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jeudi 10 janvier 2013

Lire dans les villes (4 : à Bruxelles avec Stefan Hertmans



Bruxelles est une ville sans vision, et de là une jungle urbaine avec des perspectives inattendues. On dirait une gigantesque cuisine où seul le désordre est maître et qu'emploient d'innombrables locataires, mais que personne ne se sent responsable de nettoyer. Bruxelles est donc une ville qui vit de son caractère indéfinissable, ce qui paradoxalement donne lieu, de temps à autre, à l'émergence de quelque chose de sublime par son aspect, que ce soit un terrain vague ou un quartier ancien. 
Stefan Hertmans. Entre villes

jeudi 27 décembre 2012

Lire dans les trains (le retour)

Ou, pour exprimer les choses différemment.
Lidia Jorge. Le Jardin sans limites


dimanche 23 décembre 2012

Lire dans les trains (l'aller)

  Voilà ce qu'il voudrait, ça plus que tout autre chose au monde : que lire occupe tout l'espace du présent, que tout ce qui se produit en un même point du temps soit d'une certaine manière avalé d'un coup par la lecture.
Alan Pauls. Histoire des larmes
 quand je pars en voyage je sais que les mots vont être en concurrence 
avec le paysage

dimanche 25 novembre 2012

Lire dans les trains (le retour)

Capitale fut donc pour moi la phrase de Sartre dans son livre sur Genet : "L'important n'est pas ce qu'on fait de nous mais ce que nous faisons nous-même de ce qu'on a fait de nous." Elle constitua vite le principe de mon existence. Le principe d'une ascèse : d'un travail de soi sur soi. 
Didier Eribon. Retour à Reims

Gabriella aurait aimé ne plus avoir à voyager. Vivement la téléportation. Mieux : ne plus bouger. "Que ce soient les villes qui se déplacent, partent en voyage, viennent nous visiter. C'est à votre tour d'être fouillées, infantilisées, coincées dans un fuselage d'avion pressurisé, enveloppées de décalage horaire. Paresseuse comme une ville." Elle ferma les yeux. 
Rober Racine. Les vautours de Barcelone. 

jeudi 22 novembre 2012

Lire dans les trains (l'aller)

On devrait posséder une provision de bons livres imprimés sur papier journal -pour lire dans le bain ou en voyage, et les jeter ensuite.
Ernst Jünger. Premier journal parisien.

Au lieu de préparer une playliste de voyage, 
ce sont des boules quiès que j'ajoute à mon bagage. 
De même que cet été
j'avais écouté les photographes parler
sans voir leurs clichés, 

j'emporte un livre sur la variété
sans en écouter.

1- Your love is the place where I come from, Teenage Fanclub
2- Thunder Road, Bruce Springsteen
3- I'm like a bird, Nelly Furtado
4- Heartbreaker, Led Zeppelin
5- One man guy, Rufus Wainwright
6- Samba Pa Ti, Santana
7- Mama you been on my mind, Rod Stewart
8- Can you please crawl out your window ?, Bob Dylan
9- Rain, The Beatles
10- You had time, Ani DiFranco
11- I've had it, Aimee Mann
12- Born for me, Paus Westerberg
13- Frankie Teardrop, Suicide
14- Ain't that enough, Teenage Fanclub
15- First I look at the purse, The J. Geils Band
16- Smoke, Ben Folds Five
17- A minor incident, Badly Drawn Boy
18- Glorybound, The Bible
19- Caravan, Van Morrison
20- So I'll run, Butch Hancock et Marce LaCouture
21- Puff the magic dragon, Gregory Isaacs
22- Reasons to be cheerful, part 3, Ian Dury et the Blockheads
23- The calvary cross, Richard et Linda Thompson
24- Late for the sky, Jackson Browne
25- Hey self defeater, Mark Mulcahy
26- Needle in a haystack, The Velvelettes
27- Let's straighten it out, O.V. Wright
28- Röyksopp's night out, Röyksopp
29- Frontier psychiatrist, The Avalanches
30- No fun/push it, Soulwax
31- Pissing in a river, The Patti Smith Group

Nick Hornby. 31 songs


jeudi 25 octobre 2012

Lire dans les villes (3 : à Montréal avec Dany Laferrière)

Quitter New York signifiait rentrer.
Mais là où je revenais, tout avait changé
-la saison, les couleurs, le quartier-

