"Annabel et Midge sortirent du salon de thé avec la démarche lente et arrogante de ceux qui n'ont rien à faire, car elles avaient tout leur samedi après-midi devant elles. Elles venaient de déjeuner, comme à leur habitude, de sucre, d'amidon et de graisses végétales et animales. En général, elles mangeaient des sandwiches de pain blanc spongieux tartinés de beurre et de mayonnaise; elles mangeaient d'épaisses tranches de gâteau imbibé sous la glace, la crème fouettée et la sauce au chocolat graveleuse de noix. Pour changer, elles mangeaient parfois des pâtés suintant d'huile de qualité inférieure, avec des petits bouts de viande insipide enfouis dans une pâle sauce qui se figeait; elles mangeaient des pâtisseries, souples sous leur glaçage rigide, fourrées d'une substance jaune et sucrée indéterminée, plus tout à fait solide, pas encore vraiment liquide, un comme de la pommade qu'on aurait laissée au soleil. Elles ne choisissaient pas d'autre nourriture, l'idée ne leur en serait jamais venue. Leur peau ressemblait aux pétales d'une anémone des bois, leurs ventres étaient aussi plats, leurs flancs aussi étroits que ceux des jeunes guerriers indiens."
Dorothy Parker. Une question de standing (in Comme une valse).