Le goût de chacun ne peut se former que par la recherche du meilleur et donc de la singularité. Aussi le parcours du lecteur ne peut être que solitaire. Le lecteur -où qu'il lise- se doit d'être, obstinément, un aristocrate.Frédérique Pernin
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dimanche 17 février 2013
L'exigence
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mardi 5 février 2013
Tuesday self portrait (insensible)
mais
je ne les fais plus tirer,
les pellicules impressionnées.
Dans un tiroir
les rouleaux
et
les villes se mélangent.
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Tuesday self portrait
jeudi 6 décembre 2012
TU NE ME DOIS RIEN
Dépression au-dessus du jardin
ton expression est au chagrin
tu as laché ma main
comme si de rien n'était de l'été
comme si de rien n'était de l'été
c'est la fin
les fleurs ont perdu leur parfum
les fleurs ont perdu leur parfum
qu'emporte un à un le temps assassin
dépression au-dessus du jardin
dépression au-dessus du jardin
j'ai l'impression que c'est la fin
je te sens soudain tellement lointain
tu t'es égaré en chemin
tu essayes de me faire croire en vain
que l'amour revient
que l'amour reviendra
que l'amour reviendra
l'été prochain
l'été prochain
l'été prochain
vendredi 9 novembre 2012
Le cabinet des rêves 96
Je retourne au Japon.
Je profite du voyage d'un homme d'affaires, un ami de mon père (qui, lui-même, est à l'avant du véhicule mais comme simple présence, n'intervenant pas par ailleurs).
En fait, il effectue le voyage dans un avion minuscule -de la taille d'une voiture- qu'il pilote lui-même et en grande partie (pendant toute la durée de mon rêve) sur la route, sans décoller.
Nous faisons plusieurs arrêts pour embarquer d'autres personnes : S. puis deux garçons en costume-cravate.
Nous sommes serrés à l'arrière et ce n'est que plus tard que je découvre que, depuis le début, on aurait pu se mettre face à face.
Il y a aussi la secrétaire de l'homme d'affaires.
Pendant qu'on est devant chez elle, qu'on l'attend, qu'elle va et vient, sa mère lui demande si elle peut mettre un peu de son parfum. Elle nous en propose aussi mais tout le monde refuse.
Nous sommes serrés à l'arrière et ce n'est que plus tard que je découvre que, depuis le début, on aurait pu se mettre face à face.
Il y a aussi la secrétaire de l'homme d'affaires.
Pendant qu'on est devant chez elle, qu'on l'attend, qu'elle va et vient, sa mère lui demande si elle peut mettre un peu de son parfum. Elle nous en propose aussi mais tout le monde refuse.
La secrétaire est gênée par le comportement de sa mère tandis que je suis soulagée du refus général : il s'agit d'un parfum d'Yves Rocher, trop capiteux, qui m'aurait incommodée.
Lors d'un arrêt, je réalise que j'ai oublié une grande partie de mes affaires : mes trousses de toilette et de maquillage.
Quand je soupire en disant que je vais devoir tout racheter sur place et me demander, pour chaque produit : est-ce le bon ? alors qu'il aurait été si simple de m'épargner ça, les autres rient.
Quand je soupire en disant que je vais devoir tout racheter sur place et me demander, pour chaque produit : est-ce le bon ? alors qu'il aurait été si simple de m'épargner ça, les autres rient.
Je pense qu'il va m'être difficile, notamment, de retrouver un mascara correct.
Au fur et à mesure du trajet, je m'inquiète du moment où il faudra voler : un si petit avion, si rempli, pourra-t-il affronter un si long trajet.
Je pense, entre autres, aux turbulences que nous pourrions croiser et qui secouent déjà les gros avions.
Je pense, entre autres, aux turbulences que nous pourrions croiser et qui secouent déjà les gros avions.
