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vendredi 2 mars 2012

Le cabinet des rêves 60

"-Tu fais des rêves ?
-J'en ai pas fait un seul depuis un bon bout de temps -enfin, pas un seul de neuf. Ce ne sont que des reprises. Je les connais par coeur. Parfois je pique du nez en plein milieu tellement ils sont chiants."
Geoff Dyer. La couleur du souvenir.
Je suis dans la maison de la Source. 
Il fait très sombre alors que c'est le jour et je ne suis pas très rassurée. 
J'entends du bruit au rez-de-chaussée et je descends. 
Je vois qu'il y a de la lumière dans la cuisine. 
Je pense que ma soeur est passée et n'a pas éteint avant de partir. 
Or, elle est encore là.
Elle a fait des tartes dont une aux figues. 
Elle me répond avec détachement : A peine quand je lui demande si elle y a mis du sucre. 
Je pense Quel gâchis car je vois qu'il ne reste que quelques fruits qu'elle n'a pas utilisés et que je pourrai, donc, manger. 

Rêve du 25 février 2012

mardi 21 juin 2011

Tuesday self portrait (l'invention du mardi)

Dès la fin des années 80
 mon Konica
brandi à bout de bras
l'objectif vers moi

Mais ce n'est qu'à Tokyo que j'ai fait du mardi un jour de réflexion.
"A côté de ces cartes, appuyée dans l'angle d'un mur, il y avait une photo que je reconnus immédiatement en dépit de son âge. Je la pris et vis que quelques mots étaient griffonnés au dos : "... cette chose un peu terrible qu'il y a dans toute photographie : le retour du mort." Puis je regardai l'image au recto."

Geoff Dyer. La couleur du souvenir.

jeudi 2 juin 2011

Dans les marges de mes souvenirs

"Dans toutes les photos se glissent des étrangers; les tirages préservent une intimité qui n'a existé qu'une fraction de seconde, quand une personne qu'on n'a pas remarquée sur le moment s'est involontairement égarée dans le cadre. Cachées au milieu des visages familiers et rieurs des amis, il y a les formes entrevues d'étrangers; et, dans les lointaines maisons d'étrangers, vous êtes là, en lisière, légèrement flou, au milieu des souvenirs d'autres gens. Nous bavons les uns sur la vie des autres. Au cours de n'importe quelle journée, dans n'importe quelle ville, cela se produit des milliers de fois peut-être et, de temps à autre, une pellicule en porte la trace. C'est ce qui arrive ici. Regardez bien et peut-être là, près de la marge, vous trouverez le reflet fugitif de votre propre image : faisant la queue au bar, courant après l'autobus, buvant de la bière sur un toit. 
Souvent, ce qui arrive accidentellement, involontairement, au bord ou dans les marges des photos -le détail apparemment négligeable- donne à la photo son sens particulier. Ce qui advient bien nettement au premier plan semble d'une certaine manière sans importance ou dépourvu de signification en comparaison de -ou, du moins, ne prend de signification et d'importance qu'à travers- l'intrusion accidentelle d'un détail : le bout d'une chaussure; une voiture à l'arrière-plan; un parapluie roulé; l'inclinaison d'un chapeau; l'enfant qui lèche une glace. Ces détails absorbent et transforment -et sont eux-mêmes absorbés et transformés par- l'action principale; les protagonistes sont saturés par les inflexions accidentelles de détails subalternes. La distinction entre premier plan et arrière-plan s'effondre; le sujet est détrôné par son environnement, par la configuration éphémère des nuages, par d'autres visages dans la rue; son ombre se perd dans la confusion d'autres ombres -les ombres projetées par des gestes accidentels."
Geoff Dyer. La couleur du souvenir

lundi 30 mai 2011

La couleur de l'avenir

Ils sont Anglais, ils sont amis. 
Ils boivent des bières -beaucoup- ils boivent du thé -beaucoup- ils fument des joints -beaucoup- ils travaillent -rarement- ils écoutent du jazz -beaucoup- ils mangent des haricots sur des toasts grillés -souvent- ou des pizzas -tout autant- ils marchent sous la pluie -invariablement- ils attrapent des bus -régulièrement- ils parlent de politique -parfois- ils tombent amoureux -pas si souvent- ils répondent à des enquêtes d'opinion par téléphone -ou ce sont eux qui posent les questions- ils font la déco de leur appartement -pitoyablement- ils vivent la fin des années 80 sur le toit de leurs immeubles.
Ils ne sont plus si jeunes que ça. 
Je lis au soleil du vingt-et-unième siècle, la fenêtre est ouverte sur les chants d'oiseaux, les babillages du bébé voisin, le vent dans les arbres, les sirènes de la ville.  

"-Mon cul. 
-Ecoute, je vais te dire où se situe ma conscience politique : je ne mange jamais chez McDonald, je ne ne joue jamais à des jeux électroniques, je n'ai pas vu cinq minutes de feuilleton à la télé, ni aucune des autres merdes qu'ils diffusent. J'essaie de ne pas écouter de pop music, je n'écoute jamais Radio 1; je ne lis pas les pages culturelles des journaux du dimanche. Je n'achète pas de produits sud-africains, je ne possède pas de voiture et, en règle générale, je ne dépense rien pour le genre de saloperies dont les boutiques sont pleines. Je ne cherche pas à avoir un vrai travail et je m'en fiche de ne jamais avoir de maison à moi -quand les gens parlent du prix de l'immobilier, je n'écoute pas. Je ne connais pas de banquier ni personne qui travaille dans la pub- je n'ai même mis les pieds qu'une seule fois dans la City. Si quelqu'un lit un canard à scandale, j'essaie de m'arranger pour ne pas le voir. Compris ? Maintenant, on en arrive aux choses vraiment importantes : je passe pas mal de temps à peindre et à réfléchir sur l'art. En d'autres termes, j'essaie de ne pas devenir aveugle. Je ne lis pas de bouquin de merde et je ne vais jamais voir des films de merde. Je pratique autant de sports amusants que je peux et j'écoute Coltrane, Sonny Rollins, Lester Bowie, Beethoven et Chostakovitch -en d'autres termes, j'essaie de ne pas me laisser devenir sourd. Tu saisis le tableau ? Je suis engagé dans l'une des batailles politiques les plus importantes de notre temps."
Geoff Dyer. La couleur du souvenir.