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mardi 17 juillet 2012

Tuesday self portrait (la vie de bureau)

Mon collègue fait tailler ses costumes à Londres
 et 
porte son foulard avec une décontraction 
toute parisienne. 
L'autre jour
 il m'a révélé que son activité favorite
était de lire l'avenir dans les chiffres.

mercredi 27 juin 2012

Ma vie écrite

Du mari d'Hélène, je savais seulement qu'il cuisinait très bien les pâtes (1) et que, dans son temps libre, il aimait pratiquer la graphologie. 
Un jour, très peu de temps après mon arrivée, nous avions mangé à la cantine ensemble (2) et je crois que, pour Hélène, ce n'était pas anodin. 
Peu après (3), elle s'était penchée sur mon écriture et m'en avait demandé un échantillon, me disant qu'il représenterait certainement un bon entrainement pour son mari. 

Pas davantage que la prédiction que m'avait faite mon dentiste quelques années auparavant, je n'avais donc sollicité cette analyse de moi-même qu'Hélène me tendit et me commenta quelques jours plus tard. 
J'étais restée un peu perplexe quand, lisant par-dessus mon épaule, elle avait insisté : "Ah oui ! Il a dit que ce serait beaucoup plus exacerbé plus tard."
Perplexe et sceptique. 

Pourtant, une mésaventure m'a récemment fait penser que la prophétie du graphologue était en train de se réaliser. Mais, dans le même temps, je me suis dit que, finalement, c'est moi qui l'avais écrite.

(1) et plus tard, je constatai que sa réputation n'était pas usurpée.
(2), le dédaignant, Hélène avait dit du gâteau au chocolat du dessert : "Quitte à avaler une bombe calorique, autant qu'elle soit meilleure !"
(3) d'elle non plus, je ne savais pas encore grand chose. Ensuite, j'appris qu'elle était capable de beaucoup insister pour obtenir ce qu'elle voulait -dans mon cas : que je goûte à son tiramisu alors même que je n'aimais ni le café ni le chocolat et que ce dessert me rendait habituellement malade- et qu'elle collait ses photos dans le désordre dans ses albums. Elle en avait tourné les pages pour moi et je l'avais vue aussi bien petite fille que dans les rues de Rome deux ans auparavant.
(4) écrite au stylo bille, de l'écriture de quelqu'un dont on pourrait croire qu'il n'accorde pas grande importance au soin et à la graphie, quelqu'un qui manque un peu de maturité. 

lundi 1 août 2011

Quelques circonstances

Le premier jour de faim est aussi celui du retour de l'été. 
Alors le matin est alangui, le marché longtemps endormi, la vie ralentie. 
S'asseyant quelques instants auprès de la petite fille qui, plus tôt, avait claironné son nouvel âge -celui de raison- qu'elle irait célébrer à la foire, il me dit bonjour, m'appelant pour la première fois par mon prénom -alors même que j'ignorais qu'il le connaissait. 
Ma vie à la ville tient du village. 
Une vie de campagne.
 "Il était seul dans son bureau, Cavin faisait des courses. Un chat traversa la place; et on le vit à l'autre bout qui se couchait sur le trottoir devant la charcuterie. Les boutiques avaient baissé leurs stores de coutil; l'horloge craquait par moment. Au mois d'août, beaucoup de personnes sont à la campagne. C'est le temps où les ombres tournent toutes seules, le long du jour, sur les pavés. On fait l'obscurité dans les chambres, on attend le soir pour sortir. 
Jamais la place n'avait été si vide. C'est qu'aussi beaucoup de personnes étaient fatiguées, ayant dansé et ri la veille. Il y avait des restes de la fête; l'arc de triomphe à côté de l'hôtel de ville n'était pas encore démoli; mais à cause de la grande pluie, il était tout fané, ruiné; l'écriteau déchiré pendait, la charpente perçait sous les branches arrachées. Et la même phrase revenant en lui, elle prenait un autre ton : 
"J'aurais dû laisser partir cette fille."
C.F. Ramuz. Les circonstances de la vie

jeudi 30 juin 2011

"Faut-il que l'humanité s'ennuie pour qu'il y ait des amateurs de travail !"