Afin de panser
mes troubles de l'identité
j'y  ai passé une journée.
Je remonte la rangée vers les toilettes. Longue file d'attente. Un type arrive et se place à côté de moi. On se regarde un moment. Puis, brusquement, sans ambages : 
-D'où venez-vous ? me demande-t-il en anglais avec un fort accent français. 
Ce n'est pas la première question qu'un Américain vous poserait. Il voudrait plutôt savoir ce que vous pensez de la déclaration de Magic Johnson. L'Américain blanc croit qu'un Noir a toujours de bons tuyaux sur n'importe quel autre Noir. Le Français veut plutôt savoir d'où vous venez. 
-De mon siège, 173. 
-Je ne parle pas de votre siège... 
-De Los Angeles. J'ai pris l'avion à l'aéroport, comme tout le monde. 
Autour de nous, on commence à s'intéresser à notre conversation et le type à se demander si je ne me paie pas sa tête. J'étais plutôt embêté par la brutalité de la question.
-Je veux savoir de quel pays vous venez, reprend-il sur un ton impérieux. 
Moment de gêne dans la file. 
-Avez-vous perdu un esclave ? je finis par répondre. 
Une jeune femme, pas trop loin de moi, éclate de rire. Il n'y a rien de mal à vouloir connaître le pays d'origine de quelqu'un. Cela permet à certains de rêver et d'avoir une histoire à raconter à leur femme en rentrant. Ils peuvent toujours leur dire qu'ils ont passé un bon moment dans l'avion avec un Sénégalais, un Polonais, un Tchadien ou un Malgache. Je comprends tout cela, sinon pourquoi voyagerait-on si l'ailleurs ne nous fascinait pas ?
Mais il y a une manière d'aborder la question je crois. On peut toujours commencer par lier un peu connaissance avec celui ou celle dont les origines nous intéressent en tenant compte du fait que certaines personnes peuvent être plutôt réticentes à se livrer ainsi au premier venu. Ou, pire, peut-être qu'elles en ont marre de répondre à cette question à laquelle elles croyaient avoir fini de répondre. D'autres réservent leur réponse à la police, aux agents de la douane et aux fonctionnaires du ministère de l'Immigration et du travail. Si vous n'appartenez pas à ces grandes institutions d'Etat, alors il faut des gants. Genre : Bonjour monsieur, comment ça va, et la santé ? La famille se porte-t-elle bien ? Les enfants sont-ils premiers à l'école ? Je suis ravi, vous savez, de cette rencontre, mais par ailleurs d'où venez-vous ? Du Bénin, du Sénégal, d'Haïti, du Zaïre, du Mali ou de la Guinée ? A un moment donné, la personne trouvera que vous en avez assez fait et répondra gentiment à votre question. 
-Du Mali... Et vous ?
Surtout, n'ayez pas l'air surpris. Acceptez le fait que, vous aussi, vous avez des origines et que, vous aussi, vous êtes exotique et vous exhalez le parfum de l'aventure pour l'autre. Il n'y a rien de plus offensant que de demander à quelqu'un, en retour, ses origines et de le voir vous regarder comme s'il n'était pas inscrit sur son front qu'il est Français, Américain, Anglais ou Allemand. En définitive, qu'il est un Blanc. Le Nègre vient d'un lieu; le Blanc d'une race.
Dany Laferrière. Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ?

lundi 15 octobre 2012

Lire dans les villes (2 : à New York avec Antonio Munoz Molina)

Le matin, sur les bords de l'East River -et seulement là-
pendant que les habitants du quartier couraient,
échangeaient des nouvelles,
faisaient se rencontrer leurs chiens,
pendant que le soleil achevait de se lever,
qu'il devenait de plus en plus chaud
en même temps que mon café refroidissait,
j'émiettais mes bagels toastés
au-dessus des lignes que je lisais
avant d'aller vivre la ville.
New York est une ville de lève-tôt. Le premier jour où je me suis réveillé dans cet appartement, avec la lumière de l'aube à cause de mon sommeil déréglé par le voyage, je suis sorti dans la rue, hébété, à la recherche d'un café et il y avait le long des trottoirs et sur les carrefours sans circulation beaucoup de gens tôt levés et actifs, joggeurs en route pour Central Park, marcheurs rapides en short et en tennis, gens qui promenaient leur chien ou qui rentraient chez eux en portant sous le bras le New York Times du dimanche. J'allais devoir secouer ma paresse espagnole pour mieux profiter de mon temps, pour sortir au plus vite et marcher dans la ville, y découvrir et y apprendre d'autres choses, emmagasiner d'autres images avec l'attention fascinée et la curiosité gourmande de celui qui est toujours un nouveau venu et qui veut tout voir, qui demande au minimum à chaque journée l'intensité d'une sensation véritablement forte.
Antonio Munoz Molina. Fenêtres de Manhattan.

samedi 13 octobre 2012

Lire dans les villes (1 : à Paris avec Julio Cortazar)

Le matin, dans un appartement parisien près du ciel -le 7ème-
pendant que le pain rôtit,
que l'eau du thé frémit,
écouter Chet Baker,
corner quelques pages.
Il était à peine 10 heures, et je me dis que vers 11 heures j'aurais une bonne lumière, la meilleure qui soit en automne. Pour perdre du temps je dérivai jusqu'à l'île Saint-Louis et me mis à marcher le long du quai d'Anjou, je m'arrêtai un instant devant l'hôtel de Lauzun et je me récitai quelques vers d'Apollinaire qui me viennent toujours à l'esprit quand je passe devant l'hôtel de Lauzun et quand le vent tomba d'un coup et que le soleil devint au moins deux fois plus grand, je m'assis sur le parapet et me sentis terriblement heureux dans cette matinée de dimanche. Des mille façons de combattre le néant, une des meilleures est de prendre des photos, activité à laquelle on devrait habituer les enfants de bonne heure, car elle exige de la discipline, une éducation esthétique, la main ferme, le coup d'oeil rapide. Lorsqu'on se promène avec un appareil photo, on a comme le devoir d'être attentif et de ne pas perdre ce brusque et délicieux ricochet de soleil sur une vieille pierre, ou cette petite fille qui court, tresses au vent, avec une bouteille de lait ou un pain dans les bras.
Julio Cortazar. Les fils de la vierge in Les armes secrètes.