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dimanche 8 août 2010

"Car c'était pour elle un sentiment si nouveau"

Je surveillais l'infusion de mon earl grey pendant que je l'écoutais parler.

J'essaie parfois de me souvenir de ça, quand je connais les gens depuis plus longtemps : me souvenir de ce qu'ils m'ont dit d'eux, pour commencer.

Mais, les jambes repliées, les pieds posés sur le bord de ma chaise et les genoux serrés dans mes bras, j'étais, en même temps, tournée vers la table voisine où, depuis que j'avais aperçu le titre sur la tranche de son livre et constaté qu'il en lisait les dernières pages, en version originale,  j'observais mon voisin de terrasse. Je l'avais lu, ce livre. Je savais comme on se sent seul, si seul, tout le long et à la fin plus encore. Abandonné.

Ce n'est pas souvent qu'on les voit, ceux qui appartiennent à la communauté -à notre communauté- des lecteurs d'un livre qu'on a lu. 

Il referma le livre, le posa sur un journal espagnol, finit son verre de vin, salua joyeusement un copain de passage, trempa ses lèvres dans le verre de son amie avant de la distraire de sa lecture en la chatouillant. 

Alors, je pus tranquillement retourner à ma conversation, à mon thé.

Hier, achever la lecture d'un autre livre. 
Juste sous la dernière phrase était collée une barrette antivol.



"Et quand, à certaines heures ensoleillées, il levait son visage, l'offrait à la chaleur, il n'était pas rare qu'un demi-jour tombât soudain inexplicable, et alors il parlait à la fille et doucement lui racontait ce qu'il advenait de lui, il lui rendait grâce, un oiseau disparaissait au loin."
Marie N'Diaye. Trois femmes puissantes.