Jamais plus qu'en 
été
je ne me sens aussi 
immobile 

Alors que chacune de mes journées est identique 
à la précédente
chaque réveil me trouve aussi impatiente qu'à l'imminence 
d'une nouvelle aventure

Je vis
un courant continu
"-Que fais-tu ?
-Rien. 
-Comment, rien ? et je te trouve penché sur de gros catalogues ?
-C'est pour me reposer un peu la vue car je ne travaille pas, je regarde travailler. Tous les jours je viens ici vers midi et je reste jusqu'à la fermeture. 
-Et tu ne fais rien ?
-Non, j'attends. Je suis comme l'écolier de la légende : j'attends qu'on sorte
-Ta psychologie est du plus vif intérêt. J'attends qu'on sorte!  Ta devise est la devise même de l'humanité. Elle est admirable, elle est le schéma de la vie, tu es un homme, tu es l'homme, tu es symbolique."
Remy de Gourmont. Sixtine, roman de la vie cérébrale

lundi 23 mai 2011

"Aujourd'hui, j'ai accepté qu'il ne se passe rien de spécial et ce fut donc une belle journée"*

"C'était l'une de ces journées extraordinairement lumineuses qui font tout paraître plus grand. L'Avenue semblait plus large, plus longue, et les immeubles avaient l'air de grimper plus haut dans le ciel. Aux fenêtres, les fleurs ne formaient pas une masse confuse et embrouillée mais, comme par l'effet d'un agrandissement, on pouvait distinguer leur forme, et même leurs pétales. On parvenait vraiment à voir toutes sortes de choses plaisantes qui étaient généralement trop petites pour qu'on les remarque, comme les fines figurines surmontant les bouchons de radiateur et les jolies pommes de mât dorées des drapeaux, ou les fleurs et fruits sur les chapeaux des dames et la rosée crémeuse appliquée sur leurs paupières. Il devrait vraiment y avoir davantage de ces journées."
Dorothy Parker. Comme une valse.
Même si on a moins de style que Dorothy Parker, Georges Perec, Jean-Paul Goux, Grace Paley, Léon Paul Fargue, on peut, malgré tout, décider d'écrire sa vie.
La mienne
:
en pleins
et 
déliée 
.

*Mathieu Amalric in De la guerre un film de Bertrand Bonello. 

lundi 9 mai 2011

Ma vie conditionnelle

A certaines heures du jour, je pense à ma vie, ailleurs qu'ici.
Ma vie hypothétique. 
Mon adresse serait au bout d'un chemin de pierres.
Il faut vraiment le repaver, me dirais-je à chaque passage.
Mais, toujours, je remettrais au lendemain.
Par la fenêtre ouverte de ma voiture, en marche arrière, j'entendrais la télévision allumée de mes voisins et les rebonds du ballon de l'aîné de leurs enfants, contre le mur.
Les lendemains de pluie, il y laisserait des traces.
 
"Quelqu'un part très loin. Mais les mots nouveaux ne sont que des traductions. Quelqu'un a bu. Il se fait peur dans sa glace. Quelqu'un rit. Puis il creuse son polochon. Quelqu'un se recroqueville dans un train. Patient artisan du rêve il avait pris soin de préciser : "Coin fenêtre dans le sens de la marche". 
Un homme se demande ce qu'il a fait depuis l'enfance. "Demain, se dit-il, je commencerai de vivre." Le Queen Elisabeth roule en haute mer. A Istambul, une odeur de chachlik plane sur Galata Sarail. A Stockholm, un marchand de saucisses fait sa caisse tandis que les derniers passants relèvent leur col. 
Quelqu'un se réveille et contemple fixement le lavabo. Quelqu'un se berce au sifflement d'un Boeing qui troue les nuages. Quelqu'un repousse son assiette. Quelqu'un a trop chaud. Quelqu'un s'ennuie au cinéma. 
Une porte s'ouvre et l'on dit : "Vous, enfin !" Quelqu'un est trop impatient pour marcher. Il se met à courir. A Londres, on avait rarement vu un si beau printemps. 
Vous vous baissez pour ramasser un petit caillou et, tout à coup, un bonheur calme, incompréhensible vous gagne comme si rien d'autre n'existait, comme si l'on pouvait bâtir sur n'importe quoi, malgré tout.

XXII

Trois hommes traversent à petits pas la place du champ de foire. Le papetier relève son store. Le juke-box de la "Vieille Auberge" s'égosille et il en sort la voix d'Ella Fitzgerald pendant que des rires s'enflent et retombent. Dans l'église le curé joue de son orgue tout neuf, mais pour lui seul, en regardant très haut sour la nef. Un tracteur remonte la rue du Général de Gaulle. Une femme appelle longuement : "Georges, Georges !" Un petit vent s'installe au nord-est. Sans doute va-t-il pleuvoir."

Marcel Cohen. MALESTROIT, chroniques du silence. 

mardi 25 janvier 2011

Tuesday self portrait (ma vie de bureau)

La vue change souvent. 
Mes voisins d'openspace aussi. 
Mais, toujours, 
il y a mes carnets, mon stylo et un café noir, 
sur la table. 

