leurre, peut-être est-ce précisément là tout l'intérêt des romans, mais pour ma part, j'ai toujours trouvé difficile d'accepter cette cohabitation de la réalité et de la fiction. Peut-être faut-il simplement être adulte pour réaliser ce numéro d'équilibriste qui consiste à croire tout en ne croyant pas.
Reif Larsen. L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet.