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dimanche 23 décembre 2012

Lire dans les trains (l'aller)

  Voilà ce qu'il voudrait, ça plus que tout autre chose au monde : que lire occupe tout l'espace du présent, que tout ce qui se produit en un même point du temps soit d'une certaine manière avalé d'un coup par la lecture.
Alan Pauls. Histoire des larmes
 quand je pars en voyage je sais que les mots vont être en concurrence 
avec le paysage

jeudi 15 novembre 2012

Une professionnelle

-Vous êtes photographe ? m'a-t-elle demandé après que j'eus rangé mon appareil.
J'ai secoué la tête en riant.
Puis elle a travaillé en silence.
Il apprend qu'à la base il n'existe pas un seul coiffeur qui coupe les cheveux deux fois de la même manière. Dans son cas, c'est ou bien parce qu'il ne parvient pas à demander ce qu'il veut deux fois de la même façon, ou bien parce que le coiffeur ne comprend pas la demande de la même manière ou bien parce que, même si la coupe est la même, les cheveux, surpris dans une phase déterminée de poussée, qui deviendra sans doute quelque peu différente dans quelques minutes, dans quelques heures ou dans quelques jours, de la phase où ils ont été coupés la fois dernière, interprètent et modulent la coupe de façon différente, en la faisant souvent dévier de son sens d'origine. Il apprend l'insatisfaction. Quelle insatisfaction ? L'insatisfaction qu'on ne les lui coupe pas bien, qu'on les lui coupe bien mais que cet effet bien ne dure que quelques jours, que la coupe splendide illustrant la photographie d'un magazine qu'il a apporté comme modèle pour sa coupe ne colle pas avec ses cheveux, ou colle mal avec son visage, ou sympathise et colle bien mais le transforme en stupide portrait de couverture de magazine. 
Alan Pauls. Histoire des cheveux

mardi 27 décembre 2011

Tuesday self portrait (Matière première III)

Il rêve d'un monde meilleur, d'un monde où les coiffeurs -comme les médecins le font avec les histoires médicales- sauraient partager, divulguer, enrichir jour après jour les histoires de la vie des cheveux de leurs clients, de façon que chaque fois que quelqu'un commettrait l'imprudence d'entrer dans un salon de coiffure pour la première fois, chaque fois que quelqu'un comme lui maintenant, par exemple, se lèverait, sentant les dernières gouttes d'eau glacée dégouliner dans son cou, et avouerait ce qui tôt ou tard le mènera à la tombe, que non, qu'il ne se fait couper les cheveux par personne en particulier, qu'en réalité, c'est la première fois de sa vie qu'il vient se faire couper les cheveux dans ce salon de coiffure, le coiffeur sera sur le point de lui être attribué, qui dans quelques secondes le verrait, lui aussi, pour la première fois de sa vie, pourrait au moins avoir en sa possession, dans ses doigts, comme disent les pianistes du répertoire à propos des pièces qu'ils sont toujours en mesure de jouer, quelles que soient les circonstances, sans avoir besoin de la moindre préparation, tout ce qu'il a besoin de connaître de lui afin de savoir quoi lui faire lorsqu'il aura pris place dans le fauteuil.
Alan Pauls. Histoire des cheveux.


dimanche 24 juillet 2011

Sommaire

"Etre photographiée avec quelqu'un me rappelle autre chose et puis après ce sera le commencement du premier chapitre"
Gertrude Stein. Autobiographie de tout le monde.


Chapitre I : des cris de terreur (faut-il aimer avoir peur). La nuit, aussi. La nuit, surtout.


Chapitre II : 
au coeur de la ville, soudain, 
a

u
i
e
.
 La pluie
e
t

r
i
e
n

 d'
a
u
t
r
e
S'arrêter.
 Ecouter.

Chapitre III : des adjectifs plus écoeurants que la liste des ingrédients (pourquoi les recettes sont-elles si souvent régressivesconsolatricesaddictivesrassurantesréconfortantes ?)    
(une enquête à mener)


Chapitre IV : Les marque-pages.

1) Papier blanc 6,5 cm sur 2,8cm
DATE DE RETOUR
Livre (  )

2006  JAN  14

BD, CD, Vidéo, DVD, Revue
BD, CD, ビデオ, DVD, 雑誌

2005 DEC 24

En cas de retard pour le retour
des documents, une indemnité
forfaitaire de 10 yen par jour et 
par document est demandée 
à l'emprunteur. 
La médiathèque de l'IFJT
Tel 03-5261-3937


2) Une photo de Lucie Spède. 