Ma vie de bureau est nomade. 
 "L'obligation d'aller tous les jours au bureau m'a d'abord été douloureuse. L'idée de ne jamais pouvoir être ailleurs qu'en tel endroit précis (toujours le même) durant huit heures par jour me contrariait déraisonnablement. Sauf au mois d'août plus une seule fois jusqu'à l'âge de la retraite je ne respirerais en liberté l'odeur d'un jour de semaine. J'avais le sentiment qu'on me forçait à prononcer des voeux. A présent je suis bien aise de savoir chaque matin où je dois aller et par où je dois passer; c'est un repos dont les femmes qui ne travaillent pas ne se font aucune idée."
Marie-Louise Haumont. Le trajet"

jeudi 13 janvier 2011

Ma double vie

 
Etes-vous Lena ? 
Alors j'attendis 
(plus que lui ?)
celle que je n'étais pas. 

Quand elle entra
je me vis,
moi.

vendredi 31 décembre 2010

Ma vie écrite

Ce n'est que plus tard que j'ai regardé l'heure, pas au moment où j'ai marqué la page 40 de mon livre afin d'en différer la lecture, de ne pas laisser les prémices de mon sommeil la gâcher. 
C'est aux environs de 23 heures que j'ai tapé le nom de l'auteur sur internet. 
C'est aux environs de 23 heures que j'ai cru voir ma vie écrite. 

Hier soir vers 23h, je reprends la lecture de Sommes*, fiction d'Emmanuel Adely, commencée il y a quelques jours. Je n'ai auparavant lu que quelques pages, pénétrant à peine la somme de portraits amassés là et trouvant cela, déjà, impeccable. Et puis, hier soir donc, avançant un peu plus dans le texte, je comprends soudain – comment est-ce qu'on comprend ? par quelques subtils indices disposés çà et là – ce qui est en train de se passer. Il est 23h30 et j'ai sommeil mais je ne veux (peux) plus lâcher. Je suis avec ces quelques hommes et femmes, là, ne peux (veux) plus les laisser. Je lis jusqu'au bout.
(Frédéric Forte. Poète-public )
Et puis, ce matin, pendant que mes draps tournaient dans le sèche-linge, j'ai lu les prévisions astrologiques de l'ancienne 2010 dans un usagé féminin et n'y ai vu aucune trace de mon année écoulée.

J'ai achevé la lecture de mon livre, 
j'ai aussi racheté un carnet, 
pour l'avenir.  

vendredi 17 décembre 2010

Ma vie à l'ombre

Il m'arrive aussi de m'absenter du bleu du ciel, pousser la porte du musée et me laisser faire par les formes, les matières, les couleurs, 
me construire.
 "Il existe une épaisseur dans l'ombre, une densité. L'ombre est aussi un dessin, la configuration d'une forme."
Méthodologie du sensible
Pierre Hebbelinck & Pierre de Wit
Au palais des beaux arts de B.
jusqu'au 02/01/11

jeudi 2 décembre 2010

Ma vie au bois dormant

Je suis montée au cinquième étage, je suis retournée là où 
avant 
nous étions ensemble. 
Et par la fenêtre, c'était encore l'hiver, cette lumière, cette lumière de neige, qui rend jolie la peau et clairs les yeux
 sur les photos. 
Je n'ai pas d'aptitude pour les travaux d'aiguille. 
Et pas davantage les genoux d'une fille de roi. 
Et, comme tu le sais, c'est le pain 
pas les pommes 
qui m'anesthésie. 
Au cinquième étage, c'était vue sur la Suède et le souvenir de nos rendez-vous en ville m'a serré le coeur comme un corset. 

Je n'aime pas l'inertie mais je ne parviens pas à réveiller ma 
vie. 

lundi 1 novembre 2010

Ma vie fantôme

J'ai pensé à la jeune fille dont la mère tint secret le nom du père pendant si longtemps et si obstinément que nous avions fini par croire qu'il s'agissait du mort.
Morts, ils le sont peut-être -maintenant- ceux dont on croise le regard sur mes photos passées.
Les figurants anonymes aux cheveux lisses, aux visages masqués. 