Rêve du 8 novembre 2012
mercredi 10 octobre 2012
Comme si, au cinéma, les lumières se rallumaient avant le générique de fin
Je ferme les yeux et mes paupières s'éblouissent de soleil. Je vois apparaître la mer Intérieure. Les bateaux de pêche se suivent au large, sur la mer tiède et immobile.
Rei ! Un jour, je pourrai te revoir toi aussi, un jour lointain.
A Manazuru, dans les vagues qui agitaient la mer du soir, un bateau en flammes s'est englouti. On vient d'un lieu où il n'y a rien, on retourne dans un lieu où il n'y a rien. La voix pleine de douceur de Momo a vibré au loin et le jardin s'est inondé de lumière.
Achevé d'imprimer en Espagne par
blackprint
A CPI COMPANY
Dépôt légal : février 2012
A la fin du roman,
(Manazuru, de Hiromi Kawakami)
aucun feuillet supplémentaire.
Le dépôt légal
et puis la couverture, seulement.
vendredi 3 août 2012
Le cabinet des rêves 82
-Eh bien, moi, j'ai rêvé à John Wayne et puis c'est tout, dis-je.-Et alors ?, dit David.-Alors rien, dis-je. Rien que John Wayne, à faire tous les trucs qu'il fait d'habitude.-Et tu y étais, toi, dans le rêve ? dit David.-Non, je regardais ça comme un film. Je voulais être dedans mais je n'arrivais pas à me lever de mon siège. Il a fallu que je reste assis à regarder. Je n'avais même pas un sac de popcorn.Richard Brautigan. Mémoires sauvés du vent.
A Tokyo, je dois me rendre à une adresse que je n'ai pas notée et je me demande comment je vais y arriver.
Sans transition, sans savoir par où je suis passée, je m'y trouve.
Pendant que sa mère me parle, une petite fille blonde se blottit contre moi.
Je suis surprise par ce contact si intense, cet abandon si total alors que je lui suis inconnue.
Elle pleure très fort -je sens ses larmes couler sur moi- et m'avoue qu'à l'école, on dit d'elle qu'elle est (? j'ai oublié l'adjectif qu'elle utilise).
Sa mère, debout un peu plus loin et regardant la scène, acquiesce.
Elle est très différente de sa fille : elle est brune et a les cheveux crépus.
J'ai l'impression de l'avoir déjà vue, elle, mais de ne pas la reconnaître.
Elle est très différente de sa fille : elle est brune et a les cheveux crépus.
J'ai l'impression de l'avoir déjà vue, elle, mais de ne pas la reconnaître.
Elle le confirme mais me dit que, la fois précédente, elle portait une perruque.
Rêve du 2 août 2012
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jeudi 2 août 2012
"Rien qu'un moment du passé ? Beaucoup plus, peut-être; quelque chose qui commun à la fois au passé et au présent, est beaucoup plus essentiel qu'eux deux."*
Mais, tout en mangeant, tournons une à une ces scènes de notre vie comme les enfants tournent les feuilles de leurs livres d'images, et leur bonne dit, en leur montrant du doigt quelque chose : "ça, c'est une vache. Et ça, c'est un bateau." Tournons les pages, et, pour votre amusement, j'ajouterai un commentaire dans les marges.Virginia Woolf. Les vagues.
![]() |
| *Marcel Proust. Le temps retrouvé. |
Assise à l'arrière, dans le bruit du moteur, j'avais empli mes poches des polaroïds que je prenais en rafale, sans leur laisser le temps d'apparaître.
Un autre jour, c'est entre les pages de mon carnet que je les avais glissés car la rue était trop froide, les couleurs n'y seraient pas montées.
L'un d'entre eux avait échappé à mon inventaire du soir. Je l'avais retrouvé quelques semaines après
,comme une fleur que j'aurais mise à sécher.
L'instantané était devenu un différé.
