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jeudi 24 janvier 2013

Le monde selon Harlequin (chapitre 4)

 "Gwen se réveilla à deux heures de l'après-midi, l'esprit confus et le teint un peu brouillé.
Pour se donner meilleure mine, elle mit son ensemble de jogging rose. Bien large, bien confortable... Idéal pour passer un samedi pluvieux à la maison, un lendemain de fête...
Brad, dans la cuisine, préparait une omelette. L'odeur l'agressa. Finalement, elle n'avait pas le coeur bien accroché...
-Vous arrivez bien. Je l'ai faite justement comme vous les aimez. Baveuse à souhait...
Il la regarda, inquiet. Elle se décomposait à vue d'oeil.
Lentement, elle s'assit.
-Je... je ne suis pas bien, murmura-t-elle, à peine audible.
-Je vois... Bon, eh bien, ce qu'il vous faut, c'est un verre de jus de tomate avec beaucoup de sauce Tabasco. C'est un remède souverain contre la gueule de bois.
-Vous voulez m'achever, c'est ça ?
Brad s'installa en face d'elle et posa son omelette et une tasse de café sur la table. Elle grimaça, eut un mouvement de recul. 
-Vous devriez prendre au moins un café fort."

Caroline Jantz. Les noces de Gwendoline.

dimanche 27 mai 2012

Le jour des extincteurs

Et c'est toujours la même question.
Qu'est-ce qui nous rend globe-trotters ou sédentaires, 
Uniques propriétaires ou éternels colocataires... 
Plutôt que de résoudre l'impossible équation,
Nous avons parlé -dans la rue familière-
De gazon, de la Reine Fabiola, de jumelles se roulant par terre, 
De macramé, de plantes qui meurent, des longs week end à la mer, 
Et d'accouchements particuliers
L'un en voiture, l'autre sur un palier.(1)
(1)Je suis véritablement effrayée par tout ce qui a trait aux accouchements; l'autre jour, je suis allée voir une toute jeune femme indigène  au très joli visage que l'on emmenait dans la "salle de travail", -son bébé devait arriver dans moins d'une demi-heure; c'est tout ce qu'il y a de plus naturel, en un certain sens, mais il me semble que c'est une façon bien cruelle de mettre les enfants au monde et j'aimerais bien que l'on puisse en trouver une autre, ce serait quand même bien plus agréable si l'on pouvait couver des oeufs... 
Karen Blixen. Lettres africaines. 

lundi 7 mai 2012

"Oui : des oeufs. C'est ça qui serait chouette. Légers. Et baveux. Voilà. Des oeufs."*

Je passe environ vingt heures par semaine à développer des photos de gratins de pomme de terre, de cervelas chaudement fumants et de pâtés délicieux. J'apprends un tas d'astuces spéciales. Sais-tu par exemple comment on prend en photo le portrait le plus délicieux d'une tasse de café ? On remplit la tasse de sauce soja et on y ajoute quelques gouttes écumantes d'un produit vaisselle. Ainsi, on évite la couche moche qui se forme d'habitude sur la surface du café ! Des méthodes comme celle-ci réaniment ma fascination pour la magie de la photographie. Quelle autre expression a une relation aussi privilégiée envers la réalité qu'elle est capable d'augmenter ton envie de boire un café à la vue d'une tasse de sauce soja ?
Jonas Hassen Khemiri. Montecore, un tigre unique.
*Richard Brautigan. Retombées de sombrero.

samedi 17 décembre 2011

en fait, on entre dans un dialogue comme dans un café ou un journal, on ouvre la bouche, la porte ou la page, sans se préoccuper de ce qui va arriver et alors boing ! *


Enter Ludmilla
avec son air du troisième acte et encore maquillée, elle s'est jetée dans sa 2 CV presque avant le baisser du rideau, elle est morte de faim, elle boit du vin pendant que je lui fais une omelette. 
Ludmilla se sent si bien, le vin après l'interminable troisième acte, le parfum de l'omelette qui avance du fond de la cuisine comme le crépuscule sur Cracovie, il faut respecter le rituel, voyons un peu, et vous monsieur, d'où êtes-vous, eh bien moi, d'ici, mademoiselle et ça fait un moment, et que faites-vous à Paris, ah ! ça c'est plutôt délicat à expli-conter avant l'omelette mais après si vous voulez. 

-C'est toi Laurent ? demande Marcos avant
même qu'on entende la voix du correspondant. 

