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lundi 11 février 2013

Die Welt als Wille und Vorstellung

"Nous n'avons en ce monde que le choix entre la solitude et la vulgarité", confirma Schopenhauer, avant de recommander que l'on enseignât à tous les jeunes gens "comment supporter la solitude (...) parce que moins un homme est obligé de côtoyer ses semblables, mieux il s'en trouve". Heureusement, après avoir passé quelques temps à travailler et vivre avec des gens, toute personne sensée, suggérait-il se sentira naturellement "aussi peu encline à fréquenter souvent les autres qu'un maître d'école à partager les jeux d'une bande de garnements turbulents et bruyants".
Ceci dit, une décision d'éviter les autres n'implique pas forcément qu'on n'a aucun désir de compagnie. Elle peut refléter simplement une insatisfaction à l'égard de ce qui est disponible.
Les cyniques ne sont que des idéalistes trop exigeants pour ne pas être déçus. Chamfort : "On dit quelquefois d'un homme qui vit seul : "Il n'aime pas la société". C'est souvent comme si on disait d'un homme qu'il n'aime pas la promenade sous prétexte qu'il ne se promène pas volontiers le soir dans la forêt de Bondy".
Alain de Botton. Du statut social.
Pour ne plus entendre
comme
un
lundi
je ne demande plus les nouvelles de personne

lundi 27 juin 2011

"Il y a longtemps que vous auriez dû venir vous asseoir ici" chuchota Lou.*

*Dylan Thomas. Portrait de l'artiste en jeune chien
Bien avant que j'en aie fait baisser le prix de moitié et que je me fasse aider pour le porter à mon étage, je pensais mon fauteuil tandis que je le voyais, au marché. 
Et je me sentais une âme d'ours alors même que ceux qui s'y asseyaient n'avaient aucun point commun avec Boucle d'Or et ignoraient que ce siège m'appartiendrait, à moi qui les observais depuis la terrasse voisine. 
(
offertes de bonne grâce
les oeuvres de Dylan Thomas
 )
"Le fait de trouver des choses belles nous invite naturellement à imaginer que nous resterons fidèles à nos sentiments. Mais l'histoire du design et de l'architecture n'est guère rassurante quant à la fidélité de nos goûts. Nos préférences esthétiques oscillent continuellement entre des polarités stylistiques : entre la sobriété et l'exubérance, le rustique et le citadin, le féminin et le masculin nous incitant à abandonner impitoyablement des objets dans des boutiques de brocanteur à chaque changement d'orientation. Ce qui nous oblige à supposer que nos descendants regarderont un jour nos maisons avec le même sentiment d'horreur et d'amusement que celui avec lequel nous considérons bien des possessions des défunts. Ils s'étonneront de nos papiers peints et de nos divans et riront de crimes esthétiques auxquels nous sommes aveugles. En être conscients peut rendre nos inclinations fragiles et inquiètes. Savoir que ce que nous aimons maintenant pourra, pour des raisons qui dépassent notre entendement actuel, paraître plus tard absurde est presque aussi dur à supporter quand il s'agit d'un meuble dans un magasin que quand il s'agit d'un futur conjoint au pied de l'autel."
Alain de Botton. L'architecture du bonheur

dimanche 24 avril 2011

Les années (1994)

Elle consacre trois mois de sa vie à lire 
À la recherche du temps perdu

"La nourriture occupe une place privilégiée dans les écrits de Proust, elle y est souvent décrite avec amour et mangée avec plaisir. Pour ne citer que quelques uns des plats que Proust fait miroiter à ses lecteurs, mentionnons un soufflé au fromage, une salade de haricots verts, une truite aux amandes, un rouget grillé, une bouillabaisse, une raie au beurre noir, un ragoût de boeuf, une pièce d'agneau sauce béarnaise, un boeuf Strogonoff, une coupe de compote de pêches, une mousse aux framboises, une madeleine, une tarte aux abricots, une tarte aux pommes, un cake au raisins, une crème au chocolat et un soufflé au chocolat. 