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dimanche 15 juillet 2012
m.e.r.c.i
Après l'avoir bu face au mont Fuji ou, quotidiennement, sur mon balcon, maintenant que je suis loin de Tokyo, c'est dans un train, tandis que le paysage voyage sous mes yeux, que je préfère boire mon thé oolong.
En pur Anglais, Brandon a dit que les Américains étaient paranos. Mais en France alors. On n'a pas besoin d'avoir des armes à la maison, nous. On se méfie en permanence de tout le monde.Nous savons nous méfier aussi bien que râler, ce qui n'empêche pas la bonne cuisine.Jean-Pierre Ostende. Et voraces ils couraient dans la nuit.
dimanche 20 mai 2012
l'homme senti mental
C'était un soir d'octobre et nous étions descendus manger -lui un curry, moi un poisson grillé- dans cette chaîne un peu chic du bas de la rue où les plats refroidissaient toujours trop vite.
Installés au comptoir, surplombant la rue, nous avions remarqué pour la première fois qu'il y avait un café, de l'autre côté de l'avenue, au bord de l'eau.(1)
Et bien avant sa dernière bouchée, il avait dit Tiens ! Il faudra qu'on y aille, à l'occasion ! Avant d'ajouter Et, d'ailleurs, pourquoi pas ce soir ? Et sa proposition avait sonné comme un vrai projet. Une aventure, même.
Les journées d'octobre étaient douces et nos bras souvent dénudés quand nous faisions du vélo.
Mais les soirées étaient plus propices aux chocolats chauds qu'aux thés glacés.
Je m'étais brûlé les lèvres contre le couvercle du gobelet et j'avais resserré le plaid autour de mes jambes en lui demandant de me prendre en photo.(2)
C'est ainsi que le Canal Café était entré dans notre vie.
Et que, même après, il était resté dans nos vies.
Et c'est là que je m'étais installée avec les pages qu'il m'avait confiées et je les avais lues sans discontinuer et j'en avais corné quelques unes afin de recopier ensuite les mots qui m'avaient touchée.(3)
![]() |
| "Au fond j'ai toujours été un sentimental" : mots écrits à la dernière page d'un carnet de mon ami. |
Jeudi, c'est sur une autre terrasse que j'ai relu les pages. Et j'en ai corné, encore, quelques unes.
Peut-être les mêmes.
Je relirai le livre, un autre jour, une autre année, dans un autre lieu. Je le revisiterai et ce sera un peu me rendre visite, aussi.
"208- Nous sommes possédés par des textes, lus, entendus ou racontés. Nous les possédons malgré nous et ils ressortent à un moment ou à un autre, souvent, très souvent quand nous nous y attendons le moins."
(1) Et jusqu'à la veille de mon
départ, j'ai continué à éprouver, comme ce soir-là, l'impression d'être
passée cent fois devant des lieux sans jamais les voir -sans toutefois
négliger de me souvenir de tous ceux, bien cachés, que j'étais
parvenue à débusquer.
(2) Si le cliché a disparu comme tant d'autres, je me souviens que j'y avais les yeux rouges.
(3)"On pourrait composer un poème uniquement avec ces annotations glanées à droite, à gauche, au hasard des lectures, des livres ouverts. Comme un texte dans le texte, en marge du texte."
Toutes les citations sont extraites de L'ABC DU GOTHIQUE de Emmanuel Régniez. Disponible sur le site du Quartanier ainsi que dans les habituelles librairies en ligne.
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mardi 10 avril 2012
Tuesday self portrait (regard changeant)
Mon regard a déjà été
Ce jour-là, il avait la couleur de mon voyage.
Coloris France, nuance amitié d'enfance.
mercredi 28 mars 2012
hanami
Et puis, dans ma vie, il y eut les fleurs.
Et je tombai amoureuse du printemps.
