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mardi 24 juillet 2012

Tuesday self portrait (la journée réussie)

Ce qui n'empêche pas Peter Handke d'avoir une force que j'admire : la capacité d'être seul et d'en faire quelque chose -ne pas se laisser aller à plaire à l'opinion publique, ne suivre la piste que de ce qui compte pour soi, avoir la force de retomber sur soi, et par cela, être signifiant pour les autres. Au dernier moment, j'ai mis dans mes bagages quelques essais de sa main. -Essai sur la journée réussie, Après-midi d'un écrivain, Essai sur le juke-box- Je n'ai pas pris ces livres pour les relire, mais pour me souvenir qu'ils existent. Ils sont là, silencieux et fermés, irradiants, et me rappellent que continuer a une signification, et qu'il ne faut faire que ce que l'on pense être bon pour garder sa paix intérieure et son sens de l'équilibre -ce fantôme moral fragile qui erre dans les pensées.
Stefan Hertmans. Entre villes.

vendredi 20 juillet 2012

Le cabinet des rêves 80

-Vous rêvez souvent ? demanda Judith. 
-Nous ne rêvons presque plus, dit John Ford. Et, si oui, alors nous oublions. Nous parlons de tout, aussi ne reste-t-il rien pour les rêves. 
Peter Handke. La courte lettre pour un long adieu
J'ai appelé un plombier parce que le boiler de ma salle de bain clignote de manière inquiétante.
Il m'annonce que, contrairement à la fois précédente, il ne va pas pouvoir me faire payer 99€ mais 1500€. 
Cependant, il n'est pas pressé de faire la réparation. 

Rêve du 16 juin 2012

dimanche 4 septembre 2011

Sommaire

"Profond foyer et profond exil, d'être là dans la langue"
Botho Strauss

CHAPITRE I : une requête

       Google Images: photo femme elegante devant tasse de café 

CHAPITRE II : le marque-page. 

Une enveloppe blanche, papier vergé d'une dimension de 4,5 cm sur 8 cm. 
Au feutre noir, une écriture sûre d'elle : 
c'est
la petite
enveloppe
commune

CHAPITRE III : un enterrement(1)/une terrasse/un chat noir/un air de violon/un thé vert(2)/des hommes sur le toit/un hélicoptère/deux prunes jaunes.

(1) "Pendant qu'ils buvaient, il raconta : "Il y a peu, j'attendais de la visite. Lorsque j'allai ouvrir, je vis immédiatement que le visiteur dégoulinait de pluie de la tête aux pieds. Or, je venais de nettoyer tout l'appartement ! Pendant que je l'invitais à entrer et lui serrais la main, je remarquai que j'étais moi debout sur l'essuie-pieds en train de me nettoyer les souliers avec la plus grande énergie comme si c'était moi le visiteur mouillé." Il pouffa. 
La femme : "Et tu te sens encore si souvent pris en faute ?"
Le père, pouffant de rire, se tint la main devant la bouche : "Le plus gênant ce sera d'être étendu, bouche ouvert, sur le lit de mort."
Il avala son thé de travers. 
Peter Handke. La femme gauchère

(2)SENCHA ARIAKE
Liqueur :
Couleur : beau vert. Texture en bouche : douce et veloutée. Saveurs : légère acidité.
Arômes : attaque iodée, marine (poisson cru et algue) et végétale (légume cuit au départ puis note d'herbe coupée en fond).
Notre avis :
Produit par la province de Kyushu, le Sencha Ariake est le plus doux des grandes qualités de Sencha. Très tonique et fleuri, il est très agréable le matin.

Temps d'infusion : 2'
Température de l'eau : 70°C

Autres conditionnements :
boîte de 20 mousselines, boîte métal 100g

CHAPITRE IV : 

CHAPITRE V : Comme un écho 

"Combien de centaines de milliers de visages notre oeil n'a-t-il pas rencontré ? Cette expérience est le contraire du "choix représentatif" : c'est la vérité du nombre physique, linéaire. A combien de gens peut-on avoir affaire au cours d'une vie normale, avec combien de gens ont été échangés des mots ou de longs regards -de la mère jusqu'à tous ceux qui, dans la rue, vous ont demandé une rue ?
Etre passant et le rester."
Botho Strauss. Couples, passants


CHAPITRE VI : et un autre.

"Les journées semblaient durer une éternité. Jiselle s'efforçait de donner une forme à chacune d'elles. 
Le jour de l'araignée dans la salle de bains. Le jour de la soupe de pois cassés. Le jour où le bois semblait humide et ne voulait pas s'allumer. Le jour où on a feuilleté un vieux numéro du New Yorker en s'étonnant des publicités et de la norme alors en cours. Le jour où nous avons cru entendre hennir un cheval au loin. Le jour où les lumières ont clignoté. Le jour où nous avons cru entendre des coups de feu dans le ravin. Le jour où Sam a inventé un dentifrice mentholé à partir de bicarbonate de soude et de menthe en sachet...
Car si elle omettait de le faire, elle se couchait le soir avec l'impression de se trouver à bord d'un navire à la dérive, sans la moindre idée de l'endroit ni de l'époque où elle se réveillerait le lendemain."
Laura Kasischke. En un monde parfait.