La contraste entre ce que nous mangeons d'habitude et la nourriture appétissante dont se délectent les personnages peut nous donner envie d'essayer de déguster ces mets proustiens de façon plus directe. Dans ce cas, il serait tentant de se procurer un exemplaire d'un livre de cuisine aux illustrations tape-à-l'oeil intitulé La Cuisine retrouvée
Il est supposé permettre à un cuisinier moyen de rendre un hommage extraordinaire au grand romancier, et peut-être d'atteindre à une meilleure compréhension de l'art de Proust. Il permettrait par exemple à un fervent proustien de réaliser exactement le genre de crème au chocolat que Françoise servait au narrateur et à sa famille, à Combray. 
Mais une fois que la recette a donné un délicieux dessert, on peut se demander, entre deux cuillerées de la crème au chocolat de Françoise, si ce mets, et par extension toute La Cuisine retrouvée, constitue réellement un hommage à Proust, et si elle ne risque pas de nous encourager à commettre le péché contre lequel, justement, il mettait en garde ses lecteurs, c'est à dire l'idolâtrie artistique. Bien que Proust eût peut-être accueilli favorablement le principe d'un livre de cuisine basé sur son oeuvre, la question est de savoir quelle forme il aurait souhaité lui voir prendre. Accepter son raisonnement sur l'idolâtrie artistique reviendrait à reconnaître que les mets particuliers qui figurent dans le roman n'étaient qu'anecdotiques comparés à l'esprit dans lequel la nourriture était considérée, esprit transférable qui ne devait rien à la crème au chocolat exacte que Françoise avait préparée, ou à la bouillabaisse particulière servie à la table de Mme Verdurin -et pourrait s'appliquer tout autant à un bol de muesli, un curry ou une paella. 

Le danger est que La Cuisine retrouvée finisse par nous causer une tristesse injustifiée le jour où nous ne trouvons pas les bons ingrédients pour une crème au chocolat ou une salade de haricots proustiennes, et sommes forcés de manger un hamburger, dont Proust n'a jamais parlé. 
Ce qui bien entendu n'était pas dans les intentions de Proust : la beauté d'un tableau ne dépend pas des choses qui y sont représentées." 
Alain de Botton. Comment Proust peut changer votre vie

mardi 5 octobre 2010

Tuesday self portrait (self-reliance)


"Un cri de ralliement retentit dans tout l'essai de Ralph Waldo Emerson intitulé Self-Reliance ("Indépendance") (1840) : "Quiconque veut être un homme doit être un non-conformiste." En se conformant aux idées d'autrui sur la façon de vivre, de se vêtir, de manger ou d'écrire, on finit par avoir, dit-il, "l'air idiot". Chaque être noble doit s'inspirer de cette maxime : "Tout ce qui m'importe, c'est ce que je dois faire, non ce que les gens pensent." 
"J'espère que nous en avons maintenant fini avec le conformisme, conclut-il. Que ce mot soit désormais tourné en dérision. (...) Ne nous inclinons et excusons plus jamais. (...) Affrontons et critiquons l'insidieuse médiocrité et le vil contentement de l'époque... "
L'appel d'Emerson à se libérer de la tradition fut entendu. En 1850, Gérard de Nerval cessa de se conformer aux idées conventionnelles en matière d'animaux de compagnie et se procura un homard, qu'il promena dans le Jardin du Luxembourg au bout d'un ruban bleu. Pourquoi un homard serait-il plus ridicule qu'un chien ou que tout autre animal qu'on choisit d'emmener en promenade, demande-t-il, ajoutant qu'il aimait bien les homards, ces créatures paisibles et graves qui connaissent les secrets de l'océan, n'aboient pas et n'envahissent pas votre intimité comme les chiens. D'ailleurs Goethe détestait les chiens, et il n'était pas fou."
Alain de Botton. Du statut social

dimanche 26 septembre 2010

Le destin des mots

Vivre dans 26 m2  quelques années de ma vie  m'a rendue moins dépendante des objets, moins sentimentale.
Aussi, parmi les livres que je dépose régulièrement sur un comptoir en attendant de connaître leur valeur, certains portent la date d'un Noël, la signature d'un auteur, une écriture amie, le nom par lequel m'appelait celui qui, à l'époque, m'aimait... 
Qu'il m'ait été offert ne garantit à aucun livre l'assurance de séjourner dans ma bibliothèque tout le reste de ma vie.

Celui que je viens de finir de lire, lui, va y rester pour le moment, même s'il traite d'un sujet qui ne me concerne pas.

