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mercredi 11 avril 2012

Le dépaysement

Ce qui rend un pays vivable, quel qu'il soit, c'est la possibilité qu'il laisse à la pensée de le quitter. L'identité définie comme le modelé d'une infinité de départs possibles -peut-être serait-ce cela le socle le plus résistant de la provenance ?
Jean-Christophe Bailly. Le dépaysement.
Des livres quittent régulièrement mes rayons. 
Le carton des lettres de sa jeunesse retournera à leur expéditrice. 
La vaisselle cassée ne me rend jamais triste mais toujours plus légère.
Je vis dans un état permanent de déménagement imminent.

jeudi 28 juillet 2011

Gardez ce document jusqu'à la fin du voyage

Plus que le paysage, c'est la langue qui me fait me sentir ailleurs. 
Ainsi, paradoxalement, 
le dernier voyage en France  était un vrai dépaysement
:
Depuis que j'habite en terre cosmopolite, 
il m'est devenu si exotique 
d'entendre parler exclusivement français. 
"Puis quelqu'un vient : une jeune fille chinoise- qui se met à chanter, et tout ce que je pouvais attendre se met à exister là, pleinement et brièvement : je ne suis ni à Paris, ni en Hollande, ni en Chine, mais dans un voyage qui ne peut se poser en aucun de ces points, cela dure un peu, puis retombe, naturellement, ça s'effondre tout seul, sans bruit, sans effets, comme c'était venu. Une rêverie -je ne sais pas, il me semble qu'un nom, que ce nom est déjà de trop, qu'il s'agit d'encore moins que cela : scène de roman non plus d'ailleurs. Photographie peut-être, mais que nul n'a prise et que les mots ne peuvent pas prendre, ce n'est pas leur genre, mais je me souviens : le livre que j'écris a pour sujet la France, que vient faire dès lors cette épiphanie de quelques secondes dans le hall désert de la Maison des Pays-Bas de la Cité universitaire de Paris, avec son climat et ses poissons rouges ?
Elle vient dire, il me semble, que ce qui rend un pays vivable, quel qu'il soit, c'est la possibilité qu'il laisse à la pensée de le quitter. L'identité définie comme le modelé d'une infinité de départs possibles -peut-être serait-ce cela le socle le plus résistant de la provenance ?"
Jean-Christophe Bailly. Le dépaysement, voyages en France

dimanche 24 juillet 2011

Sommaire

"Etre photographiée avec quelqu'un me rappelle autre chose et puis après ce sera le commencement du premier chapitre"
Gertrude Stein. Autobiographie de tout le monde.


Chapitre I : des cris de terreur (faut-il aimer avoir peur). La nuit, aussi. La nuit, surtout.


Chapitre II : 
au coeur de la ville, soudain, 
a

u
i
e
.
 La pluie
e
t

r
i
e
n

 d'
a
u
t
r
e
S'arrêter.
 Ecouter.

Chapitre III : des adjectifs plus écoeurants que la liste des ingrédients (pourquoi les recettes sont-elles si souvent régressivesconsolatricesaddictivesrassurantesréconfortantes ?)    
(une enquête à mener)


Chapitre IV : Les marque-pages.

1) Papier blanc 6,5 cm sur 2,8cm
DATE DE RETOUR
Livre (  )

2006  JAN  14

BD, CD, Vidéo, DVD, Revue
BD, CD, ビデオ, DVD, 雑誌

2005 DEC 24

En cas de retard pour le retour
des documents, une indemnité
forfaitaire de 10 yen par jour et 
par document est demandée 
à l'emprunteur. 
La médiathèque de l'IFJT
Tel 03-5261-3937


2) Une photo de Lucie Spède. 

3) Une lettre d'amour. 

Chapitre V : une tentative d'archéologie des heures d'attente. 
je commence à intégrer au dedans  (c'est moi qui souligne)

Chapitre VI : une requête.

  20 Jul, Wed, 11:19:31           Google Images: retrouvaille 

Chapitre VII : L'AVENIR
Le petit déjeuner, sitôt terminé, donne envie d'être déjà le lendemain matin.
1) "Moi aussi, j'adore ça, avec du beurre ou du nutella."
2) "Ce matin, je l'ai coupée en deux et fait chauffer, avec du fromage. Vous voulez que je vous glisse une tranche de gouda à l'intérieur ?"
3) "2 petites minutes, je me lave les mains, j'arrive."
4) "Des croissants, il y en aura dans 10 minutes. Je te donne les couques et tu repasses pour les croissants."