-Ni avant ni après, exige moi qui surveille télépathiquement l'enflure vermeille de l'omelette tout en mettant le couvert avec une célérité méritoire, j'entends par couvert une serviette de papier avec un dessin violet, une demi-bouteille de vin, un pain à peine entamé, opérations tendres et simples pour toi Lulud, pour toi là dans ton fauteuil, petite et fatiguée, petite mon oeil, un bon mètre soixante-neuf sans parler du maintien, mais petite parce que je veux que tu le sois quand je te pense et même quand je te vois et que je t'embrasse et que je te, non pas ça maintenant, et ces cheveux couleur de paille, ces yeux tellement verts, ce petit nez retroussé qui parfois se frotte contre ma joue et me remplit d'étoiles de sel et de poivre, deux feuilles de laitue qui restent de midi, un peu tristes parce que la vinaigrette fatigue le végétal, viens manger Lud, viens vite comédienne du vieux pigeonnier, petit coin de ciel d'Est, joli petit cul, ici sur cette chaise, et maintenant je vais faire un café pour evribodi, ristretto, t'en fais pas, ristrettissimo, comme un petit tableau de Chardin tout substance et lumière et parfum, un café qui condense les magies de la nuit comme ces chansons de Leonard Cohen que m'a offertes Francine et que j'aime tant.
*Julio Cortàzar. Livre de Manuel

lundi 31 octobre 2011

LeS jourS à venir

Je pense à toi souvent, ces derniers temps
et si tu étais là, je te dirais pourquoi.
L'étourderie me rappelle ta plaisanterie,
quand mes distractions retenaient ton attention
:
Tu es amoureuse ?!!

De même que le 14 février n'est pas le jour qui célèbre mes amours,
c'est en dépit du calendrier que tu parles dans mes pensées.
Et très prochainement, sans date sans événement,
lui et moi, sans raison, c'est une de tes bouteilles que nous boirons.
Car toi vivant, tu le savais évidemment
:
Je suis amoureuse !!!

samedi 29 octobre 2011

L'obligation

"Je vais vous raconter quelque chose, c'est pour ça que je vis, d'ailleurs la plume ne tient pas à l'os nu, et vous, c'est peut-être pour ça que vous avez acheté ce livre, pour savoir ce qui se passe chez les autres, et c'est magnifique, sauf que je ne me suis rien permis de bien nouveau, moi, et que je n'ai l'intention d'aller nulle part. Mon histoire à moi parle d'amour, je le dis tout de suite."
"Peut-être devrais-je maintenant mettre un deux en chiffres romains, pour donner le temps de boire un thé et marquer une pause. Indiquer que quelques jours ont passé ou un truc de ce genre. Qu'il y a cependant une continuité dans le texte et qu'il évolue logiquement, par degrés. A ceci près que je ne suis pas pressé, moi, et que la vision de la fin ne me poursuit pas, bien que je connaisse et le dénouement et le nombre de repas en cours de route. 
Moi je suis bien comme ça et je vous remercie beaucoup. Que le thé infuse lentement et refroidisse sans hâte. Que le sucre fonde posément. Mais peut-être vous faudrait-il, à vous aussi, quelque chose de plus concret pour accompagner le thé, un petit oeuf, par exemple, mais pas à la viennoise, pourquoi tout de suite faire élégant, je recommande l'oeuf dur, quinze minutes à partir du moment où l'eau bout, on peut en ajouter deux à tout hasard. Et veillez aussi à bien étaler le beurre, mettre des morceaux froids sur la tranche ça n'a pas de sens, que le beurre ramollisse d'abord. Moi, pendant ce temps, je vais me frotter les yeux, me plaquer les cheveux et finir de boutonner ma chemise pour mériter aussi une tartine."
Marek Bienczyk. TERMINAL

Le détective qui m'aurait prise en filature, ce jour-là, n'aurait pas été essoufflé à la fin de la journée. 
Mais aurait-il décelé le but de mon itinéraire ? 
Se serait-il aperçu que l'unique contrainte de mon emploi du temps était d'être
-tout au long du jour- 
là où le soleil brillait le plus pour qu'il répande sur mon livre et sur mes bras une chaleur qui me faisait plisser les yeux ?

lundi 29 août 2011

liaison à l'oeuf

4ème menu

Soupe paysanne avec persil (Voir p.267)
Hors d'oeuvre : Betterave, chou rouge râpé.
Saucisses.
Lentilles sauce blonde au lard (Voir p.268)
Pommes portugaises.

Saucisses plates ou Crépinettes
-Hacher finement 800g de chair de porc, prise dans le collier, et 100g de lard gras. Ajouter 15g de sel fin, une forte pincée de poivre et des épices. Mélanger avec 150g de mie de pain, préalablement trempée dans 1dl de lait. Faire un tout bien homogène. Sur un morceau de crépine (péritoine du porc), disposer ce hachis de part en part en petits tas de la grosseur d'un oeuf. Envelopper chaque tas avec la crépine. Piquer les saucisses avec une aiguille. Les faire sauter dans 30g de saindoux.

