Affichage des articles dont le libellé est Yoko Ogawa. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Yoko Ogawa. Afficher tous les articles

samedi 22 décembre 2012

Un samedi de pluie

Plus tôt dans la semaine, il faisait gris et il y avait dans l'air la mélancolie d'un jour férié, d'une pile de vaisselle sale, de la sonnerie d'un téléphone que personne ne décroche. 
Assis sur le tapis, nous avons feuilleté des livres de photographie. 
Dans mon appartement dépeuplé, à présent nos voix résonnent.
Je me suis progressivement absorbée dans ma tâche. Quand j'hésitais entre garder et jeter, je choisissais toujours de jeter. La sensation de netteté que j'éprouvais au moment où toutes ces choses bourrées de vieux souvenirs quittaient mes doigts m'était agréable. 
J'étais dans un tel état d'esprit que je n'aurais pas pu ne pas ranger ma chambre de fond en comble. Au fur et à mesure que le bruit de la pluie se faisait plus violent, le soir s'épaississait de l'autre côté de la vitre. Alors que je classais, l'une après l'autre, de vieilles lettres, changeais l'ordre des disques ou taillais mes crayons, il m'est venu à l'idée que ce travail n'aurait jamais de fin. J'avais l'impression que les choses débordaient de ma mémoire, interminablement comme des gouttes de pluie. Néanmoins, je restais étrangement absorbée, sans ressentir de dégoût.
Yoko Ogawa. Un thé qui ne refroidit pas. 

vendredi 16 septembre 2011

Le cabinet des rêves 36

Je suis enceinte. 
Allongée sur un lit avec mon amoureux (après avoir voulu ranger des bouteilles d'eau dans un endroit très élevé à l'aide d'une échelle), nous parlons. 
Il se demande comment il va annoncer sa découverte du phénomène de nasalisation des voyelles en poésie à ma famille la première fois qu'il la rencontrera. 
Je lui dis que, moi, je me demande surtout comment j'annoncerai ma grossesse. Mais il se lève à ce moment-là. 
Quand il revient, il parle de Marie Desplechin (dont il m'a offert un petit livre pour la jeunesse) et de Yoko Ogawa. 

Rêve du 14 septembre 2011

dimanche 7 août 2011

Sommaire

"Et nous avons donc commencé à être au courant de ce que faisaient tous ceux qui faisaient quelque chose."
Gertrude Stein. Autobiographie de tout le monde

CHAPITRE I : Chose entendue

Dans votre magazine, ce mois-ci, dossier :  
"Coupe de la rentrée, trouvez votre style"
Avec un supplément :
"sans cheveux" 
(mais, trois jours plus tard, dans la vitrine du buraliste 
Avec un supplément : "SOINS cheveux")


CHAPITRE II : 

CHAPITRE III : 
Une date de péremption qui est aussi 
celle de mon anniversaire. 

CHAPITRE IV : 
Un aller-retour
Le sac à peu près aussi lourd : 
Programme Livres contre nourriture

CHAPITRE V : 
"Où peut-on trouver, dans nos romans, l'équivalent d'une assiette de jambon de Chardin ou d'une nouvelle de James Kelman à propos d'un bus raté ? Pourquoi la peinture a-t-elle su changer de priorité et passer de la garniture en hermine de la robe de la reine à l'assiette de poissons et de citrons sur la table en bois brut, alors que la littérature demeure inféodée à la fourrure ?"
Kirsty Gunn. 44 un an de vie d'écrivain à la maison.


CHAPITRE VI : Ces chansons dont je sais qu'elles sont miennes à vie
1) Alice

CHAPITRE VII : une disparition.


CHAPITRE VIII : une question.

Que fait surgir à votre esprit l'expression
Une tranche de vie 
?
Une assiette de pâtisseries
-roulé à la confiture, 
cake nature-
ou de charcuteries(1)
?
(1) RILLETTES Passez au hachoir 1kg de poitrine de porc. Faites fondre une libre de saindoux dans une casserole en fonte. Quand il est doré, ajoutez le porc haché, une cuillerée à soupe de sel, une cuillerée à café de poivre, une cuillerée à café d'épices pour volaille. Laissez mijoter dans couvercle à feu très doux pendant 4 heures, en remuant pour éviter que cela ne brûle. Puis retirez du feu. Quand elles sont suffisamment froides, versez les rillettes à la louche dans des pots de confiture. Répartissez bien la viande. Quand les rillettes sont tout à fait froides, recouvrez les pots de papier. Les rillettes peuvent se conserver plusieurs mois dans un endroit frais. Elles sont agréables avec une salade, en hors d'oeuvres ou sur des sandwichs. 
Alice Toklas. Le livre de cuisine d'Alice Toklas.