J'aimerais pouvoir assembler -un jour- un album des clichés des autres. Là où je ne fais que passer, où je descends un escalier, marche sans y penser, traverse le champ sans le remarquer. 
Un album de ma vie par inadvertance. 

vendredi 22 octobre 2010

Ma vie commune

Peu avare de paradoxes
je voudrais ma vie 

moins banale
en même temps que plus
 commune

lundi 11 octobre 2010

Nos vies privées

Il y a ce que nous donnons à voir, nos vies de surface, nos vies en libre service.

lustres à pampilles par les fenêtres aux rideaux ouverts, paniers vidés sur le tapis des caisses des supermarchés, chaussures usées, écharpe chic, voiture noire ou bleue d'où s'échappe un air d'opéra ou une mélodie rythmée, coiffure négligée, conversations dans un téléphone -rires, larmes- assiette de frites-nuggets en terrasse, retrouvailles au jardin, regard fatigué, revue dépassant d'un sac, chewing gum parfum fraise, linge coloré ou uniforme par le hublot au lavoir... 

Et il y a nos fonds marins, nos fonds propres, nos vies secrètes.
Là où, sous la peau, mots, images, musiques et émotions prennent greffe, nous font belles, nous font beaux, nous modifient, en douce et pour longtemps. 

(et ici, c'est Meredith Monk  qui transforme ce lundi en jour de fête)

vendredi 24 septembre 2010

Ma vie intérieure

Les bus me transportent dans le temps, aussi.

Les cours de violon
Les séances d'orthodontie
Les occasionnels après-midis en ville
Les rendez-vous amoureux

Je suis sortie de mon enfance dans les bus.
Plutôt que les déclinaisons allemandes, latines, j'avais dans la tête tout un réseau de lignes, des noms d'arrêts, des visages de chauffeurs, des virages un peu secs.
Plutôt que les formules mathématiques, je retenais les horaires des correspondances.

J'avais sur la ville un point de vue supérieur
 J'avais une place favorite 

Et les soirs d'hiver, je collais mon front aux vitres pour apercevoir, au-delà de mon reflet, les lampes halogènes dans les appartements, les familles qui s'y retrouvaient, la nuit qui s'organisait.

A présent, je n'habite plus que les centres villes que mes pieds connaissent par coeur.
Quand je monte à nouveau dans un bus, je voyage dans mes souvenirs, tout ce temps que je passais à l'intérieur de moi.

vendredi 13 août 2010

Ma vie transsibérienne

"Nous avons besoin d'un ciel clandestin 
et d'une causalité féérique 
qui échappent aux obligations prosaïques du jour"
Jankélévitch
J'ai choisi la monotonie en guise de motif de papier peint de mes journées d'été.

Les mêmes lieux
Les mêmes heures
Les mêmes visages
Les sourires aussi

Je regarde passer le temps dans le rectangle de mon appareil photo comme s'il s'agissait de celui de la fenêtre d'un train.
Ce train long et lent qu'ont pris certains écrivains et qui relie Moscou à Vladivostok.
Le café à emporter sans lait sans sucre s'il vous plait laisse à ma bouche un goût aussi sombre et vénéneux que le thé noir du samovar, au bout du couloir.
Autour de moi, les langues sont étrangères, le temps immobile. Ou bien moi. 
Et si je ferme les yeux, je peux me croire en voyage.
Ma vie est transsibérienne et, si je la laisse faire, elle ne s'arrête dans aucune gare.

lundi 2 août 2010

La vie rêvée

Quand le sommeil laisse des traces
on m'a dit vous irez désormais en face
le réveil peut être un soulagement
en face était, pour moi, un châtiment
et la jachère d'une journée à inventer
mais qu'avais-je donc à expier
ou la douceur des draps tout simplement
pour travailler dans un jardin d'enfants
rendent précieuse la réalité. 

Aux premiers battements de cils, aux premiers instants flous, on peut tout imaginer, on peut rêver sa vie. 
Une vie de nuage, 
une vie de pont ou d'autoroute. 

Une  vie de pinceau
un jour 
de calligraphie.

vendredi 28 mai 2010

Ma vie argentique

Plus aucun ennui n'est aussi profond que celui ressenti pendant les cours de maths. 
Plus rien n'a à voir avec ces emplois du temps qu'on recopiait à la rentrée et dont on devinait que les heures seraient longues.
Plus rien, pas même les files à la caisse ou le spectacle monotone par le hublot du lave-linge.
Plus rien n'égale la lenteur des jours adolescents qui me séparaient d'une date attendue.
Plus aucune horloge ne me semble immobile. 

Mais peut-être que, depuis qu'elle n'est plus contrainte, ma vie n'est plus aussi intense et contrastée.  

Alors, pour éprouver à nouveau le temps qui passe, pour ajouter de la valeur à mes instants, je vais chez le photographe, déposer une pellicule photo à faire tirer.
Et puis j'attends.