Peu de choses, expliquait-il, lui avaient semblé plus troublantes que l'ivresse collective des Japonais, en avril, devant les cerisiers en fleur. Une nuit de pleine lune, se souvenait-il, il avait même vu deux couples pique-niquer sous l'unique cerisier d'un cimetière reculé de banlieue à seule fin de ne pas manquer la pluie de pétales s'abattant au moindre renforcement de la brise qui, à l'évidence, aurait dénudé l'arbre avant l'aube.Marcel Cohen. FAITS lecture courante à l'usage des grands débutants.
dimanche 25 mars 2012
La vie voyageuse (en Yamanote)
La ligne Yamanote (山手線) est une ligne ferroviaire circulaire qui délimite officieusement le centre de Tokyo. Elle comporte 29 stations et le temps de parcours total est d'environ une heure. Ses trains sont de couleur acier avec des bandes vertes. Chaque jour, une moyenne de 3,55 millions de passagers empruntent la ligne Yamanote. Les trains circulent de 4h30 du matin à 1h20 avec une cadence d'un train toutes les deux minutes aux heures de pointes. Une boucle complète nécessite entre 58 et 59 minutes.
YOYOGI
Les jours bleus, elles ont rendez-vous à Yoyogi et, traversant la forêt coassante du temple Meiji, elles marchent jusqu'au parc.
Elles choisissent avec soin l'arbre à l'ombre duquel elles épuiseront leurs désirs de paresse.
Sur l'herbe que les pluies de la précédente saison ont rendu verte et grasse, elles étendent leurs nattes.
La matinée suffit à peine à raconter leur semaine, décoder leurs rêves, rire de leurs travers, sonder leurs coeurs amoureux.
Parfois seulement, elles tournent la tête, appuient mollement leur menton sur un coude et observent la prise de vue à l'autre bout de la prairie : les mannequins en costumes rayés, robes à fleurs et chapeaux, précédés d'un couple de chiens bien dressés qui prennent la pose sans se lasser.
Des bribes de musique leur parviennent quand les corbeaux le permettent. Violon, trompette, saxophone... Les répétitions sont parfois dignes d'un concert payant.
A midi, les enfants viennent s'ébattre joyeusement puis se calment le temps de vider du bout de leurs baguettes les boîtes-repas que leurs mères ont ouvertes.
Elles aussi, elles dénouent les étoffes qui enferment leur déjeuner. Le thé est vert et frais dans le thermos, les boulettes de riz fourrées aux oeufs de poisson, au saumon ou à la prune amère. Leur salade est aux algues et aux graines de sésame.
L'après-midi, elles tournent quelques pages des livres sans lesquels elles ne sortent jamais. Et si elles sont assez immobiles, il arrive qu'un papillon s'y pose. Ou une libellule.
C'est l'heure où des couples de tous les âges s'enroulent côte à côte dans des plaids et vivent ensemble dans leur sommeil.
L'heure où des jeunes gens, en bandes désordonnées, viennent répéter une pièce de théâtre, une chorégraphie, viennent lancer des freesbee colorés ou jouer à 1, 2, 3 soleil, font s'envoler des bulles de savon dans la lumière dorée, renouent avec le jeune âge qu'ils ont du mal à quitter.
L'heure où les mères endorment l'enfant tandis que les pères courent après un ballon en compagnie de l'aîné.
C'est l'heure où les amis, que leur date d'anniversaire réunit, débouchent une bouteille de vin, remplissent les verres d'alcool d'Okinawa.
C'est l'heure où les amis, que leur date d'anniversaire réunit, débouchent une bouteille de vin, remplissent les verres d'alcool d'Okinawa.
Il n'est pas encore temps de penser au retour, elles peuvent vivre comme si ce jour allait durer toujours, comme si la vie était lente et longue, si longue.
mercredi 21 mars 2012
Monographie du printemps
![]() | |
| "Mais comme cette peau humaine d'un pays, image fréquentée, construite." François Bon |
Les paysages sont des visages,
de ceux qu'on pourrait décrire avec précision.
