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samedi 13 octobre 2012

Lire dans les villes (1 : à Paris avec Julio Cortazar)

Le matin, dans un appartement parisien près du ciel -le 7ème-
pendant que le pain rôtit,
que l'eau du thé frémit,
écouter Chet Baker,
corner quelques pages.
Il était à peine 10 heures, et je me dis que vers 11 heures j'aurais une bonne lumière, la meilleure qui soit en automne. Pour perdre du temps je dérivai jusqu'à l'île Saint-Louis et me mis à marcher le long du quai d'Anjou, je m'arrêtai un instant devant l'hôtel de Lauzun et je me récitai quelques vers d'Apollinaire qui me viennent toujours à l'esprit quand je passe devant l'hôtel de Lauzun et quand le vent tomba d'un coup et que le soleil devint au moins deux fois plus grand, je m'assis sur le parapet et me sentis terriblement heureux dans cette matinée de dimanche. Des mille façons de combattre le néant, une des meilleures est de prendre des photos, activité à laquelle on devrait habituer les enfants de bonne heure, car elle exige de la discipline, une éducation esthétique, la main ferme, le coup d'oeil rapide. Lorsqu'on se promène avec un appareil photo, on a comme le devoir d'être attentif et de ne pas perdre ce brusque et délicieux ricochet de soleil sur une vieille pierre, ou cette petite fille qui court, tresses au vent, avec une bouteille de lait ou un pain dans les bras.
Julio Cortazar. Les fils de la vierge in Les armes secrètes.

samedi 17 décembre 2011

en fait, on entre dans un dialogue comme dans un café ou un journal, on ouvre la bouche, la porte ou la page, sans se préoccuper de ce qui va arriver et alors boing ! *


Enter Ludmilla
avec son air du troisième acte et encore maquillée, elle s'est jetée dans sa 2 CV presque avant le baisser du rideau, elle est morte de faim, elle boit du vin pendant que je lui fais une omelette. 
Ludmilla se sent si bien, le vin après l'interminable troisième acte, le parfum de l'omelette qui avance du fond de la cuisine comme le crépuscule sur Cracovie, il faut respecter le rituel, voyons un peu, et vous monsieur, d'où êtes-vous, eh bien moi, d'ici, mademoiselle et ça fait un moment, et que faites-vous à Paris, ah ! ça c'est plutôt délicat à expli-conter avant l'omelette mais après si vous voulez. 

-C'est toi Laurent ? demande Marcos avant
même qu'on entende la voix du correspondant. 

-Ni avant ni après, exige moi qui surveille télépathiquement l'enflure vermeille de l'omelette tout en mettant le couvert avec une célérité méritoire, j'entends par couvert une serviette de papier avec un dessin violet, une demi-bouteille de vin, un pain à peine entamé, opérations tendres et simples pour toi Lulud, pour toi là dans ton fauteuil, petite et fatiguée, petite mon oeil, un bon mètre soixante-neuf sans parler du maintien, mais petite parce que je veux que tu le sois quand je te pense et même quand je te vois et que je t'embrasse et que je te, non pas ça maintenant, et ces cheveux couleur de paille, ces yeux tellement verts, ce petit nez retroussé qui parfois se frotte contre ma joue et me remplit d'étoiles de sel et de poivre, deux feuilles de laitue qui restent de midi, un peu tristes parce que la vinaigrette fatigue le végétal, viens manger Lud, viens vite comédienne du vieux pigeonnier, petit coin de ciel d'Est, joli petit cul, ici sur cette chaise, et maintenant je vais faire un café pour evribodi, ristretto, t'en fais pas, ristrettissimo, comme un petit tableau de Chardin tout substance et lumière et parfum, un café qui condense les magies de la nuit comme ces chansons de Leonard Cohen que m'a offertes Francine et que j'aime tant.
*Julio Cortàzar. Livre de Manuel

mardi 2 août 2011

Tuesday self portrait (la vie des autres)

"Les vies qui s'achèvent comme les articles littéraires des journaux et des revues, si ronflants en première page et dont la fin se traîne minablement, là-bas vers la page 32, perdue au milieu de réclames pour des soldes ou des pâtes dentifrices."
Julio Cortàzar. Marelle.

samedi 9 juillet 2011

31. CORPORATION NATIONALE DES GENS QUI SAVENT CE QU'IL FAUT FAIRE ET LEURS LOCAUX SCIENTIFIQUES (toutes les maisons ou locaux de la communauté des gens qui savent ce qu'il faut faire et l'ensemble desdits gens eux-mêmes). (Gens qui savent ce qu'il faut faire : médecins, homéopathes, guérisseurs (tous les chirurgiens), sages-femmes, techniciens, mécaniciens (toutes les sortes de techniciens), ingénieurs de seconde catégorie ou architectes dans leurs domaines respectifs (tout exécuteur de plans déjà tracés, tels qu'un ingénieur de seconde catégorie), l'ensemble des classificateurs, les astronomes, les astrologues, les spirites, tous les hommes de loi, ou de lois (tout expert), les classificateurs d'espèces génériques, les comptables, les traducteurs, les instituteurs (tout compositeur), les limiers -de sexe masculin- aux trousses des assassins, cornacs ou guides, greffeurs de plantes, coiffeurs, etc.)