3) Une lettre d'amour. 

Chapitre V : une tentative d'archéologie des heures d'attente. 
je commence à intégrer au dedans  (c'est moi qui souligne)

Chapitre VI : une requête.

  20 Jul, Wed, 11:19:31           Google Images: retrouvaille 

Chapitre VII : L'AVENIR
Le petit déjeuner, sitôt terminé, donne envie d'être déjà le lendemain matin.
1) "Moi aussi, j'adore ça, avec du beurre ou du nutella."
2) "Ce matin, je l'ai coupée en deux et fait chauffer, avec du fromage. Vous voulez que je vous glisse une tranche de gouda à l'intérieur ?"
3) "2 petites minutes, je me lave les mains, j'arrive."
4) "Des croissants, il y en aura dans 10 minutes. Je te donne les couques et tu repasses pour les croissants."

Chapitre VIII : travail manuel, découpage :
aubergines, poivrons, oignons, filet d'huile d'olive, poivre noir, une heure dans le noir, dans le four, à confire.
1) ses mains qui mêlent les couleurs, les légumes, aussi.
2)  ses inventions, ce cahier que, peut-être, il remplit. 

Chapitre IX : Le passé. 
-Qu'est-ce que vous lisez ?
-Le passé de Alan Pauls.
-C'est quel style ?
-... C'est l'histoire d'un homme, à travers ses histoires amoureuses.
-Je vois. C'est actuel, alors.

Chapitre X :
02 : Il fallut dresser de nouvelles cartes. Les échelles, les données, les signes conventionnels ne correspondaient plus. Nous nous trouvions jetés dans un espace sans contours visibles où chaque parole avait un écho prolongé, mais quel que soit le plaisir que nous y trouvions, il nous fallait à tout prix aller plus loin, nous demander où nous étions venus, comment il se faisait que nous étions si seuls, etc.  Autant de questions pressantes que nous avions seulement le temps de poser, et encore... Certains traversèrent ces années en ne s'apercevant de rien, en se noyant dans le puits des quelques anecdotes tragi-comiques qu'ils avaient été capables de saisir au vol. 
Jean-Christophe Bailly. Les îles de la Sonde

Chapitre XI :

samedi 9 juillet 2011

31. CORPORATION NATIONALE DES GENS QUI SAVENT CE QU'IL FAUT FAIRE ET LEURS LOCAUX SCIENTIFIQUES (toutes les maisons ou locaux de la communauté des gens qui savent ce qu'il faut faire et l'ensemble desdits gens eux-mêmes). (Gens qui savent ce qu'il faut faire : médecins, homéopathes, guérisseurs (tous les chirurgiens), sages-femmes, techniciens, mécaniciens (toutes les sortes de techniciens), ingénieurs de seconde catégorie ou architectes dans leurs domaines respectifs (tout exécuteur de plans déjà tracés, tels qu'un ingénieur de seconde catégorie), l'ensemble des classificateurs, les astronomes, les astrologues, les spirites, tous les hommes de loi, ou de lois (tout expert), les classificateurs d'espèces génériques, les comptables, les traducteurs, les instituteurs (tout compositeur), les limiers -de sexe masculin- aux trousses des assassins, cornacs ou guides, greffeurs de plantes, coiffeurs, etc.)

"-Ce serait un beau pays pour les coiffeurs, dit Talita en se jetant sur le lit et en fermant les yeux. Quelle promotion !" 
Julio Cortàzar. Marelle.
"Il y a un moment dans sa vie où il commence à penser aux cheveux comme d'autres pensent à la mort. Ce n'est pas que de but en blanc, ah ! les cheveux ! Non, il ne découvre pas tout d'un coup quelque chose qu'il ne connaissait pas. Il a toujours su que les cheveux se trouvaient là, blottis dans un coin, mais il a parfaitement pu vivre sans en tenir compte, sans subir leur présence. Il ne découvre pas une expérience mais une dimension; pas quelque chose que sa vie n'aurait pas pris en compte jusqu'alors : quelque chose qui était déjà en lui, en train de travailler en silence, avec une patience de rongeur, dans l'attente du moment opportun pour se réveiller et commencer à émettre les premiers signes d'une vie visible."
Alan Pauls. Histoire des cheveux.