Là une ride, là une entaille dans le menton.
Même ceux qu'on a vus mille et une fois
mais que plus jamais on ne verra.
Là un virage, là un champ de colza.
Même ceux qui nous paraissent maintenant si loin
si anecdotiques dans le grand tissu urbain.
Là est la cabine où pour la première fois
j'ai entendu ta voix.
lundi 19 mars 2012
"Ainsi donc, l'un des principaux problèmes que rencontre l'homme qui garde les livres qu'il a lus ou qu'il se promet de lire un jour est celui de l'accroissement de sa bibliothèque"*
19 mars 2011
J'ai
reçu aujourd'hui quelques autres courriels du Japon. Un auteur japonais
m'a écrit que sa vieille mère, à Fukushima, va bien. Après ces
catastrophes, certains livres sont soudain devenus pour lui
inintéressants, sans qu'il puisse dire pour quelle raison. Il a commencé
à dresser une liste des livres "résistants aux séismes", c'est-à-dire
des livres qui gardent leur valeur au-delà des catastrophes. Une
traductrice de Tokyo m'écrit qu'elle a redécouvert certains livres
lorsqu'ils sont tombés de ses étagères. Depuis, elle est presque tout le
temps assise par terre à lire. Les livres lui procurent un sentiment de
sécurité et de continuité.
Yoko Tawada. Journal des jours tremblants. Après Fukushima
Et puisque, même loin du JAPON, nos vies ne sont pas exemptes de secousses, "résistants aux séismes" est un critère de tri des livres que nous pourrions ajouter aux propositions de Georges Perec.
Un de mes amis conçut un jour le projet d'arrêter sa bibliothèque à 361 ouvrages. L'idée était la suivante : ayant, à partir d'un nombre n d'ouvrages, atteint, par addition ou soustraction, le nombre K=361, réputé correspondre à une bibliothèque, sinon idéale, du moins suffisante, s'imposer de n'acquérir de façon durable un ouvrage nouveau X qu'après avoir éliminé (par don, jet, vente ou tout autre moyen adéquat) un ouvrage ancien Z, de façon à ce que le nombre total K d'ouvrages reste constant et égal à 361 :
K+X=361=K-Z
*Georges Perec. PENSER/CLASSER
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dimanche 18 mars 2012
La vie voyageuse (en Yamanote)
La ligne Yamanote (山手線) est une ligne ferroviaire circulaire qui
délimite officieusement le centre de Tokyo. Elle comporte 29 stations et
le temps de parcours total est d'environ une heure. Ses trains sont de
couleur acier avec des bandes vertes. Chaque jour, une moyenne de 3,55
millions de passagers empruntent la ligne Yamanote. Les trains
circulent de 4h30 du matin à 1h20 avec une cadence d'un train toutes
les deux minutes aux heures de pointes. Une boucle complète nécessite
entre 58 et 59 minutes.
HARAJUKU
A la gare, ils prennent la sortie Omotesando, ils descendent l'immense avenue, ils rejoignent le dédale des petites rues.
Ils se laissent dériver au gré de leur après-midi sans projet, entrent et sortent des boutiques, photographient des détails, commentent les motifs des tee-shirts, regardent les vitrines des coiffeurs, montent dans les étages des galeries, font une pause en terrasse au yellow café.
Il boit un cappuccino, elle boit un thé glacé. La saison est douce et dore la peau de leurs avant-bras. Ils pourraient rester longtemps encore : ils ont tant à se dire.
Plus tard, la lumière décline et nimbe la ville d'or et de mélancolie. Ils s'arrêtent devant la boîte aux lettres qu'il reconnaît. Sur la photo, il l'avait aimée. Dans la réalité, il aimerait y écrire son nom.
C'est l'été quand elle retourne à Omotesando. La chaleur est gorgée d'humidité et elle préfère la salle climatisée plutôt que la terrasse du café. Son livre ne la console pas de leur conversation et, sans lui, sa pause est écourtée.