CHAPITRE IX : Objet :     J'AI BESOIN DE TON AIDE !!!!!!!!!!!!!!!!!!

Dis-moi, comment vas-tu ? J'espère que je ne te dérange pas ? j'aurais besoin de ton aide... sérieusement. Contacte-moi par mail , je suis en déplacement en Afrique plus précisément au Burkina pour des raisons personnelles et je suis tombé dans une situation indicible. J'ai tout perdu comme argent et d'autres choses plus importantes alors je n'ai plus accès à ma carte bancaire parce que je me suis fait agresser lorsque je voulais me rendre à l'hôtel où je réside . S'il te plaît c'est vraiment délicat. J'ai besoin de ton assistance financière, juste un prêt de €1457 que je te rembourserais dès mon retour de voyage, car je suis au Burkina pour une affaire qui me rapportera. Je suis en attente de relire afin de transmettre mes coordonnées pour un mandat express vu l'urgence.

Merci d'avance

Laurent

CHAPITRE X : 
"Tout en mangeant, nous avons parlé de toutes sortes de choses. Du roman qui nous avait le plus émus. De nos souvenirs de voyages. De notre premier amour. De la manière de vivre une journée idéale."
Yoko Ogawa. Les tendres plaintes.

CHAPITRE XI : une autre question. 

Le mot 
artère 
vous évoque-t-il
davantage 
la circulation routière 
ou 
la circulation sanguine 
?

samedi 1 mai 2010

Une fabrique de souvenirs

Le dernier roman de Yoko Ogawa parle de disparitions -des oiseaux, des roses, des photographies... mais aussi des calendriers, des romans, de la voix-, de la mémoire -en avoir ou pas-, des accommodements nécessaires, des cavités du coeur, de la résignation.

Quand j'ai eu fini de le lire, j'en ai, jusqu'au bout, tourné les pages, un peu oppressée.

A quoi pensent les éditeurs lorsqu'ils placent, à la fin d'un volume, quelques pages blanches, muettes ?
Ces trois-là m'ont fait penser à des buvards capables d'absorber les mots de toutes les autres, une fois que j'aurais rangé le livre.
Ainsi, comme un flacon de parfum presque vide dont je voudrais garder le souvenir mais dont le liquide se volatilise inexorablement, aucune trace ne subsisterait ni du roman ni de ma lecture.

Alors j'ai assemblé, sur les pages vierges finales, quelques souvenirs qui ne sont pas les miens mais qui me rappelleront toujours le temps passé avec ce livre.

"Ce ne sont peut-être que des petits morceaux de papier, mais ils contiennent quelque chose en profondeur. La lumière, le vent ou l'atmosphère, la tendresse ou la joie de celui qui a pris la photo, la pudeur ou le sourire de ceux qui sont représentés. Il faut garder éternellement toutes ces choses au fond de son coeur. C'est pourquoi on a pris la photo, vous comprenez ?

-Oui, je sais. D'ailleurs, je les ai toujours conservées soigneusement. Et chaque fois que je les regardais, je pouvais faire revivre des souvenirs précieux. Ils me remplissaient de nostalgie au point de me faire souffrir d'une tristesse lancinante. Mais maintenant, il faut y renoncer. C'est inquiétant et difficile de le perdre, mais je n'ai pas suffisamment de force pour empêcher les disparitions. 
-Même si vous ne pouvez pas les empêcher, vous n'êtes pas obligée de brûler les photographies. Le monde a beau se transformer, les choses importantes sont importantes. Leur essence reste inchangée. Si vous gardez les photographies, elles vous apporteront forcément quelque chose. Je ne veux pas que votre mémoire se vide encore plus. 
-Non... ai-je dit en secouant faiblement la tête, maintenant regarder des photos ne fait plus rien revivre en moi. Je ne souffre même plus de nostalgie. Désormais ce ne sont rien de plus à mes yeux que des petits morceaux de papier brillant. Une nouvelle cavité s'est creusée en mon coeur. Que rien ni personne ne peut combler. C'est cela les disparitions. Je pense qu'il vous est peut-être difficile de comprendre."
Yoko Ogawa. Cristallisation secrète.

