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dimanche 1 avril 2012

Herboriser

Et comme je devais restituer, au mieux dès le lendemain, ou bien le jeudi d'après, les livres que j'empruntais, j'ai continué ce que j'avais commencé de faire dès le temps de mes lectures techniques, et ensuite pour toutes mes lectures : j'ai extrait les passages qui me paraissaient utiles parce qu'ils m'avaient intéressé ou bouleversé, sans que je sache alors nécessairement toujours pourquoi. J'ai noté, dans les cahiers réservés à cet usage, ce que j'ai bientôt appelé des greffons. 
-je vis patiemment, porté par diverses impatiences. J'aime ces éclairs qui par moments m'éblouissent dans une lecture et j'en garde la trace dans mes cahiers et je les relis le soir; j'aime mes longues journées pleines, lorsqu'aucun éclair n'a pu m'éblouir mais qu'il me reste du jour écoulé le sentiment d'avoir été continûment présent à ce qui m'occupait, pleinement là.
Jean-Paul Goux. Le séjour à Chenecé.

dimanche 16 janvier 2011

"Ecrire une lettre revient désormais pour moi à retourner une omelette dans la poêle"*

"Mais il y a beau temps qu'on a cessé de s'écrire, avec Clémence, et puis ce n'étaient pas des lettres ce que nous échangions, ces petits mots délicieux qui circulaient entre nous plusieurs fois par jour, vouées aux choses légères, à l'heure qu'il est, aux choses qui passent, qu'on est impatient de dire comme on se réjouit de les lire : cette lumière-là, maintenant, et j'ai pensé à vous, cet arbre-là ou cette neige tout à l'heure sur la ville, et vous avez pensé à moi et j'ai le coeur qui bouge."
Jean-Paul Goux. L'embardée ou les quartiers d'hiver

*Virginia Woolf

lundi 3 janvier 2011

archiLecture

"Tandis qu'il nous racontait mille choses concrètes sur sa ville, il se livrait à des considérations d'esthétique urbaine dont la cohérence ne nous apparut durant quelques temps qu'au moment où nous les récapitulions, jusqu'à ce que nous puissions la déceler sur-le-champ, en l'écoutant. Il avait en effet quelques images préférées. Constante était celle qui faisait de la ville un grand appartement et l'appartement une petite ville : le quartier était ses pièces, vous protégeant comme une chambre close, les boulevards ses couloirs intérieurs, isolant les espaces d'un côté et les reliant d'un autre; les façades de ses immeubles étaient les livres de sa bibliothèque, banalisés par la répétition de leurs reliures et tous singuliers par les vies qui les habitent."
Jean-Paul Goux. L'embardée ou les quartiers d'hiver.