Elle cherche en vain la boîte aux lettres : l'adresse qu'il aurait aimé habiter a disparu.
Une maison neuve, déjà, la remplace.
Tokyo est un immense palimpseste où les souvenirs ressemblent à des rêves.
dimanche 11 mars 2012
La vie voyageuse (en Yamanote)
La ligne Yamanote (山手線) est une ligne ferroviaire circulaire qui
délimite officieusement le centre de Tokyo. Elle comporte 29 stations et
le temps de parcours total est d'environ une heure. Ses trains sont de
couleur acier avec des bandes vertes. Chaque jour, une moyenne de 3,55
millions de passagers empruntent la ligne Yamanote. Les trains
circulent de 4h30 du matin à 1h20 avec une cadence d'un train toutes
les deux minutes aux heures de pointes. Une boucle complète nécessite
entre 58 et 59 minutes.
SHIBUYA
Elle tente de l'imaginer petit garçon Tokyoïte, courant du haut de ses cinq ans sur la terrasse du café au bord du canal.
Un jour il fait nuit quand il arrive chez elle. Le vin dans le verre est rouge et chilien. Plus tard il s'endort dans le fauteuil. Les chats et les insectes dorment aussi. Pourtant, elle ne se sent pas seule.
Elle sait, quand il dessine les mots qu'elle lui demande, qu'ils ne peuvent pas avoir la même vision du monde. Que rien dans la langue de l'un ne trouve d'exact équivalent dans celle de l'autre. Elle apprend l'approximation. Elle apprend à ne pas tout mettre en mots. Elle apprend à se taire.
Il lui montre les réunions qui se succèdent dans les pages de son agenda. Il explique les désaccords, les prises à parti des directeurs, l'obligation des soirées aux boissons abondantes.
Ils ont le même âge. Il dit qu'il paraît plus jeune. Elle le lui laisse croire.
Au lycée, un fan-club s'était constitué autour de lui. Dont tous les membres étaient des filles.
Et maintenant ?!
Plus maintenant !
Il n'aime pas sa vie. Il voudrait en changer. Il n'a pas le temps de vivre. Il doit choisir entre vivre et dormir.
Ils se donnent rendez-vous à Shibuya, près de la statue du chien Hachiko où des centaines de personnes s'attendent aussi. Tu es où ? Leurs voix parmi les autres, dans tous les téléphones, dans toutes les langues.
Ils n'ont pas vu leur famille depuis dix-huit mois. Dix mille kilomètres la séparent de la sienne. Deux heures de train l'éloignent de sa ville natale.
De Shibuya, elle photographie ce que, sans elle, il ne voit pas. Rouille. Graffitis. Détritus. Il s'éloigne de quelques pas, fait comme s'il ne la connaissait pas.
Ils traversent le carrefour immense. Ils sont dans la foule anonyme et compacte. Sur les photos des touristes. Corps parmi les corps.
A l'issue de leurs rendez-vous, elle le regarde s'éloigner. Il porte un costume et ses dossiers à bout de bras ou bien un jean et des gants de boxe dans son sac.
A l'issue de leurs rendez-vous, elle le regarde s'éloigner. Il porte un costume et ses dossiers à bout de bras ou bien un jean et des gants de boxe dans son sac.
Elle a l'impression que, dans tous les cas, c'est vers un ring qu'il va.
dimanche 4 mars 2012
La vie voyageuse (en Yamanote)
La ligne Yamanote (山手線) est une ligne ferroviaire circulaire qui
délimite officieusement le centre de Tokyo. Elle comporte 29 stations et
le temps de parcours total est d'environ une heure. Ses trains sont de
couleur acier avec des bandes vertes. Chaque jour, une moyenne de 3,55
millions de passagers empruntent la ligne Yamanote. Les trains
circulent de 4h30 du matin à 1h20 avec une cadence d'un train toutes
les deux minutes aux heures de pointes. Une boucle complète nécessite
entre 58 et 59 minutes.
