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lundi 10 décembre 2012

companheiro

Vivre une vie cultivée et sans passion, au souffle capricieux des idées, en lisant, en rêvant, en songeant à écrire, une vie suffisamment lente pour être toujours au bord de l'ennui, suffisamment méditée pour n'y tomber jamais. Vivre cette vie loin des émotions et des pensées, avec seulement l'idée des émotions, et l'émotion des idées. Stagner au soleil en se teignant d'or, comme un lac obscur bordé de fleurs. Avoir, dans l'ombre, cette noblesse de l'individualisme qui consiste à ne rien réclamer, jamais, de la vie. Etre, dans le tournoiement des mondes, comme une poussière de fleurs, qu'un vent inconnu soulève dans le jour finissant, et que la torpeur de la nuit tombante laisse retomber au hasard, indistincte au milieu de formes plus vastes. Etre cela de connaissance sûre, sans gaieté ni tristesse, mais reconnaissant au soleil de son éclat, et aux étoiles de leur éloignement. Ne rien être de plus, ne rien vouloir de plus...
Fernando Pessoa. Le livre de l'intranquillité.
Malgré l'éloignement de certains
d'autres reste(ro)nt, continue(ro)nt à être à portée de ma main. 

jeudi 29 septembre 2011

"C'est vrai. Il y a des jours, putain, où on n'a pas envie de lire..."*

"La vie reste à jamais vide si elle n'est pas remplie par une tâche périlleuse et passionnante. Naturellement, la tâche en question ne peut être qu'un travail -mais un tout autre travail invisible, celui de l'âme et de l'esprit, celui du talent dont les oeuvres enrichissent le monde et le rendent plus juste et plus humain. Bien sûr, j'ai beaucoup lu. Mais, vois-tu, tu ne peux rien recevoir des livres si, en échange, tu ne leur donnes pas une part de ton âme. Il faut, pour cela, concevoir la lecture comme un duel où l'on inflige et subit des blessures, comme un terrain où l'on se bat, où l'on cherche à convaincre ou, au contraire, on se laisse persuader pour mieux s'enrichir et entreprendre une oeuvre constructive..."
Sàndor Màrai. Métamorphoses d'un mariage.
*Martin Amis. La maison des rencontres.

vendredi 29 octobre 2010

A peine encore quelques hommes (de ma vie)

Se livre-t-on davantage dans les alcôves ou dans les cuisines ?

Ian entourait de son bras mon épaule et m'entraînait dans la sienne. Il dégoupillait quelques gousses de cardamome dans les fruits qui compotaient, m'enseignait quelques uns de ses secrets. 
(et un jour c'est de littérature qu'il m'entretint et après La flèche du temps, je n'ai pas cessé de lire 
Il épluchait les pêches de vigne pendant nos conversations, préparait les assiettes et quand il déposait la mienne sur la table, j'oubliais volontiers qu'il avait servi -qu'il servirait- ce plat du jour à d'autres clients que moi. 

Jusqu'à Ian, j'avais cru que je ne trouverais du charme qu'aux hommes héroïques aux bras musclés, à la tête haute. Aux chevaliers à la fière allure, à la belle stature. A mon père.  

Et puis non.   
Je pourrais citer François Simon aussi. 
Lui dont la voix me rassasie 
alors même qu'il parle de plats
que je ne mangerai pas. 
Lui qui me ravit 
quand il évoque 
les poissons 
de Tsukiji. 


Et puis il y a cet homme-là,
cet homme qui me prend dans ses bras
mais sait aussi quitter les draps
sait se lever pour aller cuisiner
l'omelette de mon petit déjeuner.