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dimanche 29 juillet 2012

Le dimanche de la vie *

Il m'arrive de ne pas me souvenir.
Ainsi : que faisions-nous dans la rue, cette rue-là (1), qu'y faisions-nous le dimanche (2) car ce n'est que ce jour-là que nous les croisions, du moins aussi nombreux. 
Les autres jours, oui, je sais : le marché, les maladies du chat, les dvd le soir (3), les pizzas les jours de flemme (4), le pain les jours de malchance, quand nos réserves du Pain quotidien étaient épuisées. 
Venteuse l'hiver, lugubre les jours de pluie, trop chaude l'été, de toute façon trop fréquentée par les voitures pour qu'il soit agréable d'y marcher. 
Non, je ne me souviens pas pourquoi mais oui, nous y étions parfois le dimanche, pourtant, dans cette rue-là. Puisque nous y croisions tous ces gens qui portaient ces boîtes blanches, carrées et un peu hautes, closes par un bolduc. Ces boîtes que ma tradition familiale ne m'a donné que très rarement l'occasion d'avoir en main mais dont je sais qu'il faut les transporter avec précaution. 
Tout autant que nous n'aurions pas voulu manger les éclairs et les mille-feuilles, les tartelettes aux fruits ou les babas de la boutique dont ils sortaient, nous n'aurions pas aimé les côtelettes, les merguez du barbecue dominical vers lequel ils se hâtaient. 
Pourtant, l'espace d'un instant, nous aurions tout donné pour le déjeuner familial (5) qu'ils nous donnaient l'occasion de fantasmer. 
Le temps de rentrer, c'était passé : nous enfournions des légumes à rôtir avant de mettre à cuire un gâteau ou des muffins en prévision de l'heure du thé et nous nous installions heureusement dans les heures lentes et longues de notre dimanche après-midi.
(1) Pouvait-on dire que c'était la rue principale sous le prétexte de la présence de quelques boutiques (4 salons de coiffure, 1 loueur de dvd, 3 pharmacies, 1 entrepreneur de pompes funèbres, 1 boulangerie-pâtisserie, 1 supermarché discount, 1 fleuriste, 2 comptoirs à pizza mais aussi : 1 vétérinaire, 1 laboratoire d'analyses, sans doute 1 ou 2 cafés et autant de restaurants et la mairie, la place du marché et la bibliothèque) ? A pied, on y sentait les effluves de caramel qui s'échappaient de l'usine voisine -est-ce moi qui invente ou elle fabriquait des arômes artificiels ?-
(2) "Le bonheur, pour l'Intellectuel, eût consisté à rendre insensible la différence, inadmissible aux yeux d'une saine raison, qui sépare le dimanche des autres jours de la semaine. Cette différence le rendait triste : elle le portait à réfléchir dans un sens où sa pensée n'aimait pas aller. Il rêvait d'une vie où toutes les journées, toutes les heures se fussent ressemblé, eussent été d'une capacité, d'une étendue égales. Déjà les jours de la semaine avaient un nom : c'était gênant; ces noms donnés aux jours s'entouraient de quelque chose qui dépassait l'humain; par là s'introduisaient dans la vie des significations troubles..."
Paul Gadenne. L'Intellectuel dans le jardin.
(3) Ce n'était presque jamais moi qui sortais les rendre, ensuite, dans la nuit.
(4) Avoir testé, le soir de notre arrivée, le comptoir aux mobylettes de la chaîne trop bien connue nous avait fait opter -sans jamais en déroger- pour l'artisan où l'attente était justifiée.
(5) Tout en marchant, il nous arrivait d'énumérer ce dont nous aurions aimé sentir le fumet en arrivant : une moussaka, un osso-buco, un gigot d'agneau, une soupe de légumes, une tarte aux fraises ou à la semoule...

jeudi 12 janvier 2012

Equipement en biens durables

Veuillez indiquer dans ce tableau combien des biens suivants vous possédez le dernier jour du mois de référence (mois du carnet)


Nature du bien d'équipement                   Nombre (0,1,2...)
moto
vélomoteur, scooter
G.S.M ou smartphone
ordinateur fixe
ordinateur portable
télévision
machine à laver le linge
lave-vaisselle
réfrigérateur
chien
chat
29 septembre 1944. - Durant quatre ans, le matin, dans le métro par exemple, au lieu de voir les voyageurs déplier leur journal, on pouvait les surprendre dans la lecture de Platon, de Montaigne et d'Autant en emporte le vent. Au début de 1941, on apercevait encore quelquefois des naïfs plongés dans une grammaire d'allemand, mais cette race disparut bientôt. On s'est félicité de ce retour du public à la lecture, les éditeurs notamment, qui écoulaient facilement toute production, même misérable. 
Que restera-t-il de cette inclination lorsque presse, cinéma, radio, auront repris leur plein développement dans un pays, -la France- où, les sommes dépensées pour les bibliothèques publiques pour l'achat de livres représentaient 0 fr. 50 par an et par habitant, alors que dans bien d'autres pays cette moyenne dépassait 25 francs. Il est vrai que le livre français était particulièrement bon marché (il le demeure) mais, chose curieuse, son bon marché n'en augmentait pas la diffusion. Combien de gens ne se payaient, dans toute l'année, que le Goncourt et, à la rigueur, le Fémina.
On songera donc à une politique du livre, à une défense du livre. Ce sera bien; mais il est à prévoir qu'on le fera (on ne l'a même pas fait) pour de mauvaises raisons et avec de mauvaises méthodes. On servira une mauvaise cause si l'on croit à sa supériorité essentielle et si l'on repousse toute alliance avec d'autres moyens d'expression fournis par la technique moderne (cinéma, radio, télévision).
Il ne faut pas s'imaginer que rien n'existe de valable en dehors des bouquins.
Raymond Queneau. Lectures pour un front in bâtons, chiffres et lettres.


lundi 26 juillet 2010

Une vie un livre

J'en connais qui, entrant dans une bibliothèque, déplorent leur condition humaine.
Tant d'écrits et une seule toute petite vie...
Avoir dans les mains les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau, ce livre auquel une vie ne suffit mathématiquement pas, procure un concentré de cette impression-là.

"En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets, à 8h par jour, 200 jours par an, on a pour plus d'un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails).
Comme l'a bien dit Lautréamont, la poésie doit être faite par tous, non par un."


Le vieux marin breton de tabac prit sa prise
pour consommer un thé puis des petits gâteaux
le cornédbif en boîte empeste la remise
on espère toujours être de vrais normaux

Je me souviens encor de cette heure exeuquise
que n'a pas dévoré la horde des mulots ?
nous regrettions un peu ce tas de marchandise
lorsqu'on voyait au loin flamber les arbrisseaux

Devant la boue urbaine on retrousse sa cotte
on sale le requin on fume à l'échalotte
lorsqu'on boit du maté l'on devient argentin

On a bu du pinard à toutes les époques
on s'excuse s'il n'y a ni baleines ni phoques
le mammifère est roi nous sommes son cousin

Raymond Queneau. Cent mille milliards de poèmes.