lundi 26 avril 2010

Cristallisation secrète

Dehors c'était l'hiver et, en l'attendant, je réchauffais mes mains contre la tasse de yunnan.
A son arrivée, il a posé devant moi deux paquets épais, bien emballés. Et je me souviens de son sourire.

De même que certains donnent un nom d'auteur à un baiser, de même que d'autres désignent un voyage par le cépage du vin qu'ils ont bu sur la plage... on peut choisir une unité de temps pour mesurer une absence.

Ces pages, sur la table du café, fallait-il les convertir en minutes, en heures, en jours, pour deviner la date de son retour ?
Je l'ignorais encore, ce jour-là.

Je lis dans un mélange de crainte et de certitude, d'impatience et de flegme.
Si tout va bien, à la fin du roman de Yoko Ogawa, il sera à nouveau là.

"C'est à lui que j'ai offert en premier tous les romans que j'ai écrits jusqu'à présent. 
Il incline pronfondément la tête et le recueille entre ses mains comme s'il s'agissait d'une offrande sacrée. 
-Je suis reconnaissant. Vraiment reconnaissant. 
Sa voix se charge progressivement de larmes au fur et à mesure qu'il répète ses remerciements, me plongeant dans l'embarras.
Mais il n'en a jamais lu une seule page. 
Lorsque je lui demande ce qu'il en pense, il me répond : 
-C'est absolument impossible. Si je le lis jusqu'au bout, il sera terminé, n'est-ce pas ? Je ne peux pas être l'artisan d'un tel gaspillage. Je veux le garder ainsi précieusement auprès de moi jusqu'au bout. 
Et dans la cabine du capitaine, il joint ses mains ridées devant l'autel dédié aux divinités de la mer où il a déposé le livre."
Yoko Ogawa. Cristallisation secrète. 

dimanche 21 mars 2010

L'invention du printemps

Les dormeurs l'ignorent mais la nuit vit aussi.
Les trombes d'eau dégoulinant sur les vitres côté jardin à deux heures m'ont fait penser aux journées de déluge à Tokyo, quand la pluie tombait sans penser à s'arrêter.
Au réveil, les gouttes n'étaient plus qu'éparses et le gris du ciel dilué.
Mais il restait cette envie, venue des heures ensommeillées, de tourner le dos au monde et ouvrir les pages récemment achetées ou retrouvées.
Remplir la théière de oolong et m'installer pour lire.


"Autrefois j'étais poète, quelqu'un qui écrit des poèmes. Des poèmes. Tu sais ce que c'est ?
J'ai acquiescé : 
-On nous en fait réciter en cours de japonais. 
-Oui, c'est ça. 
-Mais maintenant vous ne l'êtes plus.
-Maintenant, mettant à profit mon expérience de poète, je fais de nouvelles affaires. Mon magasin est une "titrerie". 
-Qu'est-ce que vous vendez dans votre magasin ?
-Comme son nom l'indique, j'y vends des titres. Un fait inoubliable qui s'est déroulé dans un passé lointain. Un souvenir douloureux. Un précieux secret que l'on ne dévoile à personne. Une expérience étrange qu'on ne peut pas expliquer raisonnablement. Il y a toutes sortes de choses, et mon travail, c'est de mettre un titre sur les souvenirs que m'apportent les clients. (...)
Un souvenir qui n'a pas de titre s'oublie facilement. Au contraire, un titre approprié permet aux gens de le conserver indéfiniment. Parce que tu sais, on peut lui assurer un endroit où le garder en son coeur. Même si on ne se le rappellera peut-être plus jamais de sa vie, il y a là un tiroir, et c'est rassurant de pouvoir y coller une étiquette."
Yoko Ogawa. La mer.

(Lire mais écrire aussi, écrire : 
t'en souviens-tu -oui, oui, tu t'en souviens-
il y a trois ans
si près si loin
ah ce cher printemps !)