CHAPITRE VII : l'air du dimanche matin

O solitude

CHAPITRE VIII : une envie née de la pluie, de la nuit (le projet d'un détour au palais des thés)

Gu Zhang Mao Jian
Subtil thé d'altitude, il a ce parfum de terre mouillée après l'orage que recherchent les Chinois.

mardi 19 juillet 2011

Tuesday self portrait (le désir)

Sur la pellicule, les mêmes griffes, les marques, l'usure du temps que j'ai 
 sur la peau. 
Nous avons vieilli, ensemble.   
1048. PLAN AMÉRICAIN, intérieur jour (19 sec)
(Travelling) Damiel est assis sur le siège avant
droit d'une voiture ouverte, un cabriolet BMW, 
exposé dans un hall de vente. La caméra ne le 
voit d'abord que de façon imprécise, séparée de
lui par les reflets des néons sur le pare-brise, puis 
avec plus de netteté lorsqu'elle décrit un quart de 
tour autour de la voiture et montre finalement
Damiel de profil. Il ferme les yeux.


1049. PLAN AMÉRICAIN, intérieur jour (10 sec)
(Travelling) Un mouvement semblable autour du 
pare-brise, de l'autre côté de la voiture. Nous 
découvrons Cassiel. Cassiel sort son calepin. 


1050. DEMI-ENSEMBLE, intérieur jour (33 sec)
Les deux anges, vus de devant, à travers le 
pare-brise. Cassiel fait la lecture du contenu de 
son calepin. 

DAMIEL (off) : Alors ?


CASSIEL : Lever du soleil 7h22, coucher du soleil 
16h28, lever de la lune 19h04, coucher, niveau 
de la Havel et de la Spree... Il y a vingt ans
aujourd'hui, un chausseur à réaction soviétique 
s'écrasait dans le Stössensee, près de la Heerstrasse
à Spandau. Il y a cinquante ans, c'était... 
DAMIEL : ... l'Olympiade. 
CASSIEL : Il y a deux cents ans, Nicolas François 
Blanchard survolait la ville en ballon. 
DAMIEL : C'est ce que les transfuges ont fait l'autre
jour. 
CASSIEL : Et aujourd'hui... 

Damiel montre du doigt quelque chose au-dehors...

1051. PLAN GÉNÉRAL, extérieur jour (7 sec)
Un couple d'amoureux s'enlace devant la vitrine. 

Lilienthaler Chaussee, un homme qui marchait, a
ralenti de plus en plus le pas et a regardé alors
par-dessus son épaule dans le vide... 

1052. DEMI-ENSEMBLE (comme 1050)(25 sec)
Cassiel continue à faire la lecture de son calepin.

Au bureau de poste 44, un homme qui veut en 
finir aujourd'hui a collé des timbres spéciaux sur 
ses lettres d'adieux, sur chacune un autre, puis, 
Marianneneplatz, il a parlé anglais avec un soldat
américain, pour la première fois depuis l'école, 
couramment !.. Au pénitencier de Plötzensee, un 
détenu, avant de se jeter la tête contre le mur, a
dit "Maintenant".

1053. PLAN AMÉRICAIN, intérieur jour (12 sec)
Plus près : les deux anges derrière le pare-brise. 

Au métro Zoo, le chef de quai, au lieu du nom de 
la station, s'est écrié "Terre de feu" !..
DAMIEL : Beau ! 
CASSIEL : Dans les collines, un vieillard lisait 
l'Odyssée à un enfant, 
et son petit auditeur a cessé de cligner des yeux... 
Et toi ? Que racontes-tu ?

1054. PLAN GÉNÉRAL, extérieur jour (7 sec)
Devant la vitrine : un couple qui contemple avec
nostalgie une des voitures exposées. L'homme
porte dans ses bras un enfant emmitouflé dans un
anorak couleur argent. 
1055. GROS PLAN, intérieur jour (48 sec)
Damiel fait, dans enthousiasme, la lecture de son
calepin, puis il interrompt son compte-rendu.

DAMIEL : Une passante qui, sous la pluie, a fermé
son parapluie d'un coup sec et s'est laissée 
tremper... Un écolier qui décrivait à son maître
comment une fougère sort de la terre, et le maître
étonné... Une aveugle qui a cherché sa montre en 
tâtonnant lorsqu'elle a perçu ma présence... 
Merveille de vivre en esprit et d'attester, jour après 
jour, pour l'éternité, le spirituel, rien que le 
spirituel chez les gens -mais parfois je suis las de
mon éternelle existence d'esprit. J'aimerais ne plus 
éternellement survoler, j'aimerais sentir en moi un 
poids qui abolisse l'illimité et m'attache à la terre. 


Peter Handke, Wim Wenders. Les ailes du désir.