Chapitre VIII : travail manuel, découpage :
aubergines, poivrons, oignons, filet d'huile d'olive, poivre noir, une heure dans le noir, dans le four, à confire.
1) ses mains qui mêlent les couleurs, les légumes, aussi.
2)  ses inventions, ce cahier que, peut-être, il remplit. 

Chapitre IX : Le passé. 
-Qu'est-ce que vous lisez ?
-Le passé de Alan Pauls.
-C'est quel style ?
-... C'est l'histoire d'un homme, à travers ses histoires amoureuses.
-Je vois. C'est actuel, alors.

Chapitre X :
02 : Il fallut dresser de nouvelles cartes. Les échelles, les données, les signes conventionnels ne correspondaient plus. Nous nous trouvions jetés dans un espace sans contours visibles où chaque parole avait un écho prolongé, mais quel que soit le plaisir que nous y trouvions, il nous fallait à tout prix aller plus loin, nous demander où nous étions venus, comment il se faisait que nous étions si seuls, etc.  Autant de questions pressantes que nous avions seulement le temps de poser, et encore... Certains traversèrent ces années en ne s'apercevant de rien, en se noyant dans le puits des quelques anecdotes tragi-comiques qu'ils avaient été capables de saisir au vol. 
Jean-Christophe Bailly. Les îles de la Sonde

Chapitre XI :

mardi 24 mai 2011

Tuesday self portrait (les coulisses)

Faire des polaroïds, c'est toujours un peu photographier

"Il me semble que le tourment labyrinthique gagne de beaucoup et monte d'un pas dans le silence quand quelque chose du plus lointain passé revient inopinément au coin d'une rue et délace le temps pour l'ouvrir, sans que pour autant le lieu même où l'on se trouve ait fait partie de nos rêveries ou de nos projections. C'est plutôt comme si quelque chose de notre enfance -un air, un supplément utopique, une mélancolie, c'est difficile à dire- existait à l'état d'un dépôt dispersé dans le monde, introduisant dans ce qui sans cela ne serait qu'une visite de plus la dimension ou, plutôt, la dilatation du temps retrouvé. 
Il s'agit là, en fait, d'une dimension étrange, qui n'est pas exactement de l'ordre de la remontée proustienne : ce qui est de la sorte identifié, et qui trouble, n'a pas la netteté de ces pans soulevés révélant d'un seul coup toute une matière enfouie, tout un côté perdu, ce serait plutôt de l'ordre de ces rêves dont on cherche au matin à tirer le film et qui, au sein de cet effort même, semblent se rembobiner inexorablement dans la nuit. Et pourtant ce qui n'est pas assignable à un régime du déjà-vu ne se font pas tout entier dans un ordre vague qui serait celui de l'aperçu ou du pressenti, non, c'est beaucoup plus précis, quelque chose vient, comme une élongation du temps qui ferait pression sur la mémoire, celle-ci faisant à son tour pression sur le présent -on ressent dans ce qu'on voit une vibration ancienne, comme si une note de piano jouée dans l'enfance ou par l'enfance revenait en sourdine et envahissait l'étendue. 
Jean-Christophe Bailly. Tuiles détachées. 

mardi 12 avril 2011

Tuesday self portrait (saturday self portrait)

"Une vie, rien qu'une vie, ce serait justement un bricolage ou une fabrique tantôt lents, tantôt contraints à des choix violents et rapides, une sorte de marelle qui, ajoutant les côtés aux côtés, les surfaces aux surfaces, finirait, entre figures imposées et figures libres, par former un tracé reconnaissable et unique."
Jean-Christophe Bailly. Tuiles détachées

mardi 27 juillet 2010

Tuesday self portrait (une tâche)