"-Ce serait un beau pays pour les coiffeurs, dit Talita en se jetant sur le lit et en fermant les yeux. Quelle promotion !" 
Julio Cortàzar. Marelle.
"Il y a un moment dans sa vie où il commence à penser aux cheveux comme d'autres pensent à la mort. Ce n'est pas que de but en blanc, ah ! les cheveux ! Non, il ne découvre pas tout d'un coup quelque chose qu'il ne connaissait pas. Il a toujours su que les cheveux se trouvaient là, blottis dans un coin, mais il a parfaitement pu vivre sans en tenir compte, sans subir leur présence. Il ne découvre pas une expérience mais une dimension; pas quelque chose que sa vie n'aurait pas pris en compte jusqu'alors : quelque chose qui était déjà en lui, en train de travailler en silence, avec une patience de rongeur, dans l'attente du moment opportun pour se réveiller et commencer à émettre les premiers signes d'une vie visible."
Alan Pauls. Histoire des cheveux.

mardi 5 juillet 2011

Tuesday self portrait (etc)



"L'âme et les cheveux sont toujours de la même couleur à des nuances près. Il est vrai que les nuances importent : la crinière féminine revêt plus de trente teintes parfaitement différentes et caractérisables par des mots précis, dont la moitié sont prononcés journellement, mais un peu à l'aventure. Ces teintes se mêlent et s'entremêlent à l'infini et la vue même peut à peine les définir par immédiate comparaison; cela est si vrai que, vous le savez bien, on ne peut réassortir des cheveux. Ne serait-il pas amusant d'ordonner une classification des caractères de femmes sous le vocable des nuances de leurs cheveux ? Il suffirait de déterminer le ton exact pour se prononcer sur le caractère, les facultés passionnelles, le penchant à l'amitié ou à l'amour, le sentiment du devoir, la tendresse maternelle, etc."
Julio Cortàzar. Marelle

samedi 2 juillet 2011

La grève des météorologues

"Enfin, cela est hors de doute, je ne sais pas vivre. Perpétuelle célébration, mon existence est la négation même de la vie ordinaire, faite d'ordinaires amours. Je n'ai aucune tendance à l'altruisme réclamées par la société. Si je pouvais jamais m'abstraire de moi, au profit d'une créature, ce serait à la manière d'un imaginatif, en recréant de toutes pièces l'objet de passion, ou bien, comme un analyste, en scrutant minutieusement le mécanisme de mes impressions."
Julio Cortàzar. Marelle
au réveil
j'ai pensé
laissons les choses advenir
je trouverai bien quelque chose 
à 
en dire

lundi 13 juin 2011

L'à venir


C'était comme marcher dans les souvenirs d'une autre, dans le décor d'un récit ancien, d'un récit mythologique, avancer comme en rêve mais un rêve lointain, flou et lointain. 
Je voyais et je ne reconnaissais rien. 
A la fin, je n'étais plus très sûre de ce que je faisais là. Sans doute rien.
(...) Pourtant (...)

A me voir les aborder si résolument, on aurait pu penser que nous avions rendez-vous. Mais les deux garçons aux yeux clairs et à la voix calme que j'ai vus en terrasse n'ont pas l'habitude de penser à moi et ne m'attendaient pas, non.
Et nous avons parlé du monde
-ici, là, ailleurs- 
plus que du temps. 

Prendre de leurs nouvelles, c'est surtout savoir ce qu'ils lisent et j'ai noté, dans mon carnet, le titre que chacun d'eux m'a conseillé. 
Je les lirai demain, dans dix ans ou plus tard, 
un (autre) si beau jour de hasard.
"Et c'était tout naturel de traverser la rue, de monter les marches du pont, d'entrer dans sa mince ceinture et de m'approcher d'elle qui souriait sans surprise, persuadée comme moi qu'une rencontre fortuite était ce qu'il y avait de moins fortuit dans nos vies et que les gens qui se donnent des rendez-vous précis sont ceux qui écrivent sur du papier rayé et pressent leur tube de dentifrice par le fond."
Julio Cortàzar. Marelle.

mardi 7 juin 2011

Tuesday self portrait (en douce)

Plus efficace que n'importe quelle sonnerie de réveil le soleil me sort du lit et m'accompagne en terrasse pour une vie avant la 
vie
"Notre seule vérité possible doit être invention, c'est-à-dire écriture, littérature, peinture, sculpture, agriculture, pisciculture, toutes les "tures" de ce monde. Les valeurs, des tures, la sainteté, une ture, la société, une ture, l'amour, une pure ture, la beauté, la ture des tures."
Julio Cortàzar. Marelle

samedi 4 juin 2011

Le deuxième livre se lit en commençant au chapitre 73 et en continuant la lecture dans l'ordre indiqué à la fin de chaque chapitre. En cas d'incertitude ou d'oubli, il suffira de consulter la liste ci-dessous : 73-1-2-116-3-84-4-71-5-81-74-6-7-8-93-68-9-104-10-65-11-136-12-106-13-115-14-114-117-15-120-16-137-17-97-18-153-19-90-20-126-21-79-22-62-23-124-128-24-134-25-141-60-26-109-27-28-130-151-152-143-100-76-101-144-92-103-108-64-155-123-145-122-112-154-85-150-95-146-29-107-113-30-57-70-91-82-99-35-121-36-37-98-38-39-86-78-40-59-41-148-42-75-43-125-44-102-45-80-46-47-110-48-111-49-118-50-119-51-69-52-89-53-66-149-54-129-139-133-140-138-127-56-135-63-88-72-77-131-58-131.

"Cela aussi pouvait être une explication, un bras serrant une taille fine et chaude, en marchant, on sentait le jeu léger des muscles comme un langage monotone et persistant, je t'aime, je t'ai-me, je t'ai-me. Non pas une explication mais le verbe pur, ai-mer, ai-mer"
Julio Cortàzar. Marelle. 

Quand on fait une pause, le temps d'un café,
Et qu'on glisse un marque page tantôt avant la moitié, 
Tantôt après,
Il y a cette sensation vertigineuse du temps qui n'a pas passé. 
De la lecture qui n'a pas avancé. 
Mais qui pourrait, tout aussi bien, être en train de s'achever.