EBISU
C'est une habitude, à présent : d'avoir l'impression d'être dans la salle à manger du cuisinier quand elle va au restaurant.
Elle aime les gestes précis du maître sushis quand il attrape dans la vitrine les filets à la demande, passe sa lame dans la chair tendre, berce le morceau de poisson avant de le déposer doucement sur le petit lit de riz.
Elle aime quand le chef du restaurant italien tranche rapidement les légumes frais qu'il fait ensuite sauter au wok, dans les flammes intenses, avant de les déposer dans l'assiette de spaghettis qu'il lui tend.
Elle aime le cercle de pâte parfait qu'étale sur la crêpière l'employée du café avant de fourrer les galettes de fromage et de poivrons rouges en ayant l'air de penser à autre chose.
C'est au restaurant de tofu d'Ebisu, assise à la grande table en marbre face à l'atelier de fabrication qu'elle se dit qu'elle pourrait passer ses journées de repos à regarder les autres travailler.
Elle observe la cuisinière et lui envie sa concentration détachée, son savoir-faire décontracté, ses gestes tranquillement précis et assurés.
Cuisiniers, pâtissiers, ils travaillent tous en public mais rien ne trouble leur rythme mesuré et leur sérénité, comme si les vitres étaient sans tain.
Après avoir vérifié la température du bain marie des crèmes au tofu, après avoir allumé le four pour la cuisson d'une autre préparation, la jeune femme ouvre un paquet de raisins secs.
Soudain, elle la voit en porter une poignée à sa bouche, en douce.
Soudain, elle la voit en porter une poignée à sa bouche, en douce.
dimanche 26 février 2012
La vie voyageuse (en Yamanote)
La ligne Yamanote (山手線) est une ligne ferroviaire circulaire qui
délimite officieusement le centre de Tokyo. Elle comporte 29 stations et
le temps de parcours total est d'environ une heure. Ses trains sont de
couleur acier avec des bandes vertes. Chaque jour, une moyenne de 3,55
millions de passagers empruntent la ligne Yamanote. Les trains
circulent de 4h30 du matin à 1h20 avec une cadence d'un train toutes
les deux minutes aux heures de pointes. Une boucle complète nécessite
entre 58 et 59 minutes.
MEGURO
A la fin de la soirée, après avoir quitté les autres, ils marchent tous les deux le long de la voie ferrée.
Le froid sec lui mordille les doigts et les joues après la chaleur du bar et de l'alcool.
Il n'a pas beaucoup bu. Demain, il doit se lever tôt. Un jour sur deux, il travaille au zoo. Il leur a parlé de koalas.
Les koalas, il aimerait... Les serrer dans ses bras ? Oui, c'est ça, J'aimerais serrer un koala dans mes bras.
Sur le quai, son train est annoncé. Quant à elle, elle doit attendre trois minutes de plus.
Elle piétine sur place. Le vent est cruel. Elle pense aux banquettes du train, à ses banquettes chauffées.
Il parle sans la regarder. L'amour c'est difficile. Elle l'entend à peine. L'amour c'est difficile ? Oui. Car il aime sans réussir à lui dire la fille qui a les clefs de la cage des koalas.
Il réajuste son masque sur le bas de son visage. Ses yeux ne sourient pas. Lorsque les portes se ferment, il lève la main vers elle. Le train l'emporte. Il n'est plus là.
Au café où elles ont rendez-vous, elle arrive toujours la première. Ses ongles sont vernis, assortis à la couleur de son cardigan et ils sont souvent roses.
Eté comme hiver, elle ne porte jamais de pantalons et ses chaussures ont des talons.
Elle commande toujours un cappuccino, essuie la moustache de lait qui s'y est déposée et repeint ses lèvres.
Dans sa bouche, l'amour ressemble à un met exotique.