Menu d'hiver très nourrissant et économique 
pour travailleurs et adolescents. 
Exercices

1- Indiquer 6 plats avantageux pour gros mangeurs.
2- Indiquer 6 plats avantageux pour petits mangeurs.
3- Indiquer 6 plats avantageux convenant à des sédentaires ayant un gros appétit.
4- Indiquer des plats convenant particulièrement à des intellectuels.
5- Composer un menu pour travailleurs manuels.
    Calculer le prix de revient de ce menu.
    Etablir un second menu de valeur nutritive à peu près égale et de prix moins élevé.
6- Composer un menu d'hiver.
7- Composer un menu d'été économique.
8- Composer un menu pour adolescents.
9- Composer un menu pour personnes âgées.

vendredi 26 août 2011

Le cabinet des rêves 33

L. est invité dans l'émission "Du jour au lendemain" d'Alain Veinstein sur France Culture, pour la publication de deux recueils de poésie qu'il publie sous son seul prénom. 
En l'apprenant, je me dis que, s'il a encore voulu conserver l'anonymat, il n'y aura pas de photo de lui sur le site. 
Je pense à son visage. 
J'écoute l'émission sur le petit poste de radio-cassette d'E. dont il faut systématiquement coincer l'antenne contre le mur pour la maintenir et continuer à capter la station.
Auparavant (ou après ?), je range l'appartement qui est dans un état de désordre épouvantable. J'en prends d'ailleurs une photo pour pouvoir montrer à E. tout ce que j'ai fait. Je mets ses affaires de côté. 
Avant d'avoir achevé mon rangement, je descends le voir dans un café. Il est attablé à un comptoir. Je commande un petit déjeuner en pensant que, le temps qu'il soit servi, j'aurai le temps de remonter terminer mon rangement. Or, non : il arrive tout de suite. 
Je mange quelques bouchées de légumes frits qui sont sur mon plateau mais je suis déçue de ne pas avoir le temps de savourer autant que je voudrais le faire. 
Surtout : j'ai les mains toutes poussiéreuses. 
Heureusement, il y a un petit lavabo dans un coin de la pièce et je peux me rincer les doigts avant de continuer à manger. 
Je me dis que je vais m'adapter à la situation pour déguster mon oeuf.

Rêve du 14 août 2011

vendredi 22 juillet 2011

Le cabinet des rêves 28

L. me cuisine une omelette à la banane.

C. me dit : Mais alors, il est en formation ?
Je réponds que non, qu'on l'observe travailler pour, ensuite, pouvoir décrire son travail.

Rêve du 23 janvier 2011

mercredi 13 juillet 2011

Précis de topographie 71


La topographie est l'art de la mesure puis de la représentation sur un plan ou une carte des formes et détails visibles sur le terrain, qu'ils soient naturels (notamment le relief) ou artificiels (comme les bâtiments, les routes, etc.). Son objectif est de déterminer la position et l'altitude de n'importe quel point situé dans une zone donnée, qu'elle soit de la taille d'un continent, d'un pays, d'un champ ou d'un corps de rue.
La topographie s'appuie sur la géodésie qui s'occupe de la détermination mathématique de la forme de la Terre (forme et dimensions de la Terre, coordonnées géographiques des points, altitudes, déviations de la verticale...). La topographie s'intéresse aux mêmes quantités, mais à une plus grande échelle, et elle rentre dans des détails de plus en plus fins pour établir des plans et cartes à différentes échelles.

Le menu du soir se décide en chemin :
les étalages primeurs,
les terrasses des restaurants
m'inspirent.
Ou pas. 

Ce soir-là, j'ai mangé des oeufs.

jeudi 14 avril 2011

Au roi des Belges

-Tiens, je n'avais jamais remarqué :      ils font des oeufs coque-pain, ici !
-Ah oui ? ça doit être joli !

lundi 11 avril 2011

La faculté de solitude

"... moi j'aime être seule, faut pas m'faire chier. Autant je vais pouvoir être bavarde avec des amis autant j'en ai rien à foutre de la vie des gens. C'est pour ça, j'ai besoin d'un travail où j'suis seule. 
A un moment, j'prenais un sandwich et j'allais au marché. Il y avait du monde mais c'est pas pareil tu vois. Sinon, c'est dans la salle des profs, t'imagines, tout le monde est là et tout..."
Plein air, j'ai répondu à l'homme, tout en regardant les volailles mortes de son stand. 
Sous le mélange du soleil et du vent coulis, j'avais une délicieuse chair de poule pendant que je mangeais mes oeufs. Sur la salade de lentilles, les jaunes ressemblaient à des boules de glace au citron.
Ensuite, j'ai fermé les yeux, couchée sur l'herbe, exposée aux conversations environnantes. 