"Je me vois remonter la rue ensoleillée de mon enfance en tenant la main de ma grand-mère. Un dimanche en province. Un homme tranquillement assis sur sa galerie devant une large table couverte de livres, tous ouverts. Il était penché vers eux, comme devant un buffet riche et varié. Ce gourmand passait d'un livre à un autre avec la même excitation. Rien ne semblait exister autour de lui, à part les mets appétissants. Il semblait si loin de nous, si hors de notre portée -nous pouvions le voir mais il était visiblement ailleurs. Ma grand-mère m'a alors glissé à l'oreille : "C'est un lecteur !" et j'ai tout de suite pensé : c'est ce que je ferai plus tard. Je serai un lecteur."
Dany Laferrière. Je suis un écrivain japonais.
"La "tâche" du lecteur, nous pouvons la définir techniquement et sans pesanteur éthique comme ce qui lui vient avec la conscience d'être un point dans l'égrènement d'une ligne diachronique : en un point de la boucle du sens, et là où elle semble achever sa course, le lecteur lui aussi se dispose à remettre en jeu ce qui lui est venu avec le livre. La communauté seconde engagée par ce livre, il ne sait vraiment qu'il y entre que lorsqu'il sort du livre, mais cette communauté est sans bords, invisible, illimitée, infiniment accueillante. Passive selon sa forme extérieure, la lecture est en fait tout entière activité, en tant qu'elle se sait engagée, ne serait-ce que comme un minuscule relais, dans le mouvement infini de la relance du sens. Tout lecteur ouvrant ou refermant un livre (un livre, cela va sans dire, qui a fait travailler le sens -et il en est beaucoup d'autres) prend place furtivement, silencieusement, dans l'"entretien infini" qu'est la littérature."
Jean-Christophe Bailly. Panoramiques.

dimanche 6 juin 2010

Les rendez-vous

Au téléphone, elle a indiqué l'emplacement de la terrasse, elle a dit 
Je t'attends.

Entre deux pages, j'ai spéculé sur la nature du lien qui l'unissait à la personne qui la rejoindrait.

Puis, plus tard, elle a décroché.
Non, c'est trop tard, j'y vais.

"Cette attente vague dans un café, qui a l'air d'un début de chapitre, ce fut en fait une mauvaise action. Il fallait laisser aller l'étonnement à la surface des choses, comme un système de rebonds délicat et complexe : des ricochets sur une eau lisse, et qui la troublent, mais rien de plus et surtout pas de station, pas d'arrière-pensée, pas de plan -ou rien que celui de la ville avec la chance qu'avance dans ses plis cette démarche légère."
Jean-Christophe Bailly. Description d'Olonne.

lundi 24 mai 2010

La formation du paysage

Dans les jeunes heures du jour, loin d'être repue de sommeil, j'ai feuilleté un album photo parmi ceux qui dorment à mon chevet.
De cette incursion dans le passé, je retiendrai seulement qu'il m'allait bien d'être un oiseau un jour de juillet 1995.

Plus tard, j'ai transporté mon livre sur la terrasse et en ai corné encore quelques pages.
"Temps passé à côté du temps, en dépôt, en retrait de toute narration, fiché dans la brutalité la plus suave - un coin du monde, très beau, et des pas qui résonnent. Ce que je faisais là-bas, à Olonne, c'était cela, essayer de résonner ainsi, passer à côté du temps pour le sentir passer, inénarrable et pur. Mais en retournant là-bas, par un geste coutumier de la mémoire, je ne puis que remuer les jonchées de traces et de débris qui malgré moi m'appartiennent et dont on dit absurdement que le temps les roule. "Dehors" demeure la fiction que je cherche à rejoindre. Il me semble que tout le mystère tient dans la possibilité de ce passage hors de soi, conscience ventilée, selon laquelle le séjour par instants parvient à s'atteindre, résonance intégrale qui n'est pourtant rien de plus que le déplacement d'une ombre."
Jean-Christophe Bailly. Description d'Olonne.

Et j'en ai copié quelques mots dans mon journal, pour qu'ils accompagnent mes jours prochains.
"Je puis dire avec certitude qu'à Olonne tout fut pendant quelque temps précis comme la réponse d'une lame s'enfonçant dans le cerveau."

Puis, à l'heure la plus chaude de la linière, piochant dans ma bibliothèque, j'y ai trouvé le volume auquel fait écho cette lecture en cours.
Une carte de visite ancienne du vice-consul de France marque encore la page 61 du Poésie/Gallimard de Maurice Scève.
Le vers qui justifie mon achat du 26 juin 1992 me fait toujours battre le coeur.