C'est bien quand on a quelqu'un à qui penser, hein ? Elle n'attend pas de réponse. En piquant sur sa fourchette une bouchée de son gâteau au chocolat, elle sourit, tranquillement.
Elle la regarde dans le miroir et se contente de lui dire Faites ce que vous voulez.
Elle regarde ses mains et son sourire. Elle regarde les ciseaux lui obéir.
Elle l'écoute aussi.
Elle dit qu'elle n'a pas de temps libre, qu'elle n'a le temps de rien mais que ce métier lui plait. Elle dit qu'elle espère que mardi il fera beau car elle n'a qu'un jour de repos. Elle ira à la rivière, profiter des cerisiers en fleurs et rejoindra des amis pour manger de la viande grillée.
Sa coiffeuse s'appelle Amour et elle espère qu'un jour, elle aura le temps d'être amoureuse.
dimanche 19 février 2012
La vie voyageuse (en Yamanote)
La ligne Yamanote (山手線) est une ligne ferroviaire circulaire qui
délimite officieusement le centre de Tokyo. Elle comporte 29 stations et
le temps de parcours total est d'environ une heure. Ses trains sont de
couleur acier avec des bandes vertes. Chaque jour, une moyenne de 3,55
millions de passagers empruntent la ligne Yamanote. Les trains
circulent de 4h30 du matin à 1h20 avec une cadence d'un train toutes
les deux minutes aux heures de pointes. Une boucle complète nécessite
entre 58 et 59 minutes.
GOTANDA
Ajoutées les unes aux autres, elles finissent par former un collier terne et monotone, ces journées atones qu'on vit sans y prendre garde.
Dans la voiture 7, elle ne peut plus bouger. Des cheveux effleurent son visage, elle peut à peine respirer.
A chaque gare, ils sont toujours plus nombreux encore, plus serrés encore, écrasés les uns contre les autres.
Et pourtant, elle ne leur en veut pas, elle n'en veut pas à ceux qui retardent les trains, elle ne leur en veut pas de se jeter sur la voie un lundi matin, de ne plus avoir le courage d'attendre le soir pour savoir si quelque chose d'autre peut advenir.
Sur le quai numéro 2, ils sont quelques centaines à se diriger en file vers la sortie. Et on pourrait croire à un cortège funéraire.
Ce lundi est gris et sans espoir particulier mais, pour ne pas oublier le suicidé de la matinée, elle se promet de ne rien vivre par inadvertance.
Ce lundi est gris et sans espoir particulier mais, pour ne pas oublier le suicidé de la matinée, elle se promet de ne rien vivre par inadvertance.
mercredi 15 février 2012
BLEU (comme toi)
La circulation est interrompue sur l'autoroute du Kanto à cause d'un accident. La voie est coupée entre Narita et Toyori à cause d'une collision entre deux véhicules qui s'est produite à 15 heures 40. On signale un embouteillage à hauteur de la sortie Yokohama sur l'autoroute Tomeï. Circulation fluide sur l'autoroute Chuo. Sur les voies rapides de la capitale, on signale un embouteillage lié à un accident impliquant cinq véhicules sur le périphérique 3 intérieur entre Tanimachi et Yoga. Les opérations de secours et de nettoyage risquant de prendre encore un peu de temps, le bouchon risque de remonter jusqu'à la hauteur de l'intersection avec l'autoroute Tomeï à Kawasaki. Sur les autres grands axes, périphériques intérieurs et extérieurs, les conditions de circulation ont tendance à se détériorer mais on ne signale pas à 18 heures de fermetures d'entrées. Ce bulletin vous a été présenté par Kinami du centre d'information routière. Pour l'achat d'un téléphone numérique, vous gagnez un juke-box lumineux fort élégant. Douce lumière et musique, voilà qui devrait donner un charme supplémentaire à vos soirées en amoureux.
Murakami Ryû. Love & Pop.
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