vendredi 19 novembre 2010

Je voudrais vivre dans un oeuf

OEUFS SUR LE PLAT
Sont meilleurs dans un plat de porcelaine et se font au beurre très frais (à l'huile, voire d'olive, c'est autre chose). Ne laissez pas le jaune d'oeuf prendre complètement et encore moins l'albumine (j'avais oublié de vous dire qu'il doivent cuire sous le gril et recevoir la chaleur par en haut). Certains arrosent d'un filet de vinaigre.


OEUFS SUR LE PLAT JEANNE GRANIER
Tapisser le plat avec des oignons hachés fondus (sans être colorés) et assaisonnés de curry. Faire les oeufs comme plus haut. Garnir avec de petites escalopes de cervelle sautées au beurre. Cordon de sauce curry et champignons hachés.


OEUFS FRITS
Se jettent un à un dans l'huile fumante. Une pincée de sel sur le jaune et l'on rabat le blanc avec une cuillère. Laisser dorer, égoutter. On peut les servir sur des croûtons, avec de l'oseille, de la salade cuite, des feuilles de bettes, etc...
Frits à l'huile d'olive sur un lit de tomates et aubergines très en purée. Ail.


OEUFS AU BACON
Ne jeter les oeufs sur le bacon que lorsque la tranche, coupée mince, montre un gras transparent.
Ajouter au besoin de la sauce anglaise une fois cuits à point.


OEUFS AU JAMBON, AU CERVELAS, A LA SAUCISSE...
Même genre que ci-dessus.


Savarin. LA VRAIE CUISINE FRANçAISE SIMPLE ET ANECDOTIQUE. 

dimanche 16 mai 2010

Je voudrais vivre dans un oeuf

"Grasset cognait un oeuf de sa cuiller. L'ellipse calcaire résistait. Eternelle loi physique : comme le papier, l'oeuf est indéchiffrable."
Christophe Bataille. Quartier général du bruit. 
"On conserve les oeufs par le froid et par l'obturation des pores de la coquille. 

La réfrigération qui réduit l'évaporation et ralentit la vie microbienne est le procédé le plus recommandable. Dans les cuisines pourvues d'un réfrigérateur, on place les oeufs dans la région la moins froide, pour éviter leur prise en masse solide. 

Les conserves d'oeufs se font par simple enveloppement dans du papier journal, par enfouissement dans le sable ou le son, par enrobage dans l'huile de lin cuite ou la paraffine, par immersion dans un bain calcaire et silicaté.

Pour éviter toute surprise dans l'alimentation des enfants et des malades, on n'emploie que des oeufs extra-frais. 

Exercices. 

1-Casser un oeuf frais sur une assiette. Le décrire. 
2-Même exercice avec un oeuf de plus d'un mois. 
3-Plonger un oeuf frais et un oeuf vieux dans un récipient plein d'eau. Observer la position des deux oeufs. 
4-Comparer des oeufs frais et des oeufs conservés : 
-par le froid
-par obturation des pores de la coquille."

E. Compain. La science de la maison.

lundi 15 mars 2010

La première heure

Il y a aussi -et c'est peut-être celle que je préfère-cette heure par laquelle tout commence.
Cette heure méconnue des flâneurs où tous ceux que je croise -balayeurs, employés, écoliers- ont une raison d'être dehors et vont se pressant vers où se déroulera leur journée.
C'est une belle heure pour tendre un billet au pompiste, rendre les clefs au guichet et, ainsi, échanger la contrainte des feux et des files contre la liberté de mes talons sur les trottoirs pavés. Filer au marché et fendre la coquille de l'oeuf quand la ville n'est pas encore complètement éveillée.

Et plus tard, bien plus tard, entrant par la fenêtre ouverte en même temps que le vent, il y a eu la première mouche de l'année et une odeur de rôties qui m'a rappelé que c'était l'heure du thé.

samedi 27 février 2010

L'ubiquité d'un instant


Absorbée par le mur -par l'oeuf sur le mur- je n'ai pas vu leurs visages quand elles sont passées. Leur emboîtant le pas, je n'ai pas cherché à comprendre leur conversation émaillée d'avertissements tendres adressés à leurs enfants.
Ce n'est qu'au bas de la rue, lorsqu'elles sont montées dans la voiture et que j'ai retrouvé d'autres passants qui, eux, ne parlaient pas japonais, que je me suis souvenue d'où j'étais.