Tous deux, nous l'avions oublié : pas plus que moi de l'avoir reçu, il ne se souvenait pas me l'avoir offert. Mais la dédicace en atteste. 
L'année mentionnée est la dernière où nous avons eu une raison de célébrer ce jour de février. 
"Une publicité pour une voiture, par exemple, veillera à laisser de côté les aspects de notre psychologie, relativement à la possession d'un objet désiré, qui pourraient gâcher ou du moins diminuer notre joie à l'idée de posséder le véhicule en question. Elle omettra de mentionner notre tendance à cesser bientôt d'apprécier ce que nous avons réussi à obtenir. La façon la plus rapide de cesser de désirer quelque chose peut être de l'acquérir -de même que la façon la plus rapide de cesser d'apprécier quelqu'un peut être de l'épouser. On nous incite à croire que certains succès et certains possessions nous garantissent une satisfaction durable, à imaginer que, lorsque nous aurons escaladé la falaise abrupte du bonheur, nous resterons indéfiniment sur un haut et long plateau; on ne nous rappelle pas que, peu après que nous aurons atteint le sommet, nous redescendrons vers une nouvelle vallée d'anxiété et de désir."
Alain de Botton. Du statut social

mardi 31 août 2010

Tuesday self portrait (dix mille sandwichs jambon-moutarde)

"Le fait que nous soyons entourés de millions d'autres humains reste quelque chose de peu évocateur et ne peut nous détourner d'une perspective égocentrique habituelle, jusqu'à ce que nous posions les yeux sur un empilement de dix mille sandwichs jambon-moutarde, identiquement enveloppés dans des feuilles de plastique, fabriqués dans une usine de Hull avec le même pain de mie blanc immaculé, et destinés à être mangés dans les deux prochains jours par un extraordinaire assortiment de nos concitoyens, pour lesquels ces sandwichs nous incitent soudain à faire de la place dans nos imaginations centrées sur nous-mêmes."
Alain de Botton. Splendeurs et misères du travail

lundi 21 juin 2010

Orientation professionnelle


"Si puissante que soit notre technologie et si complexes que soient nos corporations, la plus remarquable caractéristique du monde contemporain du travail est peut-être finalement interne, consistant en un certain aspect de nos mentalités : la croyance très répandue que notre travail doit nous rendre heureux. Le travail a été au centre de toutes les sociétés; la nôtre est la première à suggérer qu'il pourrait être beaucoup plus qu'une punition ou une pénitence, et que nous devons chercher à travailler même en l'absence d'un impératif financier. Notre choix d'une profession est censé définir notre identité, au point que la question la plus insistante que nous posons aux gens dont nous faisons la connaissance ne porte pas sur leur origine ou leurs parents, mais sur ce qu'ils font, l'idée étant que le chemin vers une existence dotée de sens doit invariablement passer par le portail d'un emploi satisfaisant et profitable. 
Il n'en a pas toujours été ainsi. Au IVè siècle avant notre ère, Aristote définissait une attitude qui allait durer plus de deux mille ans lorsqu'il parlait d'une incompatibilité foncière entre la satisfaction et un emploi rémunéré. Pour le philosophe grec, le besoin pécuniaire rabaissait au rang des esclaves et des animaux. Le travail manuel, non moins que les côtés mercantiles de l'esprit, menait à une déformation psychologique. Seuls un revenu privé et une vie de loisir pouvaient permettre aux citoyens de goûter réellement les plaisirs supérieurs de la musique et de la philosophie."
Alain de Botton. Splendeurs et misères du travail.

samedi 29 mai 2010

Precious coffee moments


"Il me conduisit dans la salle de conférences, où étaient éparpillés sur une table des paquets de Moments, une sorte de sablé au chocolat de six centimètres de diamètre, lancé au printemps 2006 lors d'une cérémonie (pendant laquelle Laurence avait fait un discours en français) dans une usine en Belgique, à la suite d'un programme de recherche et de mise au point qui avait duré deux ans et coûté trois millions de livres. Laurence était l'auteur du biscuit. Cela ne voulait pas dire qu'il savait en faire lui-même -il fut vite sur la défensive en voyant que j'étais surpris de l'apprendre. Les biscuits de nos jours sont une affaire de psychologie, pas de cuisine, m'informa-t-il sévèrement. 
Il avait élaboré la formule de son biscuit en réunissant quelques personnes dans un hôtel de Slough et en les questionnant pendant une semaine sur leur vie, pour tenter d'en tirer certaines aspirations intimes qui pourraient servir à définir les caractéristiques d'un nouveau produit. Dans une salle de conférences de l'hôtel Thames Riviera, des mères de famille à revenus modestes lui avaient parlé de leurs désirs de sympathie et d'affection, et de ce qu'il appelait simplement du "temps pour soi". Le Moment allait se proposer de constituer une solution plausible à leur problème. 
Certes, l'idée de répondre à des aspirations psychologiques avec de la pâte cuite peut sembler étrange, mais Laurence expliqua qu'entre les mains d'un expert chevronné des décisions sur la dimension, la forme, l'enrobage, le conditionnement et le nom peuvent doter un biscuit d'une personnalité aussi subtilement et adéquatement nuancée que celle d'un protagoniste dans un grand roman."
Alain de Botton. Splendeurs et misères du travail.